Signature d’une déclaration de coopération quadripartite pour la création de l’Institut Charles de Gaulle du Liban

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A l’occasion du 76e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940, l’Ambassadeur de France au Liban, M. Emmanuel Bonne, a signé une déclaration de coopération quadripartite pour la création de l’Institut Charles de Gaulle du Liban.

La signature a eu lieu le samedi 18 juin 2016 à l’École Supérieure des Affaires (ESA), en présence du secrétaire général de la Fondation Charles de Gaulle (FCdG), M. Marc Fosseux, du président de la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine de Charles de Gaulle au Liban (FSPCGL), M. Christian Besse, et du directeur général de l’ESA, M. Stéphane Attali.

L’Institut Charles de Gaulle du Liban, qui sera hébergé sur le campus de l’ESA, aura pour vocation la promotion de la mémoire du Général de Gaulle et le renforcement des échanges franco-libanais. Il aura aussi pour mission de sensibiliser le grand public en illustrant le caractère visionnaire de son action tout en soulignant la relation particulière que celui-ci a pu entretenir avec le Liban et son environnement régional.

Ouvert sur l’avenir, l’Institut Charles de Gaulle du Liban se veut également une plateforme de recherche, d’échange et de débats, permettant, à partir de l’héritage gaullien, de fédérer une communauté d’experts et de professionnels autour de grands enjeux du monde contemporain.

Dans son allocution, Emmanuel Bonne a mis l’accent sur l’action de coopération que mène la France au Liban :

« Monsieur le secrétaire général de la Fondation Charles de Gaulle,
Monsieur le directeur général de l’ESA,
Monsieur le président de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine de Charles de Gaulle au Liban,
Chers amis,

Je suis heureux d’être avec vous pour cette nouvelle occasion à l’ESA, de lui donner encore plus d’ambition et de faire de cette école le point fort dont nous avons besoin ici au Liban pour poursuivre cette longue œuvre d’amitié entamée il y a longtemps et dont le Général de Gaulle a si bien parlé et pour laquelle il a si bien agi.

Ce projet d’Institut Charles de Gaulle trouve sa justification dans la trace profonde et forte laissée par le Général de Gaulle ici. Il était alors le Commandant de Gaulle à l’occasion de son séjour à Beyrouth à l’état-major des troupes du Levant entre novembre 1929 et novembre 1931. Dans l’action de coopération qu’il menait alors il y avait aussi une œuvre de pédagogie. On se souvient notamment des discours qu’il avait prononcés à l’Université Saint-Joseph pour féliciter la première promotion de juristes, et qu’il invitait à servir l’état et l’intérêt général.

Au-delà de la mémoire, l’Institut Charles de Gaulle du Liban sera porteur d’une ambition plus large que la simple commémoration, d’abord parce que cet institut pourra refléter la relation particulière que le Liban occupe dans la vision gaullienne, plus largement dans la politique étrangère de la France, et ensuite parce que l’institut pourra contribuer à penser et à construire l’avenir de cette relation franco-libanaise.

Continument, et dans chaque action de la France au Liban, ils résonnent les mots que le Général de Gaulle nous a laissé en héritage. Personne mieux que lui n’a su exprimer brillamment et transmettre si profondément l’intensité de cette relation et toute sa signification. C’est pour cette raison sans doute que nous sommes réunis aujourd’hui, pour faire naitre cet institut parce que nous mesurons, intellectuellement et dans notre expérience personnelle, combien notre bonheur de servir la relation franco-libanaise, de vivre au Liban, d’aimer le Liban, est redevable de l’expérience qu’en a eu Charles de Gaulle en son temps.

En posant quelques jalons historiques je reviendrai sur cette expérience et sur trois enseignements qui sont importants pour nous à l’heure où nous lançons ce nouveau projet. D’abord il y a la compréhension mutuelle dont nous sommes capables, il y a ensuite la solidarité entre la France et le Liban, et enfin il y a l’intérêt que nous avons de continuer à progresser ensemble.

La compréhension d’abord. Le Général de Gaulle a aidé la France et les Français à prendre conscience de son statut si particulier au Liban et aussi de prendre conscience de tout ce que le Liban pouvait nous apporter. Le Liban c’est ce pays que l’histoire nous a amené a si bien connaitre et à comprendre peut-être mieux que d’autres. C’est aussi ce pays qui nous a donné pour l’Orient une base forte et sur laquelle nous continuons de construire. Le Général de Gaulle a acquis ici la conviction que l’inclination des Libanais pour la France n’est pas un phénomène circonstanciel ou fugace mais une réalité qui a vocation à se développer, et a compris aussi que les Français avaient ici des amis et qu’il était important pour eux d’y être présents.

Deuxième point, la solidarité. Le Général de Gaulle a su définir pour nos deux pays, le Liban et la France, une communauté de destin fondée sur une empathie et un effort partagé, une vision de l’avenir. La relation franco-libanaise s’est forgée dans la douleur et l’effort de la guerre notamment. Après la campagne de Syrie c’est au Liban que l’affrontement a été le plus violent entre la France libre et les troupes qui avaient maintenu leur allégeance au régime de Vichy. Le Général de Gaulle est venu dans cette période difficile à deux reprises : en 1941 et ensuite en 1942. Ces deux visites sont bien documentées. Il les évoque d’ailleurs longuement et chaleureusement dans ses mémoires de guerre. Il cite alors les « mille liens » entre Français et Libanais qui répondent, dit-il, de part et d’autre à l’intérêt et au sentiment, et c’est bien ces liens qu’il a voulu raviver en 1941 et 1942.

Enfin, le Liban a constitué pour le Général de Gaulle une clé de ce que les exégètes ou les commentateurs ont ensuite appelé « la politique arabe » et qui visait déjà à démontrer que la France et le Liban avaient beaucoup en commun et pouvaient développer ensemble une relation de confiance, à la fois respectueuse et profitable à chacun.

Je voudrais d’ailleurs ici citer l’un des derniers écrits du Général Fouad Chéhab, qui a été confié à la Fondation Charles de Gaulle : « On peut dire que la France a toujours eu une vocation orientale et qu’elle en a fait une constante de sa politique. Cette présence française, de Gaulle savait mieux que quiconque qu’elle n’a jamais été seulement une manifestation de prestige ou une démonstration d’universalisme culturel, mais qu’elle procédait aussi et surtout d’un souci pratique d’utilité nationale sur un double plan politique et économique. De Gaulle savait aussi que ce faisant, en travaillant ici, il allait à la rencontre des pays arabes, qu’il souhaitait que la France revint prendre sa place dans la région. Cette France pour qui les valeurs morales et les mots de liberté et de justice ont encore un sens. Le peuple de France a pleuré abondamment ce chef prestigieux, cet homme d’une trempe exceptionnelle. Nous autres Libanais l’avons pleuré aussi. Son souvenir restera vivace dans nos mémoires et dans celles de nos enfants. »

La création de l’Institut Charles de Gaulle va certainement nous aider à faire vivre ce souvenir. Cet institut va surtout nous aider à préparer l’avenir, en nous conformant à cette tradition d’excellence, qui est non seulement celle du gaullisme et de l’enseignement français dans ce pays, mais aussi la vocation de l’ESA. Il va aussi nous aider à développer une vision qui est celle de notre amitié, du bénéfice que nous en tirerons, Français et Libanais, et enfin à rester ambitieux, à porter encore et toujours une ambition qui est à la fois de culture, d’universalisme et de dialogue. Je vous remercie. »

Dernière modification : 22/06/2016

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