Remise de la Légion d’Honneur à M. Mohamad El Hout, PDG de la MEA - Résidence des Pins (16/05/2006)

Messieurs les Ministres,
Monsieur le Gouverneur,
Messieurs les Présidents,
Messieurs les députés,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Monsieur le Président El Hout, Madame,

C’est avec grand plaisir que je vous accueille ce soir avec vos invités, votre famille, vos amis, vos proches, pour vous remettre les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur, cette plus haute décoration française que M. Jacques Chirac, Président de la République, a décidé de vous conférer.

Cher Mohamad El Hout,

Vous êtes dès votre plus petite enfance proche -physiquement- de la France puisque vous naissez, à Beyrouth, en 1959, dans ce quartier de Tarik el Jadida, non loin de la Résidence des Pins et que la rue située en face de cette même résidence porte le nom de votre illustre ancêtre, Mohamad El Hout, grand-père de votre grand-père, personnalité très respectée, ancien président des associations islamiques et inspecteur général des Waqfs.

Un peu plus âgé, vous demeurerez toujours proche de la Résidence de France puisque vous effectuerez toute votre scolarité au sein de la prestigieuse institution des Makassed, du jardin d’enfants jusqu’à la classe de terminale et à l’obtention du baccalauréat en 1977, que vous passez dans son programme libanais comme français.

Vous faites ensuite vos études supérieures à l’Université Américaine de Beyrouth où vous obtiendrez en 1981 une licence en économie puis en 1984 un Master en administration des affaires (MBA). Cette formation d’économiste, vous la compléterez à maintes reprises en participant à des actions de formation mises en place par les institutions financières internationales, en particulier par le FMI à Washington, dans le cadre de vos fonctions à la Banque centrale du Liban.

En effet, dès 1981, à l’âge de 22 ans, vous débutez votre carrière professionnelle à la Banque centrale du Liban comme économiste puis très rapidement comme vice-directeur du département des statistiques et des études économiques. En 1986, à l’âge de 28 ans et donc très jeune pour ce type de fonction, vous êtes nommé Conseiller du Gouverneur de la banque centrale par Monsieur Edmond Naïm, cette grande conscience libanaise, ce grand serviteur de l’Etat libanais, doyen d’âge de la Chambre élue en juin 2005 au terme d’un scrutin législatif libre observé par la communauté internationale. Je souhaite saluer la mémoire de cette personnalité marquante qui nous a quittés en janvier dernier et qui vous a mis le pied à l’étrier.

Vous exercerez ces fonctions de conseiller du Gouverneur auprès de Monsieur Edmond Naïm puis à nouveau de Cheikh Michel el Khoury jusqu’en septembre 1993. A cette date, Monsieur Ryad Salamé, un mois après sa nomination comme Gouverneur vous nomme Directeur du Département des Comptes Financiers et Propriétés Immobilières, fonctions que vous occuperez jusqu’en 1998, date de votre nomination à la tête de la "Middle East Airlines".

Au cours de toutes ces années, vous avez su gérer aux côtés de ces éminentes personnalités des crises très importantes. Du fait de la guerre, les années quatre vingt ont été en effet des années de crise monétaire et financière qui ont sollicité à l’excès la Banque centrale du Liban et le système bancaire. La Banque du Liban avait dû s’opposer avec détermination à l’autorité politique en s’appuyant sur les dispositions du code de la monnaie et du crédit pour refuser de donner suite à des demandes de crédit injustifiées de nature à mettre en péril la stabilité de la monnaie.

Au cours de ces années, vos fonctions vous ont conduit à vous intéresser à la gestion des participations de la Banque du Liban. Celles-ci sont diverses et variées en raison du rôle que la Banque a été conduit à jouer pour reprendre des établissements en difficultés, les redresser et les remettre sur le marché. La MEA fait partie de ces établissements et ce n’est donc pas tout à fait un hasard si M. Ryad Salamé vous confie en 1998 la présidence de la compagnie aérienne "Middle East Airlines".

Dès votre prise de fonction, vous vous êtes attaché à concevoir et mettre en œuvre un ambitieux plan de restructuration. Ce plan a été élaboré à l’époque à la demande du Premier Ministre Rafic Hariri et du Gouverneur de la Banque Centrale avec le plein soutien des plus hautes autorités françaises, et avec la contribution éminente de M. Christian Blanc, ancien PDG d’Air France, entré au nouveau conseil d’administration de la MEA afin d’y apporter sa grande expérience.

Ambitieux et drastique à la fois, ce plan de restructuration s’est traduit par une révision du réseau avec la fermeture des lignes long courrier et européennes déficitaires, le renforcement des fréquences sur les routes les plus fréquentées, une rationalisation de la politique d’achat, une réduction des coûts, une augmentation du rendement de l’ensemble des personnels, naviguant ou non, et une modernisation complète de sa flotte d’appareils.

En effet, après avoir cédé tous ses anciens appareils de vieille génération, la MEA bascule dès octobre 1998 entièrement sur Airbus. La Compagnie renouvelle sa flotte à partir de 2002. Elle dispose aujourd’hui de 6 Airbus A321-200 qui lui ont tous été livrés en 2003 et loue 3 nouveaux Airbus A330-200, ce qui fait qu’elle disposait en 2004 de la flotte d’avions la plus jeune au monde lui permettant de relier régulièrement 20 villes au Moyen Orient et dans les pays du Golfe, en Europe et en Afrique dans les meilleures conditions de sécurité possibles.

Le 22 août 1998 est lancée l’alliance stratégique avec Air France qui se matérialise par un partage de codes entre les deux compagnies dès juin 1999. Ce choix s’imposait au regard de ses avantages commerciaux réciproques mais également du fait des liens historiques et culturels tissés entre les deux compagnies et plus largement bien sûr les deux pays. L’aéroport Charles de Gaulle devient ainsi en 1999 la plateforme stratégique de la MEA et Paris la première destination de la Compagnie, destination desservie aujourd’hui par les deux compagnies et par trois vols quotidiens et peut-être quatre dans un avenir proche.

Cette alliance va être encore renforcée et je m’en réjouis vivement. Avec le parrainage d’Air France, la compagnie MEA qui a fêté brillamment son 60ème anniversaire l’année passée, va rejoindre au printemps de l’année 2007, la 2ème alliance aérienne mondiale Sky Team, "l’équipe du ciel". La décision est prise, et il reste à la mettre en œuvre au plus vite dans ses modalités concrètes. Je ne doute pas qu’avec votre concours, cette opération sera conduite avec succès.

L’application sans faille de ce plan de restructuration sous votre autorité et celle de votre actionnaire principal a permis à la MEA de renouer avec les profits dès 2002. Alors que la compagnie a perdu jusqu’à 80 millions USD l’an depuis la relance de ses activités au Liban en 1990, ses profits se sont élevés à quelques 40 millions USD en 2005, après 50 millions en 2004, en dépit d’un contexte politique et économique peu favorable marqué notamment par une forte hausse du prix des hydrocarbures. Avec une profitabilité de 13 %, certains experts estiment que la MEA serait désormais la 3ème compagnie aérienne la plus profitable au monde. Quel chemin parcouru ! Quel succès collectif ! Quel exemple aussi pour les entreprises dépendant du secteur public et qui devront dans ce pays, un jour ou l’autre, être réformées !

La restructuration réussie de cette compagnie montre que le redressement d’une entreprise publique au Liban est parfaitement possible si elle est conduite par des hommes résolus et déterminés à ne pas céder aux pressions de toutes sortes qui s’exercent sur eux.

Les défis ne manquent pas pour l’avenir. Avec le plein accord du gouvernement de Fouad Siniora et sous l’impulsion du gouverneur Riyad Salamé, une partie du capital de la MEA, actuellement quasi entièrement détenu par la Banque du Liban, pourrait être cédée au secteur privé cet automne ou au début de l’an prochain. Cette opération pourra être mise à profit pour engager, après la phase de restructuration réussie de la MEA, une phase de développement.

Mais il est un autre aspect de votre relation avec la France qui est moins connu mais auquel nous attachons une très grande importance. Vous êtes en effet, depuis sa création, l’un des membres du Conseil de surveillance de l’Ecole supérieure des affaires qui fête cette année son dixième anniversaire. Vous faites partie de ceux qui ont su faire vivre au cours des années cette belle idée du Président Rafic Hariri et du Président Jacques Chirac en participant activement à la définition et à la mise en œuvre des grandes orientations de cette école prestigieuse qui s’est imposée au Liban et au delà comme une école de référence dans le domaine de la gestion. Ensemble nous voulons assurer de nouveaux succès pour l’ESA et je suis sûr de pouvoir compter sur vous lorsque nous voudrons aller plus loin pour garantir le succès, la pérennité et le rayonnement de cette institution d’excellence.

Votre carrière professionnelle vous a donné la chance de travailler aux côtés de grandes personnalités libanaises et vous avez su saisir ces opportunités pour servir votre pays dans des périodes difficiles et apporter votre contribution à la gestion de ces crises puis au redressement du Liban. Votre brillante carrière vous a permis de développer une relation privilégiée avec la France, qu’il s’agisse de l’alliance stratégique de la MEA avec Air France, des relations commerciales mutuellement fructueuses avec Airbus ou de votre participation active aux activités de l’ESA.

Le développement de ces relations avec des structures, des intérêts français, ont naturellement contribué à renforcer les sentiments francophiles qui vous animaient depuis votre enfance. Si votre francophonie, vous le reconnaissez vous-même, peut encore un peu s’améliorer, je rends hommage toutefois à vos efforts dans cette direction, encore encouragés par le fait que le Liban a organisé au mois de novembre 2005 la première assemblée générale sur son territoire de l’Association des Transporteurs Aériens Francophones. Preuve s’il en est de l’engagement de la "Middle East Airlines", malgré son nom, pour participer pleinement aux grandes familles de l’organisation internationale de la francophonie.

Enfin, en vous accordant cette prestigieuse distinction, nous pensons aussi à l’ensemble de votre famille et d’abord à votre épouse à qui revient une partie de cet honneur qui vous est fait. Je sais combien votre force de travail, votre engagement dans vos activités, votre disponibilité, priment souvent sur toute autre considération, ce qui explique que votre principal hobby soit finalement de diriger votre entreprise. Sachez Madame, combien nombre d’épouses ce soir présentes partagent votre sort d’avoir des maris dont le principal hobby est leur travail !

Pour l’ensemble des raisons que je viens de mentionner et pour rendre hommage à votre engagement au service du développement des relations entre le Liban et la France, mais pour aussi marquer l’espoir que nous formons pour votre rôle dans la poursuite de ces relations d’exception, le Président de la République Française a décidé de vous nommer Chevalier de la Légion d’Honneur.

Mohamad El Hout, au nom du Président de la République Française et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur./.

Dernière modification : 17/01/2007

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