XIXème conférence des ambassadeurs

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Monsieur le Premier Ministre, ‎
Monsieur le Président du Sénat, ‎
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale, ‎
Monsieur le Ministre d’État, Ministre des Affaires étrangères et européennes, ‎
Mesdames et Messieurs les Ministres, ‎
Mesdames et Messieurs les Parlementaires, ‎
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, ‎

Nous avons tous conscience de vivre une année exceptionnelle par l’intensité et la ‎portée des événements très différents qui se sont succédé depuis janvier, de la crise ivoirienne ‎aux printemps arabes, des catastrophes japonaises aux affrontements libyens, sans oublier, ‎bien sûr, la crise de la dette. ‎

Le moment est venu de prendre la pleine mesure de ces événements, de ce qu’ils ‎signifient pour la France, pour l’Union européenne et pour le G20. Je suis heureux de le faire ‎devant vous, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs qui avez, avec compétence, mis en ‎œuvre et expliqué l’action de notre pays, sous l’autorité du ministre d’État, Alain Juppé à qui ‎je veux rendre un hommage très particulier. ‎

Je veux commencer par le continent africain : 2011 s’inscrira sans doute dans les ‎annales comme l’année de progrès majeurs de la démocratie en Afrique. ‎

Au sud du Sahara d’abord, avec la reconnaissance de l’élection du président Alassane ‎Ouattara en Côte d’Ivoire, mettant un terme à 10 années de déchirements ; en Guinée, avec la ‎première élection démocratique depuis l’indépendance, qui a vu la victoire du président Alpha ‎Condé ; au Niger où, au terme d’une transition exemplaire, l’élection du président Issoufou a ‎consacré le retour à l’ordre constitutionnel. Au total, dans toute l’Afrique sub-saharienne, une ‎vingtaine d’élections majeures se seront succédé tout au long de l’année. ‎

Avec ces progrès de la démocratie viennent ceux de la paix. Au Soudan, c’est bien la ‎volonté librement et massivement exprimée par toutes les populations concernées, qui a mis ‎fin à une guerre civile de plus de 20 ans et donné naissance à un nouvel État, certes fragile, ‎enfin le Sud Soudan. Ces progrès rendent d’ailleurs encore plus inacceptables la crise ‎somalienne et la famine qui frappe la Corne de l’Afrique. Le monde entier doit se mobiliser ‎pour venir à bout de ces tragédies. ‎

Les progrès de la démocratie en Afrique vont également de pair avec ceux du ‎développement. Depuis 15 ans, les économies africaines connaissent une croissance ‎supérieure à 5 % par an. Et on ne sait pas assez que de 2001 à 2010, 6 des 10 économies du ‎monde qui ont connu le plus fort taux de croissance étaient africaines ? Réalise-t-on que la ‎population du continent africain doublera d’ici à 2050 ? L’Afrique sera alors plus peuplée que ‎la Chine. ‎

Pour la France, ces deux faits justifient que le décollage économique de l’Afrique ‎devienne une réelle priorité de l’Europe. Le voisinage du continent africain est une chance ‎pour nos économies. Les destins de l’Europe et de l’Afrique sont liés. ‎

Alors cette Afrique en mouvement, la France veut être à ses côtés. Elle veut ‎l’accompagner dans sa marche vers la démocratie et le développement. Elle veut construire ‎avec elle un partenariat équilibré et moderne. La Charte des entreprises françaises en Afrique ‎lancée lors du Sommet de Nice, les nouveaux accords de défense conclus avec certains Etats - ‎des accords enfin transparents, Monsieur le Ministre de la Défense, car publiés, car la France, ‎bien sûr, n’a rien à cacher et la France publie les accords qu’elle signe avec ses partenaires ‎africains et on se demande d’ailleurs pourquoi ils ne l’avaient pas été ces accords. Et nous ‎irons aussi loin qu’il le faut pour avoir la transparence sur ce sujet comme sur les autres. ‎
Arrêtons de voir avec l’Afrique tout ce qui ne va pas ! Le continent africain prend son ‎envol ! Le continent africain est la jeunesse du monde ! ‎

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Au Nord du Sahara, c’est bien la jeunesse qui a donné le coup d’envoi des « printemps ‎arabes ». De Tunisie, puis d’Égypte, ils ont gagné de proche en proche, du Maghreb au ‎Machrek. ‎
Qu’ont dit ces jeunes, quasiment à l’unisson, démentant ainsi nombre de prévisions ‎sombres ? Ces jeunes n’ont pas dit « à bas l’Occident ». Ces jeunes n’ont pas dit « à bas ‎l’Amérique ». Ces jeunes n’ont pas dit « à bas Israël ». Ces jeunes ont exigé la liberté et la ‎démocratie, ces jeunes ont exigé le respect et la dignité. Ils ont montré que, dans notre monde ‎connecté, les attentes des peuples sont les mêmes du Sud au Nord de la Méditerranée. Ils ont ‎montré qu’il n’y a pas d’ » exception arabe « comme il n’y avait pas d’exception d’Europe de ‎l’Est qui condamnaient les peuples à la dictature, ces peuples, ces jeunes ont montré qu’il y a ‎des valeurs universelles et la démocratie au premier rang de celle-ci. ‎

On a parfois comparé ce séisme démocratique à la chute du mur de Berlin et à ‎l’effondrement du bloc communiste. C’est vrai pour l’importance historique. Et c’est vrai ‎aussi pour la cécité de ceux qui ne voulaient pas voir que les Européens de l’Est avaient les ‎mêmes droits à la liberté que les Européens de l’Ouest et de ceux qui ne voulaient pas voir ‎que les peuples arabes avaient les mêmes droits à la liberté que les peuples de l’Occident. ‎Mais j’y vois trois différences qui rendent la suite des événements plus complexe encore que ‎ce que fut pour l’Europe de l’Est l’après-chute du mur de Berlin. ‎

La première différence, elle est de taille, elle est démographique. Les pays de l’empire ‎soviétique avaient, en quelque sorte, achevé leur transition démographique. Ceux du monde ‎arabe s’y engagent seulement ; ils ne l’ont pas achevée, je veux dire que ceux du monde ‎arabe, eh bien, la jeunesse y représente près des 2/3 de la population, portant chaque année ‎vers les marchés du travail des millions de jeunes souvent diplômés, c’est une très grande ‎différence avec ce que nous avons connu pour l’Europe de l’Est. ‎

Il y a une deuxième différence qui tient à la disparition, en 1990, de la dernière de ces ‎idéologies qui ont fait le malheur du XXème siècle, je veux dire le communisme, je veux dire ‎le marxisme, cette idéologie de mort au nom de laquelle on a assassiné des millions de gens ‎sous prétexte pour les uns, qu’ils étaient cultivés, pour les autres, qu’ils étaient propriétaires ‎terriens et pour les troisièmes, qu’ils avaient des diplômes. La mort de cette idéologie de mort ‎a permis à la démocratie de s’épanouir sur tout le continent européen. Au Sud de la ‎Méditerranée où la religion demeure une référence centrale, tout l’enjeu des printemps arabes ‎est de montrer par l’exemple que l’affirmation de ces valeurs démocratiques ne s’oppose pas à ‎l’Islam. La démocratie s’opposait à l’idéologie communiste, il ne pouvait pas y avoir de ‎rencontre et de compromis. Dans les « printemps arabes », toute l’histoire à écrire va être celle ‎d’une rencontre entre la démocratie et l’Islam. Enraciner la démocratie, c’est organiser des ‎élections libres, c’est accepter l’alternance au pouvoir, c’est respecter les droits et les choix ‎des individus et des minorités et je veux redire la préoccupation de la diplomatie française ‎pour les minorités chrétiennes. En Orient, ils sont en quelque sorte les marqueurs de la ‎démocratie et de cette diversité dont ces pays ont besoin. ‎
Troisième différence enfin : pour les pays d’Europe centrale et orientale, le chemin à ‎suivre était tout tracé : c’était l’évidence, l’intégration européenne, la réconciliation de la ‎famille. Au Sud de la Méditerranée, rien de tel, bien sûr. Et c’est dire toute l’importance des ‎partenariats à développer, dans le respect de l’indépendance et de la souveraineté de ces États. ‎Lors du Sommet de Deauville, le G8 s’est engagé fortement et dans la durée, proposant ‎‎40 milliards de dollars à la Tunisie et à l’Égypte entre 2011 et 2013, ainsi que l’ouverture de ‎la BERD et de son expertise unique. ‎

Depuis Deauville, deux autres pays ont rejoint ce partenariat, le Maroc et la Jordanie. Ils ‎démontrent que de vraies réformes assumées peuvent aboutir à des résultats aussi significatifs ‎que des révolutions. ‎
Il va de soi que si la Libye nouvelle souhaitait rejoindre le partenariat de Deauville, elle ‎serait la très bienvenue ! Demain, nous accueillerons ici même, avec le Premier ministre, ‎François Fillon et Alain Juppé bien sûr, à l’Élysée, les nouvelles autorités de Tripoli. Avec ‎tous les pays représentés, avec l’ONU, la Ligue arabe, l’Union africaine, nous allons tourner ‎la page de la dictature et des combats et ouvrir une nouvelle ère de coopération avec la Libye ‎démocratique. ‎

Au-delà, qui ne voit la pertinence de l’Union pour la Méditerranée pour répondre aux ‎attentes des peuples ? Le moment est venu de la relancer et de la refonder. La France ‎présentera ses propositions à ses partenaires dans les prochaines semaines. L’impasse du ‎processus de paix ne doit pas empêcher l’UPM d’être le moteur d’une véritable renaissance de ‎la Méditerranée ! ‎

D’ailleurs il faut bien reconnaitre qu’avant les « printemps arabes », l’Union pour la ‎Méditerranée s’organisait comme un cadre où se rencontraient enfin Israéliens et Palestiniens. ‎Mais l’Union pour la Méditerranée aujourd’hui, sa priorité, son cadre, c’est l’aspiration à la ‎démocratie et au progrès économique. ‎
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Alors, pendant ces événements, la France, plus que d’autres pays, a été interpellée et ‎naturellement critiquée. C’est la rançon de l’Histoire : ici, elle en faisait trop, au risque d’être ‎accusée de « néo-colonialisme », je pense à tous ceux qui ont défendu le régime de M. Gbagbo ; ‎là-bas, elle n’en faisait pas assez et pas assez vite, et voici la France coupable à la fois de ‎néocolonialisme et d’indifférence ! ‎
Avec un peu de recul, chacun reconnaîtra, du moins je l’espère, que la France aura été le ‎pays le plus engagé, en suivant des principes clairs ; des principes qui fondent la politique ‎nouvelle de notre pays. ‎
Une évidence d’abord, qu’il faut rappeler : ce sont les peuples qui font l’Histoire ; eux ‎seuls peuvent prendre leur destin en main. Et si le sens du mouvement vers les libertés et la ‎démocratie est prévisible, nul ne peut en anticiper le déclenchement, et encore moins le ‎provoquer de l’extérieur. ‎

Ce qui est nouveau, après des décennies pendant lesquelles la stabilité des régimes en ‎place primait, à l’Est comme au Sud de l’Europe, c’est la volonté de la France d’accompagner ‎avec détermination le mouvement des peuples vers la démocratie. Pendant des années, notre ‎diplomatie - et j’en prends ma part - a été organisée autour du mot « stabilité ». Et autour du ‎mot « stabilité », la France a eu des rapports avec des régimes qui n’étaient pas des exemples ‎de démocratie. Le réveil des peuples arabes, leur aspiration à la liberté permet de s’appuyer ‎sur cette aspiration pour couper définitivement avec cette stabilité qui nous mettait en ‎permanence en contradiction entre les valeurs que nous devions défendre et la réalité que nous ‎devions assumer. Aujourd’hui, il y a une opportunité de faire concilier la réalité et les valeurs. ‎

La France, et il me semble que c’est son honneur, a su prendre l’initiative et montrer le ‎chemin à deux moments décisifs : en Côte d’Ivoire d’abord, lorsque le président sortant, ‎refusant le résultat des urnes pourtant validé par l’Union africaine et par les Nations Unies, a ‎voulu se maintenir par la terreur et les massacres en faisant tirer à l’arme lourde sur le marché ‎d’Abidjan ; en Libye ensuite, lorsque les populations qui demandaient la liberté étaient ‎menacées d’écrasement, de faire couler des rivières de sang, disait M. Kadhafi à Benghazi ‎sous les tirs des canons, des chars et de l’aviation d’un dictateur. ‎

Ces choix de la France étaient justes, politiquement et moralement. Je veux remercier le ‎Premier ministre et le ministre d’État pour leur engagement déterminé, ainsi que le ministre ‎de la Défense, dans des périodes où il a fallut prendre des responsabilités et les assumer. Nous ‎avons veillé à agir avec le plein soutien de la Ligue arabe, dont je veux saluer sa prise de ‎responsabilités et nos partenaires de l’Union africaine. Et bien sûr, nous avons agi sur la base ‎d’un mandat explicite du Conseil de sécurité des Nations unies, s’il n’y avait pas eu les ‎résolutions des Nations Unies négociées notamment de haute lutte pour la Libye par Alain ‎Juppé, nous n’aurions pas pu intervenir.

Que les choses soient très claires et que l’on tire les ‎conséquences des crises précédentes. ‎

Le droit international, me semble-t-il, a prospéré ; pas avec des phrases mais avec des ‎actes. Le Conseil de sécurité sur ces deux crises, nous a permis de concrétiser pour la ‎première fois un principe d’action, que la France avait réussi à faire adopter par l’ONU en ‎‎2005 : la responsabilité de protéger. ‎

Pour la première fois, à notre initiative et à deux reprises, en Côte d’Ivoire et en Libye, ‎le Conseil de sécurité a autorisé l’usage de la force pour protéger des populations martyrisées ‎par leurs propres dirigeants. Et pour la première fois, à l’unanimité, le même Conseil a saisi la ‎Cour pénale internationale des crimes des dirigeants libyens, le monde change et en bien. ‎

À juste titre, on va nous dire : et les massacres en Syrie ? Je regrette que le Conseil de ‎Sécurité n’assume pas toujours ses responsabilités face à la tragédie syrienne. Mais voici ‎qu’après avoir été accusé d’aller trop vite, trop loin et trop fort en Côte d’Ivoire et en Libye, ‎nous allons nous retrouver accuser de ne pas aller assez loin, assez fort et assez vite en Syrie. ‎Le pouvoir à Damas aurait tort de croire qu’il est protégé de son propre peuple. Le président ‎syrien a commis l’irréparable. La France, avec ses partenaires, fera tout ce qui est légalement ‎possible pour que triomphent les aspirations du peuple syrien à la liberté et à la démocratie, ‎mais dans le cadre des Nations unies. À nous de nous battre pour obtenir le consensus et ‎renforcer les sanctions. Une autre leçon de notre intervention en Libye doit être tirée ‎aujourd’hui, je veux parler du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, ‎que n’avons-nous entendu lorsque la décision a été prise ! La France allait perdre son ‎indépendance, son image serait détruite dans le tiers monde, je comprends celles et ceux qui ‎avaient cette crainte lorsqu’elle était sincère. À l’épreuve des faits, constatons la réalité, est-ce ‎que la France a perdu son indépendance en Libye ? Est-ce que l’image de la France en ‎Afrique et dans le monde arabe est moins bonne aujourd’hui qu’elle ne l’était hier ? ‎

L’OTAN s’est révélée un outil indispensable au service de nos opérations militaires. ‎Les États-Unis et c’est leur droit ne souhaitant pas s’engager fortement en Libye - un souvenir ‎assez précis des discussions qui ont eu lieu entre Mme Clinton et M. Juppé pour la résolution ‎et entre le président Obama et moi-même au moment de l’intervention, disons que la France ‎était avec le Royaume-Uni plus enthousiaste à l’intervention que nos grands amis et nos ‎grands partenaires - eh bien pour la première fois depuis 1949, l’OTAN s’est mise au service ‎d’une coalition. Coalition emmenée par qui ? Coalition emmenée par deux pays européens ‎déterminés, le Royaume-Uni et la France. Et je veux dire la joie de tous ceux, dont je suis, qui ‎souhaitent que l’Europe pèse d’un poids plus grand au sein de l’organisation intégrée de voir ‎que l’OTAN sous la direction du Royaume-Uni et de la France a fait sont travail en Libye et ‎si on veut comparer à ce qui s’est passé en Bosnie à l’époque où c’est nos amis américains qui ‎ont fait le travail que les Européens auraient dû faire. ‎
Mieux encore : à ceux qui annonçaient des réactions, comment dire, négatives du ‎monde arabe, je rappelle que trois pays courageux : les Émirats Arabes Unis, le Qatar et la ‎Jordanie, ont participé dès le début aux opérations de la coalition. Quant à nos amis libyens, ‎ils réclamaient chaque jour davantage d’actions de l’OTAN ! ‎

Les combats en Libye ont apporté la meilleure réponse aux prophètes du « choc ‎inéluctable des civilisations et des religions » : côte à côte, des forces arabes, des forces ‎européennes, des forces nord-américaines ont aidé un peuple martyrisé à réaliser ses ‎aspirations à la liberté. ‎
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Voilà les leçons de la crise libyenne, où tout n’est pas fini, parce qu’une dernière leçon ‎doit être tirée et elle concerne l’Europe. Dans cette crise, à travers l’initiative du Royaume-‎Uni et jeux rendre hommage à M. Cameron qui a été un allié, un ami et un partenaire ‎courageux et fiable, eh bien les Européens ont démontré pour la première fois qu’ils étaient ‎capables d’intervenir de façon décisive dans un conflit ouvert à leurs portes, parce que la ‎Libye, c’est la Méditerranée, et la Méditerranée, c’est d’abord l’affaire des Européens avant ‎d’être l’affaire des Américains, et étant l’ami des États-Unis d’Amérique, je le dis simplement ‎pour décrire une réalité. Encore une fois, c’est un progrès remarquable par rapport aux guerres ‎de Bosnie et du Kosovo où l’Europe allait quémander l’aide des Américains pour faire un ‎travail qu’elle n’avait pas le courage de faire à sa porte. Dire cela, c’est ne mettre en cause ‎personne, c’est prendre les leçons de l’Histoire. ‎

Ceci dit, ne nous voilons pas la face : au-delà de la Libye, incontestablement l’Europe ‎est menacée d’une forme de « rétrécissement stratégique « . Que voit-on ? Une baisse continue ‎des efforts de défense ; l’invocation d’un « soft power » qui sert en vérité à quoi ? Cette ‎invocation, c’est le paravent au renoncement ; et, trop souvent, c’est le paravent à ‎l’aveuglement face à des menaces qui sont bien réelles. ‎

Le monde change. Le président Obama a présenté une nouvelle vision de l’engagement ‎militaire américain, qui implique que les Européens assument davantage leurs responsabilités. ‎Si nous n’en tirons pas les conséquences, si nous ne tenons pas compte des réalités du monde, ‎les Européens se prépareront des réveils difficiles. ‎
Il n’y aura pas de défense digne de ce nom en Europe sans des capacités militaires ‎robustes et de vraies politiques industrielles et technologiques. C’est tout le sens des décisions ‎prises par le Conseil européen pendant la Présidence française et du partenariat franco-‎britannique. Mais à eux seuls, la France et le Royaume-Uni représentent la moitié des budgets ‎de défense et les 2/3 de la recherche de défense. Unis comme jamais depuis le Traité de ‎Lancaster House, nos deux pays sont pratiquement les seuls en Europe à atteindre la norme de ‎‎2 % du PIB consacrés à la défense. ‎
Il n’y a pas d’Europe qui peut exister si elle ne donne pas les moyens d’exécuter une ‎politique qui ne peut pas simplement être la politique du discours du verbe et de la parole. ‎Beaucoup reste à faire pour que l’Europe soit à la hauteur de l’ambition qu’elle s’est fixée à ‎elle-même. La France, elle, reste déterminée à assumer toutes ses responsabilités. ‎

C’est ce que fait la France en Afghanistan. Qu’est-ce que nous avons entendu sur cette ‎question de l’Afghanistan, qui n’est pas toujours à l’honneur de ceux qui ont prononcé des ‎jugements sans connaître. D’abord, il faut que nous soyons fiers du travail accompli depuis ‎trois ans en Surobi et en Kapisa par nos soldats et nos coopérants. Dix ans après le ‎‎11 septembre, les progrès sur le terrain et la montée en puissance des forces afghanes ont ‎permis d’engager le transfert des responsabilités de sécurité et de programmer le retrait du ‎quart de notre contingent dans les mois qui viennent. D’ici la fin 2014, les forces afghanes ‎auront pris en charge la sécurité de leur pays. À ceux qui appellent un départ immédiat ‎comme d’autres appelaient une capitulation immédiate, naturellement, je veux dire que nous ‎n’avons pas le droit pour notre sécurité et pour l’histoire que nous partageons avec les ‎Afghans de partir en laissant le chaos. Il y a un calendrier, nous transférerons les ‎responsabilités de la sécurité aux forces militaires afghanes et aux forces de police afghanes ‎selon un calendrier déterminé, voulu, engagé, et conscient qu’ils ne peuvent plus l’emporter ‎militairement sur le terrain. Les Talibans qui ont de plus recours à quoi, aux actes terroristes, ‎lâches, criminels, parce que les actes militaires, ils n’en n’ont plus les moyens. Ils frappent ‎aveuglement et espèrent ainsi nous amener à renoncer, mais nous ne renoncerons pas, ce sont ‎les attentats suicides, ce sont des gens qui se font sauter, ce sont des IED, c’est l’arme des ‎lâches, l’arme des terroristes. ‎

La transition décidée par les Afghans - et rappelons-nous les 48 pays de la coalition - et ‎imaginez la France, seule, laissant ses 47 partenaires alors même que la décision a été prise il ‎y a 10 ans par M. Jospin et par M. Chirac, est-ce que l’on imagine la France partir comme ‎cela ? Cette transition va modifier en profondeur la forme de notre engagement auprès du ‎peuple afghan, nous nous y préparons. Ce sera l’objet de la réunion de Bonn en décembre. ‎C’est le sens du traité franco-afghan dont nous sommes convenus avec le président Karzaï et ‎qui a, d’ores et déjà, été négocié par Alain Juppé. On fait notre travail, on réduit la présence ‎de nos forces dans les semaines qui viennent, on passera la sécurité du territoire afghan aux ‎Afghans dans le calendrier qui a été prévu. ‎

Et nous pourrons ainsi accompagner les efforts de réconciliation nationale avec les ‎insurgés. Cette réconciliation ne sera possible que si les pays voisins respectent la ‎souveraineté et la sécurité de l’Afghanistan. ‎

Mais soyons lucides : des progrès en Afghanistan ne marquent pas la fin de la menace ‎terroriste. La mort de Ben Laden est une victoire dont il faut féliciter le président Obama. ‎Mais Al Qaïda, même affaibli, reste présent. C’est vrai notamment au Pakistan dont ‎l’évolution inquiète. C’est vrai dans le monde arabe, c’est vrai en Afrique. La vigilance est ‎plus que jamais nécessaire et je pense notamment à nos malheureux otages pour lesquels nous ‎ne négligerons aucun effort afin de les faire rentrer à la maison. ‎

L’autre pays dont je veux parler, c’est l’Iran pour dire que ses ambitions militaires, ‎nucléaires et balistiques, constituent une menace croissante. Elles peuvent aussi conduire à ‎une attaque préventive contre les sites iraniens, qui provoquerait une crise majeure dont la ‎France ne veut à aucun prix. L’Iran refuse de négocier sérieusement et se livre à de nouvelles ‎provocations. À ce défi, la communauté internationale peut apporter une réponse crédible si ‎elle fait preuve d’unité, de fermeté et impose des sanctions plus dures encore. Nous aurions ‎tort d’en sous-estimer les effets : ils sont de plus en plus perceptibles. ‎
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Ce contexte fait d’espoir avec les printemps arabes, mais aussi de menaces du Sahel à ‎l’Iran, n’enlève rien à l’actualité de crises anciennes, à commencer par le conflit israélo-arabe. ‎Il en rend au contraire le règlement plus urgent que jamais. ‎
La seule véritable sécurité, c’est la paix. C’est d’abord par la création de l’État ‎palestinien qu’on l’obtiendra. La sécurité d’Israël sera mieux assurée, mais avec un État ‎palestinien démocratique, moderne et viable à ses frontières. La France ne cessera de rappeler ‎cette évidence. C’est cela la garantie de la sécurité pour Israël. Tout autre choix est une folie, ‎pour la sécurité d’Israël et dans le même temps, Israël a un droit à l’existence et à la sécurité ‎qui est imprescriptible. ‎
Les paramètres du règlement sont connus : le président Obama les a fort bien rappelés ‎récemment. C’est sur cette base que la négociation de paix doit être relancée, et chacune des ‎parties doit comprendre que c’est son intérêt. ‎

En cas d’échec, dans quelques semaines à New York, les États membres des Nations ‎unies devront se prononcer sur l’État de Palestine. Je souhaite que les 27 pays de l’Union ‎européenne s’expriment d’une seule voix, et qu’ensemble nous assumions nos responsabilités. ‎La France, par l’intermédiaire du ministre des Affaires étrangères va prendre des initiatives. ‎Nous voulons l’unité de l’Europe. ‎

Mais quel que soit le résultat de ce vote, nous nous trouverons ensuite devant un ‎processus de paix à reconstruire. Je souhaite qu’avant de se lancer dans un nouveau cycle de ‎tentatives sans lendemain et de rendez-vous manqués, on s’interroge sérieusement sur la ‎méthode de négociation. Pour dire les choses clairement, la France pense que la méthode de ‎négociation n’est pas la bonne. D’ailleurs, si elle était la bonne, on se demande pourquoi elle ‎produit si peu de résultat. ‎

Le rôle des États-Unis est incontestable et irremplaçable, mais ce n’est pas critiquer nos ‎amis américains que de dire qu’ils ne peuvent pas réussir seuls. Il faut élargir le cercle de la ‎négociation, réfléchir au rôle et à la pertinence du Quartet, donner à chacun la place qui lui ‎revient au regard de ses relations avec les parties. Gardons à l’esprit que l’Union européenne ‎est le premier partenaire économique d’Israël et le premier donneur d’aide aux Palestiniens. ‎L’Europe n’a pas à demander un strapontin pour participer à des négociations qui la ‎concernent au premier chef. L’Europe est un partenaire de la négociation et c’est une erreur ‎de ne pas mettre l’Europe au cœur de la négociation. ‎

La France fera des propositions précises sur ce sujet aux principaux acteurs de la région, ‎aux États-Unis et, bien sûr, à ses partenaires européens. L’impasse prolongée et dangereuse ‎du processus de paix comme les évolutions dans le monde arabe en soulignent l’urgente ‎nécessité. Il n’est pas possible d’assister à l’émergence des « printemps arabes » et d’assister à ‎la glaciation des négociations entre les Palestiniens et les Israéliens. Il y a là quelque chose ‎qui s’apparente à une forme de scandale alors que les paramètres de la négociation sont ‎connus de tous. ‎
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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, ‎

Pour peser de tout son poids politique dans les affaires du monde, l’Union européenne ‎doit demeurer la première puissance économique. ‎
L’euro est un enjeu majeur : L’euro représente 30 % des réserves de change mondiales. ‎En 10 ans, il s’est imposé comme une monnaie forte, trop forte et stable. La zone euro n’est ‎pas l’homme malade que nous décrivent certains, mais bien une zone de richesse et de ‎prospérité ; un pôle essentiel de l’économie mondiale ; un projet mobilisateur qui structure la ‎construction européenne. L’euro est le cœur de l’Europe, si nous cédons sur le cœur de ‎l’Europe, nous cédons sur l’Europe. Si nous cédons sur l’Europe, cela veut dire que nous ‎renonçons à la paix sur notre continent. Donc nous ne céderons pas sur l’Europe. ‎

La crise que nous traversons touche toutes les économies avancées. Elle est la ‎conséquence directe des crises financière et économique de 2008 et de 2009. Les décisions ‎que nous avons prises alors, en Europe et au G20, pour sauver le système financier mondial et ‎pour relancer la croissance étaient indispensables pour éviter un effondrement dramatique. ‎Mais elles ont provoqué une augmentation des déficits et des dettes publiques. ‎

La situation est d’ailleurs moins préoccupante dans la zone euro qu’ailleurs : la dette ‎publique y atteint 85 % du PIB contre 100 % aux États-Unis, ou 200 % au Japon ; et les ‎actions de maîtrise des déficits publics y sont plus efficaces : en 2012, le déficit public de la ‎zone euro rapporté au PIB sera inférieur à celui des États-Unis, du Royaume-Uni ou du Japon. ‎

Il n’en reste pas moins que plusieurs pays de la zone euro connaissent un endettement ‎excessif et des pertes de compétitivité. Des progrès remarquables sont en cours en Irlande et ‎au Portugal. Je veux saluer aussi les efforts du peuple grec, et la détermination de son ‎gouvernement. ‎

Au-delà de ces pays, nous avons connu au cours de l’été une vague spéculative sans ‎précédent visant l’Espagne et l’Italie alors que les fondamentaux de ces deux économies ne ‎justifiaient en rien de telles attaques. Je tiens à saluer les mesures courageuses prises par ces ‎deux pays. ‎

Je veux dire aux spéculateurs que nous ne les laisserons pas se déchaîner sans réagir. ‎Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour renforcer la zone euro. Car en défendant ‎l’euro, c’est l’Europe que nous défendons. ‎

Soyons lucides : cette crise a aussi mis en lumière, ce sont les insuffisances de notre ‎union économique monétaire. Il est clair que la monnaie unique doit s’accompagner d’une ‎intégration plus poussée de nos économies, d’une coordination accrue de nos politiques ‎économiques et budgétaires, et d’une architecture institutionnelle cohérente. On ne peut pas ‎avoir une monnaie unique et des politiques économiques qui divergent, ce n’est pas possible. ‎Il y a ceux qui étaient contre la monnaie unique, ce débat a été tranché, et il a été tranché par ‎les Français. La monnaie unique impose des politiques économiques parmi les dix-sept qui ‎convergent. ‎
Au cours de l’année écoulée, des progrès importants ont été réalisés dans cette ‎direction : ‎

Grâce au renforcement du Pacte de stabilité et de croissance, qui accroît la discipline ‎budgétaire et la coordination des politiques macro-économiques. ‎

Grâce enfin à la mise en place des bases d’un véritable Fonds monétaire européen, avec ‎le renforcement de l’actuelle Facilité Européenne de Stabilité Financière et la création du ‎futur Mécanisme Européen de Stabilité, comme la France le réclamait. ‎
Ces avancées sont majeures. Elles étaient inimaginables il y a encore 18 mois. Le ‎contexte de crise n’a pas encore permis d’en prendre toute la mesure, d’autant que leurs ‎premiers effets ne seront perceptibles que dans quelques semaines ou quelques mois. On ‎décide moins vite que les États-Unis, mais lorsque nous prenons une décision, il faut ‎convaincre dix-sept gouvernements, dix-sept parlements, dix-sept pays. J’observe qu’aux ‎États-Unis, il n’est pas très simple de convaincre un parlement, quel que soit, par ailleurs, le ‎talent remarquable du président Obama. Mais imaginez dix-sept histoires, dix-sept identités, ‎dix-sept parlements. Nous sommes des démocraties. ‎

Nous devons aller plus loin. Fidèles à leur mission historique, et conscientes de leurs ‎responsabilités, la France et l’Allemagne ont pris ensemble des initiatives lors de ma ‎rencontre du 16 août avec la chancelière Merkel. ‎

Nous proposons que la zone euro repose sur deux piliers : ‎
Le premier pilier, c’est un véritable gouvernement économique : il s’incarnera dans le ‎sommet des chefs et de gouvernement de la zone euro qui se réunira au moins deux fois par ‎an, et plus si nécessaire. Il se dotera d’un président stable désigné pour 2 ans et demi. C’est ‎une demande de la France : elle sera bientôt une réalité. ‎
Le deuxième pilier, c’est une coordination et une surveillance accrues des politiques ‎économiques au sein de la zone euro : au-delà des avancées que je rappelais, la France et ‎l’Allemagne souhaitent que tous les États de la zone euro inscrivent dans leur constitution une ‎règle d’équilibre des finances publiques. C’est dix-sept pays qui sont concernés. Je voudrais ‎dire que nos amis allemands, socialistes allemands, l’ont accepté il y a déjà dix ans. Les ‎socialistes espagnols viennent de se mettre d’accord avec l’opposition de droite, pour se ‎mettre d’accord. Reconnaissons qu’une affaire aussi importante que l’équilibre des comptes ‎de notre pays dépasse de loin la gauche et la droite, l’opposition et la majorité, le nom de tel ‎président ou le nom de telle candidate. C’est une affaire d’intérêt général. Est-ce que chacun, ‎est-ce que nous sommes prêts à nous hisser au-dessus, au-delà de nos convictions, au service ‎de l’intérêt général, ce que l’on est capable de faire dans les autres démocraties européennes ? ‎Pourquoi la France serait incapable de l’assumer ? Tout le monde sera gagnant parce que ‎chacun à ce moment-là acquerra le respect du peuple français et gagnera en termes de prise de ‎responsabilité. Il ne s’agit pas de la victoire de l’un sur l’autre, il s’agit d’une décision ‎européenne et mûrement réfléchie. Je ne doute pas que compte-tenu de la qualité des acteurs ‎en France, chacun, après y avoir mûrement réfléchi, considèrera que l’intérêt de notre pays ‎dépasse, et de loin, l’intérêt de son parti ou de son propre intérêt personnel. Je fais toute ‎confiance au Premier ministre pour mener les contacts nécessaires et nous déciderons ensuite ‎du calendrier à retenir. ‎

La France et l’Allemagne ont choisi d’aller plus loin de renforcer leur intégration ‎économique. Je remercie la chancelière Merkel d’avoir eu le courage d’assumer une politique ‎de convergence entre la France et l’Allemagne. Ce n’est pas si simple en Allemagne de porter ‎cette politique, il faut du courage. Nous progresserons sur la voie de la convergence fiscale en ‎travaillant à un impôt sur les sociétés commun dont les taux et les assiettes seront harmonisés ‎en 2013 pour l’anniversaire du traité de l’Élysée. Imaginons ce que peut représenter pour ‎l’Europe, l’émergence d’une zone économique, fiscale, financière qui converge avec les ‎mêmes objectifs, les mêmes impôts, les mêmes taux qui créent la stabilité au cœur de ‎l’Europe. Avons-nous à y gagner ou à y perdre ? Je pense que nous avons à y gagner. Pour ‎notre pays, je souhaite que nous nous rapprochions avec nos qualités d’un système qui ‎marche, et que nous nous éloignons d’un système qui ne marche pas. Je ne pense pas que ‎nombreux soient les Français, qui voient la situation d’un certain nombre de nos amis au sud ‎de la Méditerranée, souhaitent que nous les imitions. ‎
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Après l’euro, la plus grande réalisation européenne est sans doute la libre circulation au ‎sein de l’espace Schengen. Mais, disons-le sans détour, la suppression des frontières ‎intérieures n’est viable que si la frontière extérieure, désormais commune, est sûre. Ne nous y ‎trompons pas : face à la pression migratoire, si la frontière extérieure de l’espace de Schengen ‎n’est pas tenue, l’espace de Schengen ne survivra pas. ‎

C’est pour préserver Schengen que la France a proposé de développer la gestion ‎commune de la frontière extérieure. Il faut pouvoir rétablir les contrôles aux frontières d’un ‎État si celui-ci est incapable d’assurer la garde de sa portion de la frontière extérieure. Ces ‎novations, réclamées par la France, ont été approuvées par le Conseil européen. Elles doivent ‎être maintenant mises en œuvre par l’adoption, notamment au Parlement européen, des textes ‎juridiques nécessaires. Ceux qui croient à la libre circulation et à Schengen, demandent que ‎Schengen respecte un certain nombre de règles. Sinon, c’est l’ensemble du système qui ‎explosera. ‎

Au-delà de l’euro et de Schengen, l’Union européenne doit renforcer son action dans ‎plusieurs domaines majeurs : ‎

L’agriculture, franchement si on tire les conséquences de la crise dans la Corne de ‎l’Afrique, que l’on a trop d’agriculteurs et trop de production agricole, c’est que l’on n’a pas ‎la même vision du monde. Le monde est face à une pénurie sans précédent alimentaire, donc ‎le monde a besoin davantage de production agricole et certainement pas de moins. Je veux ‎rendre hommage au ministre de l’Agriculture pour son action en la matière. ‎

Je pense à la politique industrielle, qui n’est plus un sujet tabou entre les 27. ‎

Je pense au commerce international, où la naïveté doit être enfin dépassée, qui ne peut ‎être fondé que sur la réciprocité et la loyauté des échanges. ‎
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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, ‎

Je voudrais terminer par la question du G20. ‎

La France qui avait proposé avec Valéry Giscard d’Estaing la création du G7, a proposé ‎la création du G20 et elle le préside. Là encore, c’est extraordinaire quand on reprend les ‎prédictions des spécialistes. ‎
Que n’a-t-on dit lorsque nous avons proposé les thèmes de travail des deux sommets du ‎G8 à Deauville et du G20 à Cannes ! Excès d’ambition ! Ingérence inacceptable dans un ‎Internet, qui se développerait parfaitement tout seul ! Volonté interventionniste coupable vis à ‎vis des marchés des matières premières, qui ne connaîtraient aucun problème de ‎fonctionnement ! ‎

Aujourd’hui, fort heureusement, plus personne ne conteste l’agenda de la présidence ‎française. ‎

Au Sommet du G8, les résultats ont été au rendez-vous, même sur Internet, où pour la ‎première fois, les chefs d’État des principaux pays concernés ont adopté une déclaration ‎commune qui établit les principes du développement de ce phénomène majeur de notre temps. ‎

Le Sommet du G20 de Cannes, dans deux mois, sera un moment capital pour marquer ‎de nouveaux progrès de la coopération économique et financière entre des partenaires, je ‎voudrais dire, la légitimité du G20 en matière économique sur laquelle on s’interroge, les ‎‎20 pays du G20 représentent à eux seuls 85 % du PIB mondial. Si les dirigeants des ‎économies qui représentent 85 % du PIB mondial se mettent d’accord, cela représente quand ‎même un bon commencement, un bon début pour l’ensemble de l’économie mondiale. ‎

Face à la crise des dettes souveraines, aux craintes pour la croissance, il est plus ‎nécessaire que jamais que nous ayons cette coopération internationale. ‎

Notre premier objectif, c’est de consolider la reprise de l’économie mondiale. Pour ‎créer des emplois, il faut de la croissance, pour sortir des milliards d’êtres humains de la ‎pauvreté, il faut de la croissance et pour réduire les déficits et les dettes, il faut de la ‎croissance. ‎
Au fond, les marchés ont totalement perdu leur boussole : ils demandent à la fois de ‎réduire les déficits et les dettes, mais s’inquiètent immédiatement de l’impact de la réduction ‎des déficits sur la croissance. ‎

Des politiques de rigueur au niveau mondial seraient pires que le mal. Elles ‎menaceraient la reprise et risqueraient de nous replonger dans la récession. La réduction des ‎déficits et des dettes, qui est indispensable, doit être graduelle et surtout crédible. Je veux ‎saluer le plan qui a été proposé par le Premier ministre, la ministre du Budget et le ministre ‎des Finances, s’agissant du budget 2011 de la France et du budget 2012 de la France. C’est, ‎par ailleurs, plutôt que des baisses de dépenses immédiates, nous devons engager les réformes ‎pour renforcer à moyen terme la soutenabilité de nos finances publiques. C’est tout le sens de ‎la réforme des retraites que nous avons conduite en France. Où en serions-nous aujourd’hui si ‎nous n’avions pas derrière nous la réforme des retraites ? ‎

Cette stratégie ne sera possible qu’accompagnée d’un rééquilibrage de la demande et de ‎la croissance mondiales. Les pays émergents, dans ce contexte, ont un rôle majeur à jouer. ‎Songez qu’en Chine, la consommation privée ne représente que 35 % du PIB chinois, la ‎consommation privée représente 60 % du PIB de la zone euro et la consommation privée ‎représente 70 % du PIB américain ! Là encore, il ne s’agit nullement de reprocher quoi que ‎soit à qui que ce soit, il s’agit de regarder les chiffres. ‎

Pour réduire les déséquilibres mondiaux, il est indispensable que ces pays rééquilibrent ‎leur modèle de développement vers la demande interne. C’est une question que j’ai évoquée ‎dans un climat positif avec le président Hu la semaine dernière lors de ma visite à Pékin. ‎

Ce que nous voulons, à Cannes, c’est que le G20 se mette d’accord sur un plan d’action ‎pour la croissance, comprenant des engagements précis et concrets des principales économies. ‎

La question des déséquilibres macro-économiques ne peut être séparée de la réforme du ‎système monétaire international. Cette question a été au cœur des débats de l’année écoulée : ‎certains ont même parlé de guerre des monnaies. Chacun sent bien aujourd’hui que l’absence ‎d’un système monétaire international équilibré et représentatif est coûteux pour l’économie ‎mondiale. Depuis le colloque de Nankin, que nos amis chinois ont accepté, je les en remercie ‎encore, nous avons fait beaucoup de progrès. Nous avons aujourd’hui un agenda précis et ‎concret défini par la présidence française. ‎
Le système monétaire international doit être plus représentatif de l’économie mondiale. ‎Il faut que le DTS puisse inclure de nouvelles monnaies. Nous devons ensuite renforcer nos ‎instruments de lutte contre les crises financières. La surveillance du FMI doit être renforcée et ‎nous devons le doter des moyens nécessaires pour faire face à des crises systémiques. N’est-il ‎pas temps d’envisager que les pays en excédents puissent investir une partie de leurs réserves ‎au FMI pour renforcer ses moyens ? ‎

Sur tous ces sujets, les ministres des Finances aboutiront à des propositions concrètes en ‎vue du Sommet de Cannes. ‎
Je vous avais parlé l’an dernier de la régulation des marchés de matières premières. Le ‎plan adopté en juin par les ministres de l’Agriculture amène un progrès incontestable. ‎
Un agenda ambitieux de transparence des marchés et de régulation des dérivés ‎s’impose. Il faut définir des règles pour les marchés dérivés agricoles comparables à celles qui ‎sont en vigueur pour les marchés financiers, avec des sanctions pour les abus de position ‎dominante. ‎

La Présidence française a enfin voulu faire du développement une grande priorité du ‎G20. C’est une condition de sa légitimité. Mais c’est notre intérêt de réduire la pauvreté et les ‎écarts de développement entre les nations. ‎

Parler du développement, c’est parler du financement du développement. Face aux ‎difficultés des pays développés pour augmenter l’aide publique, chacun sait que les ‎financements innovants sont une nécessité. Avec Angela Merkel, nous défendons l’idée d’une ‎taxe sur les transactions financières. Notre objectif, c’est que l’Europe puisse donner ‎l’exemple de ce qui peut être fait, et que d’autres se rallient à cette initiative à Cannes. Je ‎souhaite, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, que vous soyez très actifs dans les deux ‎prochains mois pour défendre cette idée d’une taxe sur les transactions financières. La France ‎est à la pointe de ce combat. D’ailleurs, personne ne trouve à redire quand on achète un bien ‎immobilier à ce qu’il soit taxé au moment de la transaction. Personne ne trouve à redire ‎lorsqu’on achète un bien meuble, un bien de consommation qu’il soit taxé au moment de la ‎transaction. Comment se fait-il que la seule transaction qui ne soit jamais taxée, soit la ‎transaction financière ? Et qui osera dire au monde entier que le monde de la finance et que le ‎monde financier a été tellement exemplaire au moment de la crise financière qu’il convient ‎absolument de protéger ce monde clos de toute velléité de taxation de transactions ‎financières ? Qui osera le dire au peuple du monde ? Naturellement, si on attend que tout le ‎monde soit d’accord, on attendra longtemps. Je parlais de paravent tout à l’heure, c’est un ‎paravent. ‎

L’Europe doit montrer l’exemple, l’Europe a des idées à défendre, l’Europe doit adopter ‎cette taxe sur les transactions financières à la demande de l’Allemagne et de la France. Puis, ‎nous constituerons un groupe de pays leaders les plus avancés qui nous rejoindront dans cette ‎taxation de transactions financières. Les opinions publiques du monde entier seront juges. ‎J’attends avec intérêt dans tel ou tel pays où l’on leur aura refusé le principe de la taxe sur les ‎transactions financières, la discussion entre les gouvernements de ces pays et leurs opinions ‎publiques. Je ne doute pas que les opinions publiques soutiendront alors massivement ‎l’exonération de toute taxation sur les transactions financières. Il y a aujourd’hui une opinion ‎publique internationale et celle-ci doit pouvoir se manifester. ‎
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Mesdames et Messieurs, ‎

Il y aurait encore bien d’autres sujets, mais j’ai déjà beaucoup abusé de votre patience. ‎Je dirai simplement à vous, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, deux choses. ‎
La première, soyez volontaires, si nous ne voulons pas subir, nous voulons vouloir, ‎vouloir aussi bien. Naturellement, compte tenu de la complexité de la difficulté des ‎problèmes, subir est plus commode. Cela permet de commenter. Vouloir, cela impose d’agir. ‎Je vous demande d’aider notre diplomatie et votre ministre à présenter une politique ‎profondément volontariste. ‎

Je vous demande une deuxième chose, peut-être encore plus innovante : sachons ‎ensemble, faire preuve d’imagination. Sachons remiser les concepts et les idées adaptés au ‎XXe siècle et démodés au XXIe siècle. N’ayons pas peur des idées nouvelles. N’ayons pas ‎peur des initiatives. N’ayons pas peur de remettre en cause un certain nombre de certitudes ‎qui valaient pour le siècle précédent, mais qui sont dépassées pour le siècle d’aujourd’hui. ‎

Et vraiment, en terminant, je voudrais vous dire que j’ai bien conscience d’avoir été ‎durant ces quatre années de mon quinquennat gâté en termes de crises d’explosion et de ‎nouveauté. Il y a deux façons de réagir : on peut dire : « mon Dieu ! On n’a pas de chance, ‎c’est difficile » et puis on peut dire : « on a beaucoup de chance, parce que c’est passionnant ». ‎Qu’il y a un monde nouveau à inventer, une gouvernance nouvelle à porter, des concepts, et la ‎France de nouveau peut mettre ses idées au service du monde, écoutez celles des autres, bien ‎sûr. Mais quel que soit l’endroit où l’on porte notre regard, il faut réinventer. ‎

J’ai conscience qu’une plus ancienne diplomatie du monde aura à cœur de porter ce ‎renouvellement et qu’elle mesurera la confiance que nous lui témoignons au sommet de ‎l’État, avec le Premier ministre, le ministre d’État, pour inventer ces nouvelles idées et pour ‎porter ce nouveau discours. ‎

Je vous remercie de votre attention./.‎

Dernière modification : 15/09/2011

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