Troisièmes Rencontres sur "La France et le Liban dans l’espace européen de l’enseignement supérieur" - ESA (7/03/2006)

Monsieur le Ministre,
Monsieur l’Ambassadeur, Chef de la Délégation de la Commission européenne,
Messieurs les Présidents et Recteurs,
Mesdames et Messieurs les Doyens,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Mes chers Amis,

C’est un grand plaisir pour moi d’être réunis avec vous de nouveau pour ces Rencontres, pour une manifestation majeure de notre coopération, que nous avons souhaité perpétuer en l’inscrivant dans la durée.

Je veux tout d’abord remercier l’École Supérieure des Affaires, qui nous accueille aujourd’hui, comme lors des deux précédentes éditions. L’ESA, qui fête cette année ses dix ans, est l’un des emblèmes de ce que la coopération franco-libanaise peut faire de meilleur.

Je souhaite aussi saluer tous les participants à ces Rencontres. La qualité éminente des intervenants libanais comme celle de la délégation française venue à Beyrouth pour cette occasion, témoignent combien cet événement devient l’un des temps forts de notre coopération.

Ces Rencontres sont pour moi l’occasion de marquer le caractère stratégique et prioritaire de notre excellent partenariat universitaire avec le Liban. Il n’est pas de relation politique forte sans liens de coopération, d’éducation, de culture et de science, qui structurent et fondent dans la durée cette relation.

Les questions que vous allez évoquer sur le thème que nous avons choisi de « La recherche à l’université », sont d’une très grande actualité. Le Liban traverse depuis un an une période déterminante de son histoire, dans laquelle un peuple se mobilise pour exprimer une aspiration à vivre libre, en paix, et en sécurité. L’État cherche à retrouver les moyens d’une action légitime et souveraine pour affronter l’avenir et ses défis. Et parmi ceux-ci figurent le développement économique et le rayonnement du pays. Or à l’évidence, l’Université, creuset des futures élites, porte en germe cet essor du pays.

Car dans une société désormais fondée sur la connaissance, les ressources intellectuelles sont devenues une nouvelle source de richesses, où une nation dynamique peut puiser sa vitalité.

Les capacités d’innovation et d’adaptation sont aujourd’hui les principaux facteurs de développement et de progrès, de croissance durable et responsable. Ces capacités sont déterminées pour partie par l’éducation et la formation de base, pour une autre par la science et ses applications. D’où le rôle central que jouent désormais les universités et la recherche dans notre monde contemporain.

L’université doit avancer sur ses deux jambes. L’une est la transmission du savoir. C’est l’enseignement. L’autre est la production du savoir. C’est la recherche. Si l’une vient à faiblir, c’est le déséquilibre. Si l’une vient à manquer, c’est l’immobilisme, puis le recul.

Car telles sont aujourd’hui les deux missions fondamentales de l’Université. Elle doit être le lieu d’une authentique élaboration du savoir par la recherche, et non une simple reproduction des connaissances, scolaire et figée. La recherche est devenue l’élément stratégique clé de l’Université, car en définitive, c’est elle qui forge sa réputation et son attractivité. C’est elle qui forge la qualité de ses enseignements, qui conditionne sa capacité à s’insérer et se mouvoir au sein d’un l’espace de l’enseignement supérieur, de plus en plus compétitif et globalisé.

Pour ce faire, les universités, en France comme au Liban, doivent se doter d’une vision stratégique et d’une organisation tournées vers la mise en œuvre d’une politique scientifique cohérente. La mise en place du système L/M/D comme la montée en puissance des écoles doctorales sont la traduction directe de cette politique. Saluons à cette occasion la transposition du système L/M/D par les grandes universités francophones du Liban. Saluons également la création récente d’écoles doctorales, articulées avec leurs homologues françaises et européennes.

Ces efforts, le fait que l’architecture L/M/D soit devenue la norme prépondérante au Liban, montrent à l’évidence, si l’on en doutait, que ce pays, grâce à ses grandes universités, reste le laboratoire de l’innovation universitaire dans cette partie du monde.

Pour autant, cette partie du monde se signale encore et toujours par un effort de recherche qui demeure notoirement très insuffisant.

Aussi, c’est un devoir collectif et national qui doit animer le pays. Les universités du Liban, si elles veulent conserver leur réputation historique, à l’heure de la montée des pays émergents mais aussi des pays du Golfe, doivent aller bien plus loin dans leur effort de recherche. Elles doivent se doter d’un véritable projet stratégique d’établissement. Elles doivent définir avec clarté des objectifs de moyen et long terme, hiérarchiser des priorités, affecter des moyens, et mobiliser toutes leurs énergies.

Pour ce faire, le Liban possède de nombreux atouts, à commencer par un système d’enseignement supérieur d’une qualité unique dans cette région du monde, que peut épauler une diaspora scientifique de très haut niveau. La production scientifique y est en croissance soutenue, en raison de l’existence d’un noyau dispersé d’universitaires volontaristes et de très bon niveau académique, disséminés dans plusieurs établissements. C’est bien. Mais il faut accélérer et consolider ce mouvement, fédérer les énergies, encourager la coopération nationale.

Et seule une politique volontariste de l’État, consentant un véritable effort, inscrit dans la durée, pourra permettre l’émergence effective d’un système de recherche de taille critique au Liban. Il n’y a pas de miracle à attendre dans ce domaine. Les pays où la recherche est la plus performante sont ceux où l’État joue un rôle central d’impulsion, d’orientation et bien sûr aussi, de financement.

La politique de recherche relève donc de l’intérêt national. En cela, elle doit être considérée comme un véritable projet de société. C’est pourquoi il revient à l’État de favoriser son épanouissement, de l’adapter sans cesse aux exigences qui se font jour. C’est en cela qu’il prépare la croissance des années futures : une croissance plus forte, plus durable, une croissance plus riche en emplois de qualité. Car dans une économie de services, une économie fondée sur la connaissance, les emplois de demain, c’est pour une bonne part la recherche d’aujourd’hui qui les prépare.

Cet impératif est universel. Il est valable pour le Liban, pour la France, pour l’Europe. Et le Liban, ce pays voisin qui a choisi l’Europe comme norme universitaire de référence, doit de façon analogue pouvoir s’arrimer à l’Europe de la recherche.

C’est le message, aujourd’hui, de ces Rencontres. Il faut comprendre que l’Europe de la recherche est une étape fondamentale de la construction européenne. Une étape aussi importante que l’Europe économique et monétaire. Une étape qui peut offrir de nombreuses perspectives de coopération pour ses partenaires de la Méditerranée, pour le Liban. C’est pourquoi ces Rencontres s’inscrivent dans notre ambition pour le partenariat euro-méditerranéen.

Ce partenariat est nécessaire. Nous sommes désormais engagés dans une compétition mondiale pour la suprématie scientifique et technologique. La recherche et l’innovation ne sont plus le monopole des pays les plus avancés. Les pays émergents ne se contentent plus de fabriquer des produits conçus par d’autres. Ils innovent désormais, y compris dans les domaines de haute technologie.

Dans ce contexte de compétition planétaire, le Liban comme la France possèdent de sérieux atouts, mais font aussi face à une même menace, celle de voir leurs éléments les plus brillants partir vers d’autres cieux plus cléments, plus accueillants pour l’élite scientifique.

Cette concurrence et ces mutations impliquent des adaptions drastiques. On connaît l’ampleur des débats qui agitent le monde de la recherche en France depuis quelques mois. Ces débats, tels ceux tenus récemment au sein des États Généraux de la Recherche, sont utiles et nécessaires. Ils ont permis d’affiner le consensus français autour d’une ambition impérieuse : la modernisation et le développement des capacités de recherche. C’est une même ambition qui, je l’espère, guidera vos débats, que je souhaite ouverts et pleinement utiles pour l’avenir du Liban et de notre coopération.

Je voudrais pour finir vous délivrer un message d’amitié, d’engagement et de soutien dans la durée. Face aux défis majeurs pour l’avenir, la France, avec l’Union européenne, se tient toujours résolument aux côtés du Liban.

En témoignent les résultats très remarquables du Programme CEDRE qui fêtera cette année dix ans d’ambition pour notre coopération scientifique, et qui présente à son actif la réalisation de dizaines de projets de recherche, qui sont autant de liens durables entre nos universitaires et nos chercheurs.

Venant en complément de l’effort national libanais, les projets de coopération franco-libanais sont autant de dispositifs de nature à consolider le système de recherche du Pays du Cèdre. Avec le concours des grands opérateurs de recherche français comme avec celui des universités, l’objectif que nous poursuivons, collectivement, est de favoriser le renouvellement des élites scientifiques. Il faut préparer l’émergence des jeunes équipes qui écriront l’avenir scientifique et technologique du Liban.

Vous pouvez compter sur la France pour épauler le Liban afin de maintenir la qualité de son système universitaire, dont le remarquable niveau a de tout temps forcé l’estime et la considération. Cette richesse du Liban doit être préservée, pour la jeunesse, pour l’intérêt général, pour le rayonnement du pays, pour le message qui est le sien, pour ce Liban libre qui se relève. La France est, avec le Pays du Cèdre, sur le chemin d’un partenariat qui s’ouvre désormais à l’échelle du continent européen.

Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs,

Alors que nous parlons de recherche et d’université, j’ai aujourd’hui une pensée très particulière pour le chercheur français Michel Seurat, enlevé à Beyrouth le 22 mai 1985 et dont nous venons de récupérer la dépouille mortelle, après 20 ans d’un long calvaire et d’une attente insoutenable pour sa famille. Je souhaite que nous ayons un moment de réflexion et un moment de silence à la mémoire de cet homme de science, de cet homme de recherche, de cet homme de courage, de cet homme d’engagement qu’était Michel Seurat qui a travaillé dans ce pays pour faire progresser la connaissance et la recherche. Aujourd’hui, les autorités libanaises, que je remercie de leur coopération, ont restitué aux autorités françaises la dépouille mortelle de Michel Seurat, retrouvée récemment dans le cadre d’un chantier de construction. C’est un jour très fort pour mon pays. Ce soir Michel Seurat regagnera la terre de France après être mort au Liban, ce Liban qu’il aimait tant. Inclinons nous devant la mémoire de ce grand scientifique, de cet homme de passion, de ce grand Français qu’il fut. Je vous remercie de vous lever et de respecter une minute de silence.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 22/01/2007

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