Visite au Liban de Monsieur François Fillon, Premier Ministre (27-28 septembre 2009)

Conférence de presse tenue par le Premier Ministre à la Résidence des Pins, le 28 septembre 2009

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Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de l’occasion qui m’est donnée de revenir au Liban moins d’un an après ma dernière visite, qui date de novembre 2008. Je suis venu accompagné d’une très nombreuse et très prestigieuse délégation de parlementaires français pour participer à l’ouverture des VIèmes Jeux de la Francophonie. Nous sommes évidemment très attachés à cette célébration. La délégation française que j’ai pu saluer hier se composait de très nombreux sportifs et artistes. Ces VIèmes Jeux vont permettre à Beyrouth de célébrer, et d’une certaine façon d’incarner peut-être mieux que beaucoup d’autres territoires ne pourraient le faire, les valeurs de la francophonie, c’est-à-dire la solidarité, le désir de vivre ensemble, le respect de la diversité autour de la langue française, cette langue française qui unit plus de 200 millions de personnes à travers le monde.
Je voudrais exprimer - et j’ai eu l’occasion de le faire de vive voix hier soir et ce matin - aux autorités libanaises notre admiration pour le travail qui a été accompli pour l’organisation des Jeux, et je souhaite au Liban la même réussite dans cet événement que lors du remarquable Sommet de la Francophonie qui avait été organisé à Beyrouth en 2002. Nous avons tous été notamment très impressionnés par la force, la chaleur et la qualité du spectacle d’ouverture de ces VIèmes Jeux de la Francophonie.
J’ai rencontré à l’occasion de cette visite, ce matin, les représentants de l’ensemble des institutions libanaises : le président de la République, le président Sleimane ; le Premier ministre, Fouad Siniora ; le président du Parlement Nabih Beri, et le Premier ministre désigné pour constituer le nouveau gouvernement Saïd Hariri. A chacun, je leur ai indiqué que la France resterait engagée aux côtés du Liban, en faveur de son unité, de son indépendance et de sa stabilité. J’ai aussi souligné notre souhait qu’un nouveau gouvernement soit formé très rapidement. Les élections législatives se sont tenues en juin dernier dans des conditions dont il faut reconnaître qu’elles ont été exemplaires. Les électeurs libanais sont désormais en droit d’attendre qu’un gouvernement issu de ces élections s’attelle aux défis du pays. Il est urgent qu’un gouvernement de large rassemblement puisse être formé pour engager sans tarder les réformes dont le Liban a besoin. Nous avons plaidé - l’ensemble de la délégation française - pour que l’esprit de dialogue qui a permis des progrès très significatifs depuis plusieurs mois continue de prévaloir.
J’ai rappelé à mes interlocuteurs que la France resterait quoi qu’il arrive aux côtés du Liban pour assurer sa sécurité. La France maintiendra sa participation à la FINUL, dont nous sommes le deuxième contributeur et qui est aujourd’hui un facteur essentiel de stabilisation du sud du Liban.
J’ai également redit notre attachement à la mise en œuvre, dans tous ses volets, de la résolution 1701, qui demeure une référence incontournable, et notre soutien au Tribunal spécial pour le Liban qui doit continuer d’œuvrer en toute indépendance à la lutte pour la justice et contre l’impunité.
Enfin, j’ai rappelé à mes interlocuteurs le soutien plein et entier de la France sur les plans politique et économique, avec la mise en œuvre de tous les engagements qui ont été pris lors de la Conférence de Paris III. J’étais venu, à la fin de 2008, avec une délégation très importante de chefs d’entreprises français, de grandes entreprises et de petites et moyennes entreprises. Je suis très heureux de constater que la plupart des contacts qui ont été établis à cette occasion se sont concrétisés, et que l’économie libanaise résiste, de manière spectaculaire il faut le dire, à la crise économique qui s’est abattue sur le monde, et que les échanges économiques entre nos deux pays restent extrêmement denses et continuent de progresser.

Voilà, je suis maintenant à votre disposition pour répondre à quelques-unes de vos questions.

Q - Monsieur le Président (sic), avez-vous transmis un certain message aux responsables libanais à propos de la formation du gouvernement d’union nationale ? Et une autre question : comment qualifiez-vous aujourd’hui les relations entre la France et le Hezbollah ?
R - D’abord je voudrais rectifier une chose, je ne suis pas "le président", mais le Premier ministre. Deuxièmement, je voudrais vous indiquer que je me suis exprimé, comme le fait d’ailleurs le président de la République, et comme le fait le ministre des Affaires étrangères français lorsqu’ils s’adressent aux autorités libanaises. Je me suis adressé vis-à-vis de chacun des représentants des communautés libanaises de la même manière.
Nous, nous sommes attachés à l’indépendance et à l’intégrité du Liban. Nous sommes attachés, naturellement, à ce que les institutions libanaises puissent fonctionner. Nous avons mis tout notre poids dans la balance pour que soit trouvé un accord lorsque la crise était à son paroxysme, et nous avons notamment soutenu le processus de Doha, et l’accord de Doha. Nous nous sommes réjouis de l’élection du président Sleimane ; nous constatons que, progressivement, les institutions libanaises fonctionnent et se mettent en place ; les élections se sont déroulées dans un climat qui était un climat remarquable, qui représente d’ailleurs pour tous les pays de la région un très bel exemple à suivre. J’ai donc indiqué à mes interlocuteurs qu’il fallait maintenant naturellement transformer cet essai. Les institutions libanaises ne peuvent pas fonctionner sans gouvernement ; ce gouvernement doit être composé ; il doit naturellement tenir compte de l’ensemble des contraintes qui caractérisent la société libanaise. Mais il y a urgence à le constituer pour démontrer que c’est la démocratie, c’est la voix du peuple qui l’emporte dans le fonctionnement des institutions libanaises.
J’ajoute que j’ai insisté auprès de mes interlocuteurs sur le fait que la constitution de ce gouvernement libanais, après les élections, constitue aussi un symbole pour l’ensemble de la région. C’est la démonstration que la démocratie fonctionne, que des communautés qui ont connu des moments extrêmement difficiles peuvent trouver des consensus et travailler ensemble. Quant aux relations entre la France et le Liban, je pense qu’elles sont à leur meilleur niveau, aussi bien sur le plan politique - nous avons au fond la même identité de vue sur pratiquement tous les sujets, y compris sur les sujets qui concernent la sécurité de la région - que sur le plan économique, où nos relations sont à un niveau extrêmement élevées. Et nous allons continuer à les améliorer dans les semaines qui viennent.

Q - Monsieur le Premier Ministre, vous vous présentez comme le gardien de la rigueur budgétaire, vous venez de présenter un budget avec 140 milliards d’euros de déficit. Est-ce que finalement, vous ne serez pas le Premier ministre des records des déficits en France ?
R - Il y a une chose qui vous a échappé, c’est que nous sommes à Beyrouth ici. Et pas à Paris. Et donc, nous parlerons des sujets qui concernent le budget de la République française quand nous serons à Paris.

Q - Monsieur Fillon, l’ouverture de la France sur la Syrie qui se traduit par de plus en plus d’échanges, de visites, notamment celle de M. Mouallem demain à Paris, cette ouverture, a-t-elle donné les fruits escomptés pour ce qui est du Liban et de la région ?
R - Cela me permet d’ailleurs de répondre à une question dont j’ai cru comprendre qu’elle m’était posée tout à l’heure, d’abord, la France parle à tout le monde. S’agissant du Liban, le message que j’ai adressé, c’est le même message pour l’ensemble des communautés libanaises. La France parle à tout le monde, parce que nous pensons qu’il est totalement illusoire de penser que l’on va pouvoir résoudre les problèmes du Moyen-Orient, de penser qu’on va pouvoir résoudre les problèmes qui ont fait tellement de mal au Liban sans parler avec la Syrie, sans parler avec les pays qui ont d’une manière ou d’une autre une influence sur le règlement de la question libanaise et qui ont surtout une influence sur le règlement du conflit du Proche-Orient. Il est incontestable que depuis que la France a décidé cette stratégie de dialogue avec l’ensemble des parties, il y a eu des améliorations significatives enregistrées. Je note qu’il était impensable il y a encore quelques années que la Syrie ouvre une ambassade à Beyrouth et que le Liban ait une ambassade à Damas. Ce dialogue se poursuivra. C’est un dialogue franc, c’est un dialogue sans concession mais c’est un dialogue qui est absolument nécessaire. Et au fond, c’est le fondement de la politique étrangère que conduit la France sous l’autorité du président de la République, nous défendons nos valeurs, nous avons des amis, nous avons des alliés, mais nous savons qu’on ne peut rien résoudre si on ne parle pas avec l’ensemble des pays et avec l’ensemble de ceux qui ont à compter dans la résolution des conflits.

Q - Il y a deux jours, le président iranien a adressé une menace voilée à la France, aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne. Quel avenir pour les relations franco-iraniennes et quel avenir pour le développement, en ce qui concerne le nucléaire iranien et la possibilité d’une attaque militaire des installations nucléaires en Iran ?
R - Pour nous, les choses sont très simples : il y a des règles internationales, il y a des traités qui ont été signés, notamment par l’Iran, ils doivent être respectés. Nous avons découvert que l’Iran avait entrepris depuis au moins 2005, la construction en toute clandestinité d’une nouvelle installation d’enrichissement d’uranium. Ce n’est pas parce que l’Iran vient d’en informer aujourd’hui même, ces derniers jours, l’AIEA que cet événement ne constitue pas un développement grave et révélateur. Il est grave parce que c’est une nouvelle violation par l’Iran de ses obligations internationales. Je vous rappelle qu’il y a cinq résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et neuf résolutions du Conseil des gouverneurs de l’AIEA qui exigent la suspension des activités sensibles de l’Iran, à commencer par des activités d’enrichissement. C’est révélateur parce que c’est une dissimulation. Nous souhaitons maintenant que l’Iran, qui vient de reconnaître la réalisation de ces investissements accepte dans les meilleurs délais que l’AIEA inspecte ces installations. Nous souhaitons que l’Iran respecte les obligations internationales auxquelles elle a souscrit. Alors, pour le reste, ce que la France cherche à faire dans cette affaire, c’est à participer à l’établissement de la paix dans cette région en mettant en œuvre une diplomatie qui doit être ferme, qui respecte le droit international, les convictions qui sont les nôtres, mais qui, en même temps, tend la main pour un dialogue. Nous faisons ces efforts justement, parce que, pour nous, il n’y aurait pas de pire solution que celle qui consisterait à constater l’échec de la diplomatie.

Q - Le Daily Telegraph vous cite aujourd’hui parmi les possibles candidats à la future présidence de l’Union européenne. Votre nom avait déjà été cité pour la présidence de la Commission, on a vu, que finalement, cela n’avait pas été le cas. Qu’en est-il aujourd’hui ? Cela vous intéresse-t-il ?
R - Je suis extrêmement flatté de voir l’intérêt que me porte le Daily Telegraph. Mais je voudrais vous dire qu’il s’agit, comme la première fois, d’élucubration sans aucun fondement. Voilà. Merci beaucoup./.

Dernière modification : 17/06/2011

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