Remise des insignes d’officier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur à M. François Abisaab

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L’Ambassadeur de France au Liban, M. Emmanuel Bonne, a remis, le jeudi 29 octobre 2015, à 18h30, les insignes d’officier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur à M. François Abisaab, ancien attaché de presse et chef du protocole de l’Ambassade, au cours d’une réception à la Résidence des Pins.
Plusieurs centaines d’invités se sont retrouvés à cette occasion dont cinq ministres en exercice, M. Pharaon représentant le PM, et M. Mahmoud Berri, représentant du président du parlement.
Cette distinction vient récompenser les services éminents accomplis par François Abisaab, qui a pris sa retraite le 28 mai dernier, au service de la France et de la relation franco-libanaise depuis de très nombreuses années.

Discours de S.E. Monsieur Emmanuel BONNE, Ambassadeur de France au Liban, à l’occasion de la remise des insignes d’Officier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur à M. François Abisaab (Résidence des Pins, le 29 octobre 2015).

Cher François Abisaab,

Il me revient le grand honneur de vous remettre ce soir les insignes d’Officier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur que le Président de la République, Monsieur François Hollande, a personnellement décidé de vous attribuer pour vous exprimer sa reconnaissance au terme d’une carrière entièrement consacrée au service de la France au Liban.

C’est un grand honneur car 19 Ambassadeurs de France avant moi ont pu compter sur votre engagement, votre talent, votre enthousiasme et votre savoir-faire. Mais voilà que j’arrive à Beyrouth et que vous quittez l’ambassade. Je ne veux y voir qu’une malheureuse coïncidence car je sais – vous me l’avez dit – que vous serez toujours là pour la France. Je veux en tout cas associer à l’hommage que je vous rends ce soir chacun de mes grands prédécesseurs, tout particulièrement l’Ambassadeur René Ala, que nous avons l’immense bonheur d’accueillir parmi nous aujourd’hui, pour sa première visite depuis la fin de sa mission héroïque au Liban de 1988 à 1991. Je vous demande de l’applaudir avec moi.

C’est aussi un grand honneur car beaucoup d’amis et de nombreuses hautes personnalités sont venues ce soir pour vous honorer. Je leur suis reconnaissant de nous avoir rejoints dans cette maison qui vous est chère et témoigne, à elle seule, de la passion de la France pour le Liban, cette passion à laquelle vous avez consacré les 47 années de vos services à l’ambassade de France, avec la conviction inébranlable que nos destins sont liés. A tous, je souhaite la bienvenue.

C’est enfin un grand honneur car vous êtes, cher François Abisaab, un homme d’exception dont la vie, la manière d’être et de servir, les idées et l’attitude symbolisent pour nous tous ici une forme de noblesse aussi française que libanaise. Je veux saluer d’abord le grand Libanais que vous êtes, généreux, hospitalier, cultivé, fier d’être né sur cette terre, à qui tout est toujours possible. Je veux aussi saluer le grand Français que vous êtes devenu, qui porte en lui les valeurs de la République et se dévoue à la cause de son pays, dans son pays, avec une loyauté, un enthousiasme, une force et une efficacité jamais démentis.

Permettez-moi donc, cher François Abisaab, de dire ici ce que chacun sait déjà mais qui mérite d’être rappelé : c’est le récit d’une vie exemplaire et de services exceptionnels pour que vive et se renouvelle toujours l’amitié indéfectible entre la France et le Liban. Quel plus beau récit faire que celui de votre vie, alors qu’en vous s’incarne la rencontre de nos cultures, de nos identités et de nos espoirs ?

Vous êtes issu d’une famille du Kesrouan mais naissez en 1950 à Beyrouth, où votre père dispose d’un logement sur le site de notre ambassade, rue Clémenceau, car lui-même effectue une carrière au service de la France, d’abord au Haut-Commissariat, puis à la Légation et enfin successivement auprès de huit Ambassadeurs. Vous m’avez dit votre attachement à vos parents et combien ils ont compté pour vous. Ce sont eux qui vous envoient au lycée français en 1956 puis au collège de la Sagesse et enfin au collège d’Antoura où – si j’ai bien compris la rumeur – votre père souhaitait vous voir travailler davantage. Vous quittez l’école pour commencer une carrière d’expert-comptable. Pourtant, la politique, les idées, l’actualité vous passionnent déjà. Peut-être est-ce cela qui vous amène à rejoindre l’Ambassade de France le 12 novembre 1968. Dans les premiers mois, vous y travaillez auprès d’une conservatrice, Mme Marie-Victoire Duval, qui organise le rapatriement des archives du Haut-Commissariat. Vous gérez ensuite le bureau d’ordre puis passez les examens professionnels qui vous permettent de diriger le service administratif de l’Ambassade à partir de 1980.

Au Liban, c’est la guerre. A Clémenceau, vous travaillez dans les sous-sols de la villa du Pasteur, vous prenez des risques pour accomplir votre mission et multipliez les actions d’éclat, conduisant des convois entre l’est et l’ouest avec une témérité qui suscite à la fois l’effroi et l’admiration des diplomates. En 1976, vous participez à l’évacuation des Français vers Damas et conduisez un cortège auquel se joignent de nombreux Libanais. La même année, vous sauvez aussi le Président Sarkis d’un grave danger et êtes blessé en traversant la ligne de démarcation. Et vous venez à peine de quitter l’Ambassadeur Louis Delamarre lorsqu’il est assassiné le 4 septembre 1981 aux portes de cette résidence. Cela vous marque profondément. Mais vous êtes à nouveau à l’œuvre pour évacuer les Français lors de l’invasion israélienne en juillet 1982. Le 30 août 1982, vous participez aussi à l’évacuation des Palestiniens, parmi lesquels Yasser Arafat lui-même. Ce jour-là, vous vous mesurez à Ariel Sharon, qui prétend imposer à l’Ambassadeur de France un contrôle que vous jugez indigne. Vous refusez la loi de l’occupant et vous l’emportez. Vous vous préoccupez aussi du sort de notre patrimoine, tout particulièrement de cette Résidence des Pins. Sous les bombardements, vous y récupérez ses trésors les plus précieux, une tapisserie des Gobelins et même la porte somptueuse que nous franchissons encore aujourd’hui parce que vous l’avez alors mise à l’abri des incendies et des pillages.

C’est pour tout cela – le courage, le dévouement, l’efficacité – que l’Ambassadeur Fernand Wybaux vous nomme en 1985 au poste sensible d’attaché de presse, chargé aussi du protocole – ce qui est bien plus que le titre ne le suggère puisqu’il s’agit d’être en contact avec tout le monde dans cette période de crise, de guerre et d’enlèvements. Vous œuvrez pour les nôtres. Marcel Carton, agent de l’Ambassade, et d’autres disparaissent. Certains ne reviennent pas. Raymond Vautier, lui aussi agent de l’ambassade, est tué en 1984. Michel Seurat meurt dans sa prison en 1986.

Et la guerre se prolonge. A partir de 1989, la violence des combats est terrible et connait son ultime épisode le 13 octobre 1990, lorsque les Syriens entrent à Baabda. Vous vivez alors aux côtés de l’Ambassadeur René Ala l’arrivée du général Aoun dans nos locaux de Mar Takla, touchés le même jour par un obus. Son long séjour chez nous commence par un dîner que vous partagez tous les trois dans un silence accablé, au cours duquel vous n’échangez aucun mot.

Ce parcours dans la guerre, au service de la France, votre courage et votre engagement, votre habileté à résoudre tous les problèmes et à guider de manière sûre les Ambassadeurs qui vous ont l’un après l’autre fait confiance, vous ont valu de devenir ce personnage de légende dont on parle à Paris chaque fois – ou presque - qu’on parle du Liban. La République vous dit une première fois sa reconnaissance en vous faisant Chevalier dans l’Ordre National du Mérite en 1993 puis en vous intégrant au sein du corps diplomatique français en 1994. Vous passez alors quelques années à Paris avant de revenir sur le terrain, votre terrain, pour être à nouveau le collaborateur d’exception de l’Ambassadeur de France au Liban, l’homme de confiance avec lequel le travail est fait à la perfection et qui accomplit sa mission à coup sûr.

Dans cette nouvelle phase de l’action de la France au Liban, vous continuez d’étendre vos connaissances et d’élargir le réseau de vos amitiés et des interlocuteurs qui parlent à cette Ambassade parce qu’ils vous respectent et vous font confiance. Votre connaissance intime du Liban dans tous ses aspects est devenue essentielle au travail de l’Ambassade. Vous facilitez les contacts et déjouez les pièges, vous ouvrez des accès, explorez de nouvelles voies, avez toujours un coup d’avance et faites gagner la France. Un Ambassadeur, M. Jean-Pierre Lafon, vous en est tout particulièrement reconnaissant car il s’appuie sur vous dans l’oeuvre immense qu’il accomplit ici en engageant la rénovation de cette résidence, en construisant notre nouvelle ambassade et en lançant les projets qui accroissent encore le rayonnement de la France au Liban. C’est le cas de l’Ecole supérieure des affaires, qui s’installe dans nos locaux de la rue Clémenceau, après que – sur votre conseil – Jean-Pierre Lafon a dissuadé l’administration de vendre ce lieu prestigieux.

Puis le Liban trébuche à nouveau, les tensions s’accroissent, le Président Hariri est assassiné, la France s’engage puissamment et vous entrez dans cette nouvelle période de hautes turbulences aux côtés d’un Ambassadeur hors du commun, Bernard Emié. Et votre devoir, cher François Abisaab, vous l’accomplissez à nouveau avec lui dans les circonstances terribles de l’été 2006. Au cours de cette guerre inutile, absurde, destructrice, vous êtes présent sur tous les fronts, auprès des journalistes qui couvrent les événements, auprès de votre Ambassadeur, auprès de nos compatriotes qu’il faut évacuer une nouvelle fois, auprès aussi des agents de l’Ambassade pour qui vous êtes un modèle et un ami toujours présent. Cela vous vaut de recevoir une nouvelle fois l’hommage de la République. Le Président Chirac vous nomme Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur en 2006. L’Ambassadeur Bernard Emié vous remet cette décoration et prononce un discours dans lequel il a su trouver les mots pour décrire ce que vous représentez pour nous.

Je le cite : « chacun doit comprendre ici combien François Abisaab a su gagner la confiance successive non seulement de ses chefs de poste mais aussi de tous les diplomates avec lesquels il a pu travailler au Liban. Vous faites partie de ces collaborateurs rares qui considèrent que toute question a une réponse, tout problème une solution et que rien n’est impossible pour la France et son Ambassade dans ce Liban où vous êtes non seulement comme un poisson dans l’eau mais aussi le représentant d’un système diplomatique toujours en éveil et en mouvement. Vos immenses qualités professionnelles, votre motivation sans cesse renouvelée font de vous un collaborateur de toute confiance. Votre connaissance absolue du monde libanais dans toutes ses facettes font que vous êtes une personnalité de cette société si séduisante mais parfois aussi si captatrice. C’est là votre force de faire profiter de vos réseaux, de votre surface sociale et personnelle, votre chef de poste et l’ensemble de ses collaborateurs ».

Ces mots, cher François Abisaab, je les fais miens et m’interroge : quelles leçons tirer d’un tel parcours à présent que vous avez achevé votre carrière à l’Ambassade de France ?

Avant de prendre mes fonctions à Beyrouth, je me suis enquis auprès de mes grands prédécesseurs de la meilleure façon de représenter la France au Liban. Tous m’ont confié qu’ils avaient vécu ici les moments les plus intenses de leur carrière diplomatique. Mais tous m’ont aussi exprimé leur inquiétude que ma mission soit impossible sans vous. Je veux les rassurer : je sais pouvoir compter sur vous, sur votre disponibilité, vos conseils avisés, votre amitié. Et cela m’est précieux. Je sais surtout qu’il y a dans votre engagement de 47 années au service de la France une exemplarité qui produira encore longtemps ses effets car elle continue aujourd’hui de nous inspirer.

D’abord sur la manière de servir la France. Vous n’acceptez aucune modestie, aucune défaite, aucun renoncement pour notre pays. Vous avez pour lui les plus grandes ambitions, vous êtes fier de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons faire ensemble, vous êtes certain de ce que nous avons beaucoup à donner, au Liban d’abord. Et vous avez raison car la France est un grand pays, qui doit avoir confiance en lui parce qu’il a des valeurs, des talents, une ouverture au monde qui lui permettent de surmonter toutes les difficultés.

Ensuite sur la manière d’agir au Liban. Vous avez toujours été soucieux d’équilibre et de justice, pour que la France reste fidèle à ses amitiés historiques mais aille aussi au-devant de tous les Libanais, de toutes les communautés, de toutes les régions, de toutes les composantes de cette société incroyablement diverse et talentueuse. Et cela encore nous inspire et nous encourage à prendre l’initiative, à construire de nouveaux projets, à faire de nouvelles rencontres pour que la France vise toujours un peu plus haut et garde toute sa place dans ce pays.

Enfin sur la manière d’être au Liban dans les bons comme dans les mauvais moments. Tous ceux qui sont ici connaissent votre personnalité chaleureuse, votre élégance, votre humour et l’attention fraternelle que vous portez aux gens. Ils connaissent aussi votre conviction que ce pays, le Liban, a l’avenir devant lui, que le pire peut bien arriver mais que le meilleur est toujours à venir. Cet optimisme de la volonté, nous vous remercions de le partager si généreusement avec nous.

Voilà, cher François Abisaab, pourquoi nous nous réunissons ce soir autour de vous. Nous avons pour vous une grande admiration, une grande reconnaissance, une grande affection. Nous l’avons aussi pour votre famille. Je pense à Gaby surtout, qui partage votre vie et soutient votre engagement avec une admirable abnégation. Je veux l’associer pleinement à l’hommage que nous vous rendons aujourd’hui.

Votre promotion au grade d’Officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur récompense les services d’un grand serviteur de l’Etat mais aussi les mérites d’un grand homme que la France et le Liban ont en partage. Votre histoire est celle d’une France qui ne cessera jamais de s’engager pour le Liban. C’est aussi l’histoire d’un Liban qui ne doutera jamais de l’engagement de la France. Cette France, cher François Abisaab, cette France que vous aimez vous exprime aujourd’hui de manière solennelle sa gratitude pour tout ce que vous lui avez donné.

François Abisaab, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Officier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur./.

Discours de François Abisaab

Remise des insignes d’officier de la Légion d’Honneur par
M. Emmanuel Bonne, Ambassadeur de France au Liban
à M. François Abisaab, ancien Attaché de presse et Chef du protocole à l’Ambassade de France au Liban.
(Résidence des Pins, le jeudi 29 octobre 2015 à 18h30)



Je voudrais préciser que j’ai rédigé ce discours avant l’opération subie le 8 avril dernier et cela dans l’esprit de mon départ à la retraite.je ne savais pas du tout que cette distinction me serait accordée. Je tiens à saisir cette occasion pour exprimer toute ma reconnaissance et rendre hommage aux Professeur Béchara Asmar, Roland Kassab et au docteur Gébrayel Saliba de l’Hôtel Dieu de France, qui, sans la volonté de Dieu et sans eux nous ne serions pas ici ce soir.

Monsieur l’Ambassadeur, Madame Bonne,
M. le Ministre Michel Pharaon représentant SE M Tamam Salam, Président du Conseil des Ministres
Monsieur René Ala, Ambassadeur de France, présent ce soir parmi nous,
Excellences, Mesdames, Messieurs les Ministres, les Ambassadeurs, les députés,
Chers amis,
C’est avec une sincère et profonde émotion que je voudrais, Madame BONNE, Monsieur l’Ambassadeur, vous remercier vivement pour l’accueil, et la mise à notre disposition à mon épouse et moi-même ce soir cette Résidence des Pins, haut lieu chargé de tant de souvenirs, pour accueillir amis et parents.
Mes premiers mots seront tout naturellement de gratitude pour les paroles élogieuses et chaleureuses que vous venez de prononcer Monsieur l’Ambassadeur à mon égard à l’occasion de ma réception des insignes d’Officier de la Légion d’Honneur que m’a conféré Monsieur le Président de la République, que je remercie vivement, et sur proposition de votre prédécesseur et sur suggestion de deux de ses principaux collaborateurs : Jérôme Cauchard, en poste à Paris actuellement et Jean-Christophe Augé présent avec nous ce soir.
Monsieur l’Ambassadeur : Cette promotion, c’est à vous que je la dois. Oui, oui j’insiste à vous personnellement.
10 novembre 1968 au 28 mai 2015 = 46 ans, 6 mois et 16 jours.
10 novembre 1968-28 mai 2015 : ma vie professionnelle durant laquelle j’ai eu l’honneur de servir dix-neuf ambassadeurs de France au Liban … un engagement indéfectible …. répondant avec constance à la vocation et à la mission qui m’ont été données pour « servir avec passion la France au Liban, et servir le Liban à travers la France ».
10 novembre 1968-28 mai 2015 : vie professionnelle, au cours de laquelle j’ai été témoin de moments de joie, de bonheur, mais oh combien de soulèvements, de tragédies, des heures les plus grisantes durant la rude et dure épreuve qu’a connu le Liban patrie et peuple en danger !
Ces longues heures sombres ont été décrites le 3 mars 1992 par un grand commis de l’Etat ayant bien connu le Liban, dans un discours qu’il a prononcé :
Début de citation :
« Des périodes des plus noires de l’histoire de ce pays ; parce que le pire, longtemps retardé par la France n’a finalement pu être totalement évité, parce que s’est installée une drôle de paix, ô combien cher payée, imparfaite et précaire qui autorise aujourd’hui moins d’espoirs que d’inquiétudes ». Fin de citation
Il est des occasions où les propos paraîtraient inutiles, mais il faut parfois, aussi que l’émotion soit exprimée, ne serait-ce qu’au nom de l’amitié, de la vérité et des principes supérieurs.
Cette Résidence des Pins qui a été mutilée et meurtrie, symbole de la France et des souffrances d’un peuple, est trop chargée de souvenirs, de peines et d’espérance, à titre personnel et à un niveau qui me dépasse pour atteindre la fresque de l’Histoire.
Oui,…. des souvenirs : derrière les rideaux de la salle à manger, où au début des années 60 (j’avais 10 ans) je m’étais caché avec Pierre et Jérôme de BOISSESON, (fils de l’Ambassadeur Robert de BOISSESON), durant une soirée pour admirer, épatés, nous rincer les yeux grands ouverts, les mannequins qui se changeaient au cours du défilé de mode de Christian Dior, organisé par la Société française de Bienfaisance.
Aussi, très jeune fonctionnaire, dans le salon arabe de cette résidence, je vois encore M. Jean Sauvagnargues, Ministre des Affaires étrangères de l’époque, recevant le 20 octobre 1974 , M.Yasser Arafat, et s’adressant à lui solennellement devant les médias du monde, en lui conférant pour la première fois, officiellement, le titre de « Monsieur le Président » ….
Le souvenir de Monsieur Couve de MURVILLE délégué par la France à l’automne 1975, recevant dans ces salons toutes les personnalités politiques libanaises, de toutes tendances, afin de les exhorter à prendre conscience du danger qui guette le pays des Cèdres s’ils se donnent au jeu de certains régimes, et permettent que le Liban devienne le champ de règlement de conflits régionaux, et le champ de « la guerre des autres » (Ghassan Tueni)… Et d’ajouter que si le Liban venait à être victime d’événements, tôt ou tard les Libanais se retrouveront obliger de se réconcilier et vivre en commun, car nul part ailleurs ils ne peuvent trouver ce « Liban message » comme l’a qualifié le Pape Saint Jean-Paul II.
Malheureusement, Monsieur Couve de Murville a quitté Beyrouth le cœur serré, conscient que la sagesse des descendants des Phéniciens risque de ne pas l’emporter. Quelques mois plus tard, en mai 1976, je conduisais vers Damas le premier convoi des Français à évacuer vers la France, et que d’évacuations ont suivi.
Je voudrais dès lors associer dans un égal hommage, tous ceux des fils de France et du Liban, qui sont tombés pour certains ici même, pour que triomphent les fléaux de liberté, pour que soit réaffirmée la suprématie de l’esprit, et pour que survive malgré tout, la Sainte terre des Cèdres, son unité, sa liberté, son indépendance, et sa vocation souveraine. Je pense en ce moment même aux soldats tombés lors de l’attaque du Drakkar le 23 octobre 1983 …à la chapelle ardente où est venu se recueillir le lendemain, le Président MITTERRAND. Je pense à Raymond VAUTIER, Anne –Marie COSMIDIS et ses compagnons, à Carole et Guy CAVALLO. Puis-je oublier Michel SEURAT.
Comment oublier les dernières minutes que j’ai vécues aux côtés de Louis DELAMARE, assassiné quelques instants plus tard, comme s’il voulait me donner le privilège de me faire ses adieux.
Et, à Mar Tacla, où les bureaux étaient repliés, être, le 18 septembre 1986, un des premiers témoins à voir gisant au sol, le corps du Général GOUTTIERE.
Fuyant mon appartement situé dans une zone dangereuse, replié avec Gaby mon épouse, à Baabda dans l’immeuble Chahine, je fus le premier témoin à voir, Dany, Ingrid, Julien et Tarek CHAMOUN assassinés.
Et dans la résidence de repli de Mar Tacla, où j’ai vécu parmi tant de dangers auprès de l’Ambassadeur M. René Ala l’arrivée le 13 octobre 1990, du Général Michel AOUN.
Des moments sombres, noires de tristesse et de malheur ont longtemps parsemé mon chemin………….. :
- annoncer à Monsieur l’Ambassadeur ALA l’assassinat du Président René MOAWAD,
- à Monsieur l’Ambassadeur Bernard EMIE, qui se trouvait à Paris, celui du Président Rafic HARIRI !
Je ne souhaite à personne de circonstances pareilles, celles d’annoncer de telles catastrophes nationales.
10 novembre 1968-28 mai 2015 : Mais aussi la vie nous réserve des joies, des moments de bonheur et de satisfaction. Je commencerai par le Cèdre du Liban, symbole de ce pays. Si nous avons été privés d’enfants ma femme et moi, j’ai décidé un jour « d’adopter » sentimentalement la « Cédraie de Bécharré » et le Président Chirac, Maire de Paris à l’époque, a bien voulu répondre à mon humble appel.
Le Conseil Régional d’Ile de France, après avoir restauré et reboisé la forêt des Pins de Beyrouth , a accepté de venir au chevet de la cédraie malade et de la faire soigner……. Et de répéter sans cesse : Ne jamais oublier de respecter l’équilibre confessionnel et national dans toute action menée au Liban !
Je me permettrai de rappeler très humblement ma fierté d’avoir été à l’origine de l’idée de la création de l’ESA (en Août 1996) et de porter le glorieux titre attribué par Monsieur Jean Pierre LAFON, Ambassadeur de l’époque, « le fœtus de l’ESA ».
Aussi d’avoir vécu dans la montagne au Chouf, au Palais de Moukhtara, deux des plus grandes manifestations de l’histoire contemporaine du Liban. La majeure partie de la classe politique libanaise s’est retrouvée le 20 avril 1991 pour faire ses adieux à Janie et René ALA, et le 8 juillet 2007 pour saluer le départ d’Isabelle et Bernard EMIE.
Aussi, et sentant le devoir et la reconnaissance de plusieurs générations libanaises, mis à part l’affection, l’admiration et l’attachement envers un grand Français du Liban, j’ai humblement réussi à réaliser un souhait qui m’était cher, et ce grâce au Président Saad Hariri et à ses côtés mon ami, Nader Hariri. Ce souhait était d’honorer la mémoire du RP Jean DUCRUET. Aujourd’hui, face à l’Ambassade de France, située entre le rectorat de l’USJ et Berytech, une rue porte son nom. J’en suis très fier.
Heureux d’avoir eu le privilège d’une relation filiale avec Son Eminentissime Mgr. Nasrallah Boutros Sfeir, l’Ayatollah Cheikh Mohamad Mehdi Chamseddine, l’Ayatollah Mohamad Hussein Fadlallah…. Comment pourrais-je oublier l’affection paternelle que me témoignait feu le Président Sleiman Frangieh.
Maintenant je suis heureux de dire que j’ai donné toute ma vie à la France, de dire que je l’ai servi avec loyauté, bonheur et fierté. Et de citer Romain Gary : « Je n’ai pas une seule goutte de sang français, mais j’ai la France qui coule dans mes veines ».
Je voudrais mettre à profit cet instant pour apporter ici la contribution d’un modeste témoignage vécu :
La France, ici, n’a jamais failli à sa vocation généreuse : elle a, au moment des silences et des abandons, de la mort absurde et de l’indifférence, mis ses forces, son opiniâtreté et sa fidélité, à se faire apôtre de la paix fraternelle et du courage. Elle a usé de son intelligence et de sa grandeur au service d’un peuple ami… Elle continue et continuera à le faire…. J’en suis convaincu.
A l’heure de ce bilan, je me retournerai en premier lieu vers les figures familières auxquelles je dois le bonheur et l’honneur d’être, ce que je suis.
J’honorerai la mémoire de ma mère et de mon père qui m’ont conduit sur ce chemin de la fidélité, de l’honnêteté, de la foi du service d’autrui sans distinction d’appartenance ou de religions. Je saluerai la mémoire de ma marraine Simone CATONI, à qui je dois l’empreinte ineffaçable d’une France sacrée, mère des arts des armes et des lois.
Enfin avouerai-je que sans la présence de mon épouse Gaby depuis 30 ans ! Ouf : la moitié de ma vie, je n’aurai sans doute pas pu affronter ce périple.
Mais je ne peux terminer sans dire tout haut, avec ma profonde sincérité et toute mon affection, toute la reconnaissance à tous ceux que j’ai croisés, durant ma carrière, dans les milieux politique, médiatique et social. Je tiens à remercier chaleureusement, du fond du cœur tous ceux qui m’ont fait l’honneur d’être présents ce soir, ceux venus de France, du Golfe ou d’ailleurs. Gaby et moi sommes très sensibles à cette amitié que vous avez bien voulu manifester à notre égard.
Ma reconnaissance, toute particulière, gravée dans mon cœur et dans ma mémoire va à l’équipe du service de presse de l’Ambassade : Dany GEORGIADES, Vera NASR, Maria KASSARDJIAN, Emma HELOU, Mireille NISR, sans oublier les collègues retraités.
Cet amour pour la France, pour ses êtres chers, pour cet idéal, pour ceux des nôtres qui sont morts, pour ceux aux côtés desquels j’ai servi, est un immense privilège. C’est aussi un honneur. C’est en tout cas l’honneur insigne et la joie profonde d’être Français.
Et pour terminer ne dois-je citer La Rochefoucauld : « L’extrême plaisir que nous prenons à parler de nous-même nous doit faire craindre de n’en donner guère à ceux qui nous écoutent.
Vive l’Amitié Franco-Libanaise, Vive la France, Vive le Liban.

Dernière modification : 15/11/2015

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