Tribune du Ministre des Affaires étrangères, M. Philippe Douste-Blazy, dans le quotidien "Le Monde" (31/01/2007)

Il est urgent d’agir au Moyen-Orient

Liban, Irak, Iran, Palestine : la France doit encourager la négociation. Le moment est propice.

Irak, Liban, Iran, Israël-Palestine : jamais, par le passé, la montée en puissance des risques au Moyen-Orient n’a paru si explosive. C’est pourquoi nous devons impérativement faire de 2007 une "année utile" en recréant les conditions d’une stabilisation de la région.
En Irak, le pays s’enfonce chaque jour plus profondément dans la guerre civile. Des doutes majeurs pèsent sur les chances de succès de la "nouvelle stratégie de victoire" américaine. Car le problème n’est pas tant le niveau des forces engagées, que le postulat de base sur lequel repose toujours ce "nouveau plan" : la conviction qu’il existerait une sortie de crise militaire en Irak. La réponse ne peut être que politique. L’audience de l’insurrection serait en effet "dopée" par l’intensification des opérations militaires. Les insurgés ne rentreront dans le rang que si l’on fixe un horizon pour le départ des troupes étrangères. Quant aux violences inter-communautaires, leur apaisement ne sera possible que si chaque communauté accepte de dialoguer avec les autres et se voit offrir un accès équitable aux institutions et aux ressources irakiennes, ce qui impliquera sans doute, le moment venu, de réviser la Constitution.

Au Liban, la situation a rarement été aussi volatile. Après trois mois d’une crise politique grave où chacun a campé sur ses positions, l’opposition semble vouloir faire le choix de l’escalade, au risque de renvoyer le pays aux pages les plus sombres de son histoire. La solution viendra pourtant de compromis forgés par le dialogue entre les Libanais eux-mêmes. C’était aussi l’un des objectifs de la conférence de Paris voulue par le président de la République, qui a, par son succès, montré à quel point les amis du Liban souhaitent convaincre ses habitants - sans distinction - de refaire leur unité. Il s’agit d’empêcher que le Liban ne redevienne le terrain d’affrontement de ses voisins et de lui permettre de bénéficier pleinement de la solidarité internationale.

Concernant la crise nucléaire iranienne, certains développements récents pourraient pousser Téhéran à réfléchir : le désaveu électoral subi par le camp présidentiel, les critiques dont fait l’objet en Iran même la gestion du dossier nucléaire, sans oublier l’impact déjà perceptible des sanctions et, plus encore, l’isolement économique croissant du pays. La balle est aujourd’hui dans le camp iranien. Mais beaucoup dépendra aussi de la capacité de la communauté internationale à maintenir son unité, qui est son principal atout pour convaincre l’Iran de faire les bons choix.

Nous devrons ainsi être fermes sur nos principes et nos demandes, mais aussi rester ouverts au dialogue et prêts à lever les sanctions si l’Iran accepte de suspendre ses activités sensibles. Seule la solution négociée que défend la France est en mesure de répondre aux intérêts de tous. L’Iran a beaucoup à gagner des offres de coopération faites par les Six, s’il suspend ses activités nucléaires sensibles, et tout à perdre d’une escalade. Les autorités iraniennes doivent comprendre qu’en rejetant une solution diplomatique elles risquent d’ouvrir elles-mêmes la voie à d’autres options.

Entre Israéliens et Palestiniens, jamais la paix n’a paru si éloignée. Et, pourtant, jamais non plus les parties en présence n’ont eu davantage intérêt à la reprise du dialogue. C’est d’abord l’intérêt d’Israël qui a vu depuis l’été dernier sa vulnérabilité exposée, la validité des retraits unilatéraux comme garantie de sa sécurité remise en cause, et surtout sa stratégie exclusivement militaire déconsidérée par l’épreuve des faits. C’est évidemment aussi l’intérêt des Palestiniens, minés par des divisions qui les privent d’un représentant capable de parler en leur nom et de les engager tous dans la paix. Ils doivent d’urgence se rassembler dans un gouvernement d’union nationale avec lequel la communauté internationale pourra travailler. Le statu quo débouchera tôt ou tard sur une guerre ouverte entre Palestiniens qui balayera ce qui reste de l’Autorité palestinienne et provoquera le chaos bien au-delà des Territoires.

En Irak, au Liban, ou avec l’Iran, les crises ont des ressorts propres qu’il convient de traiter. Mais la toute première urgence aujourd’hui est de se concentrer sur ce qui est toujours le "centre nerveux" des crises au Moyen-Orient : le conflit israélo-palestinien. Bien entendu, toutes les tensions ne disparaîtront pas avec lui comme par un jeu de dominos. Mais le conflit israélo-palestinien est depuis soixante ans une plaie ouverte et douloureuse, un abcès qui cristallise les frustrations et nourrit les extrémismes.

La paix entre Israéliens et Palestiniens n’est sans doute pas une condition suffisante pour stabiliser le Moyen-Orient. Mais elle en est encore une condition nécessaire. Les termes d’une solution sont connus. Ce qui fait défaut, c’est le courage, la force de la volonté politique. La communauté internationale doit agir et déjouer le scénario d’un chaos annoncé qui risque d’emporter toute la région dans une escalade incontrôlable.

C’est en faisant la preuve de notre capacité collective à relancer la paix entre Israéliens et Palestiniens que notre voix sera entendue, écoutée et respectée pour régler les autres crises qui minent le Moyen-Orient./.

Dernière modification : 01/02/2007

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