Remise des insignes de Chevalier des Arts et des Lettres à M. Charif Majdalani, écrivain - Grand Lycée Franco-Libanais de Beyrouth (22/06/2006)

Cher Charif Majdalani,

Jusqu’à l’âge de 20 ans, vous partagez votre temps entre Beyrouth et votre chère région des montagnes sauvages du Kesrouane. Jeune élève en ces murs prestigieux du Grand Lycée Franco-Libanais, vous y rencontrez Samir Kassir, votre condisciple, votre camarade, né la même année que vous.

Sitôt votre Baccalauréat obtenu, vous prenez, comme Samir, le chemin de la France, et poursuivez des études de Lettres modernes à l’Université d’Aix-en-Provence. Vous passerez douze ans sous ce beau soleil de Provence, région proche, à bien des égards, de votre terre natale. Mais le Liban vous manque, et après la soutenance de votre thèse de doctorat sur Antonin Artaud, en 1993, vous revenez au pays.

C’est le début d’une éminente carrière universitaire, à l’Université de Balamand, puis à l’Université Saint-Joseph où vous êtes amené à diriger le Département de Lettres Françaises. Animés d’une pédagogie remarquable, vos enseignements sur la poésie et le roman contemporains ouvrent de nouveaux passages entre les auteurs des deux rives de la Méditerranée.

A Beyrouth, vous retrouvez Samir Kassir. Et c’est à sa demande que vous acceptez de sortir du cadre universitaire, et que vous prenez en charge la rubrique littéraire de L’Orient-Express. De 1995 à 1998, ce mensuel francophone libanais, en distillant une impertinence et une liberté de ton inédites, s’efforcera, je le cite, de bouleverser « l’hypocrisie d’une reconstruction fondée sur l’amnésie ».

En 2002, année du Sommet de la Francophonie, c’est à nouveau Samir qui vous encourage à publier votre premier livre. Un essai intitulé « Petit traité des mélanges » où, et je vous cite, vous « essayez de dire votre agacement devant l’aimable notion de dialogue des cultures », lui préférant celles d’esthétique de l’acculturation et de métissage culturel.

Dans cet éloge de « l’impureté », je vous cite de nouveau, « du Rococo dans l’architecture ottomane aux minarets dans les alpages d’Europe centrale », du costume aux noms de personnes, vous traquez les traces de ces métissages culturels qui sont pour vous les grandes richesses du patrimoine humain, car ils permettent de comprendre le caractère toujours « impur » de nos racines.

On dit que vous êtes passionné d’histoire, des aventures d’Alexandre le Grand en Orient à la République romaine, jusqu’aux épopées napoléoniennes. Avec la publication de votre premier roman, « Histoire de la grande maison », sélectionné par les jurys des grands prix littéraires français et couronné au Liban par le Prix Phénix, vous entraînez votre lecteur dans l’épopée d’une famille de Beyrouth, dans le Liban du XIXème siècle que vous faites revivre dans un déferlement de personnages, dans un foisonnement épique où la grande Histoire jouxte celle du héros.

Le procédé narratif que vous avez adopté, teinté du style des grands classiques populaires et du dialogue que vous savez si bien entretenir avec le lecteur, prouve encore une fois votre connaissance érudite de la littérature contemporaine, et apporte un souffle novateur dans le paysage littéraire libanais. Avec ce roman, vous réussissez une fresque romanesque moderne, et vous démontrez, une fois de plus, que le Liban, est à lui seul un petit traité des mélanges.

Cher Charif Majdalani,

Vous avez dit un jour que le Français était votre langue maternelle, et l’arabe votre langue paternelle. Vous êtes un homme à la croisée des cultures, un homme pour qui il n’est d’autre identité que métissée, faite de rencontres, de diversité culturelle, de respect de l’autre.

Laissez-moi enfin souligner combien nous apprécions votre engagement pour les valeurs comme pour le message que porte la Francophonie et combien nous vous en sommes reconnaissants. En tant que professeur, vous ne cessez de transmettre le goût et la passion de la langue française en faisant partager sa saveur, sa richesse et sa diversité. Comme écrivain, vous ne cessez de faire de cette même langue le laboratoire vivant de vos si chers métissages.

Je souhaite enfin souligner l’engagement qui est le vôtre auprès des institutions proches de notre pays au Liban et d’abord de la Mission Culturelle Française qui vous sollicite très souvent. Je salue aussi votre concours et votre participation régulière à tous les événements de notre Salon du Livre en français et en musique de Beyrouth et notamment à la sélection du Prix littéraire Cadmous que nous avons décidé, depuis l’an dernier, de délivrer à l’occasion du Salon du Livre, à une œuvre originale.

Pour l’ensemble de ces raisons, pour votre apport à la diversité culturelle, pour votre engagement littéraire dans la défense et l’illustration du respect de la culture de l’autre, pour votre rôle de passeur entre les écrivains, le Gouvernement français, représenté par son Ministre de la Culture, M. Renaud Donnedieu de Vabres, a souhaité vous honorer en vous conférant le grade de Chevalier des Arts et Lettres.

Charif Majdalani, au nom du Gouvernement de la République Française, nous vous conférons le grade de Chevalier des Arts et Lettres./.

Dernière modification : 17/01/2007

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