Quatrième Rencontre sur la France et le Liban dans l’espace aérien de l’enseignement supérieur, ESA le 12 mars 2007

-  Monsieur le Ministre,
-  Monsieur l’Ambassadeur, Chef de la Délégation de la Commission Européenne,
-  Messieurs les Ambassadeurs,
-  Messieurs les Présidents et Recteurs,
-  Messieurs les Directeurs généraux,
-  Mesdames et Messieurs les Doyens,
-  Mesdames et Messieurs les Directeurs,
-  Mes chers Amis,

C’est un grand plaisir pour moi d’être réunis de nouveau avec vous pour ces Rencontres, que j’avais souhaité perpétuer en les inscrivant dans la durée et que j’ai tenu, en dépit d’une situation politique libanaise difficile, à organiser cette année.

Je souhaite d’emblée saluer tous les participants. Votre présence à tous, la qualité éminente des intervenants libanais comme celle de la délégation française venue à Beyrouth pour cette occasion, témoignent combien cet événement est devenu, au fil des ans, un temps fort de notre coopération. Elle témoigne aussi au lendemain de cette guerre cruelle, inutile et absurde de l’été 2006, combien l’intérêt et la solidarité de la France et de l’Europe continuent de s’exercer, à tous les niveaux. Enfin, elle témoigne combien est vif au Liban l’aspiration à un retour à la normale, alors que le pays, marqué par l’incertitude, connaît encore une période délicate.

Année terrible. Le Pays du Cèdre, cette terre du brassage des civilisations, cette terre de la coexistence et du vouloir vivre ensemble, a, une fois de plus, été victime des tensions régionales.

La France et tous les amis du Liban, au premier rang desquels tous les européens se sont portés au côté du gouvernement libanais légitime et démocratique dans ses efforts courageux tout au long de la guerre pour éviter le pire, sortir le pays de l’abîme et imposer le silence des armes par la résolution 1701 au Conseil de sécurité des Nations Unies. Ensuite pour accompagner le déploiement historique de l’armée libanaise au Sud et faire en sorte que la FINUL renforcée comptant aujourd’hui près de 11 000 hommes puisse remplir tout son mandat afin que le Sud retrouve une pleine stabilité. Enfin pour aider à la reconstruction et traiter les problèmes sociaux de ce pays.
La France, la première au lendemain du déclenchement de la guerre à condamner une riposte disproportionnée et à rechercher ensuite les éléments d’une solution. La première à s’engager au plan humanitaire. La première aussi à travailler à l’élaboration de la résolution 1701 n’a ménagé aucun effort pour encourager l’élan de solidarité de la communauté internationale. C’est au volontarisme et à la détermination de notre pays derrière le Président de la République Française que l’on doit le récent succès historique de la Conférence de Paris III. Cette réunion internationale qui a rassemblé autour du Liban le monde entier a permis de renforcer le sentiment de confiance et de collecter une aide financière internationale considérable, pour relancer l’économie et accompagner le Liban dans son programme de reconstruction et de réformes. Pour que son indépendance prenne racine dans la prospérité, mais aussi, dans la justice.

C’est dans ce contexte qu’il faut avoir à l’esprit, que se tiennent ces Rencontres qui prennent donc cette année un relief tout particulier.

Je veux aussi réaffirmer ici combien je considère que notre excellent partenariat universitaire avec le Liban, demeure plus que jamais stratégique et prioritaire. Car il n’est pas, je le redis, de relation politique forte, sans liens de coopération, d’éducation, de culture et de science, qui structurent et fondent dans la durée cette relation.

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Au sortir de cette guerre destructrice, il est urgent que le pays puisse redonner confiance à ses citoyens meurtris, et redonner le moral à sa jeunesse, désemparée, et bien souvent pessimiste. Le soutien indéfectible de la communauté internationale, dans ce domaine, ne peut y suffire.

Il faut restaurer l’espoir, ici, au Liban. L’espoir que ce pays peut être le lieu où puissent le mieux se remplir les aspirations professionnelles et personnelles d’une jeunesse en quête légitime d’un avenir prometteur. Cela implique, entre autres, de restaurer les éléments porteurs d’un développement économique et social harmonieux.

Or, à l’évidence, l’Université, creuset des futures élites, incarne le rayonnement du pays et porte en germe cet essor. Votre devoir collectif, à ce moment crucial pour l’avenir du pays, est donc immense.

Car dans une société internationale avant tout fondée sur la connaissance, les ressources intellectuelles sont devenues la nouvelle source de richesses, où une nation dynamique peut et doit venir puiser sa vitalité.

Le Premier Ministre français le rappelait récemment, l’université est au cœur de deux défis essentiels pour l’avenir de nos pays : l’innovation, facteur de croissance et de richesse, et l’égalité des chances, car elle offre des opportunités de promotion sociale à tous. Qu’elles soient privées ou publiques, les universités assument donc collectivement une mission de service public.

En l’espace de vingt ans, les universités, au Liban comme en France et en Europe, ont dû faire face à plusieurs évolutions majeures (massification, internationalisation, professionnalisation) qui ont considérablement fait évoluer le sens de leur mission. L’ampleur de ces devoirs a d’ailleurs parfois laissé les universités publiques démunies dans leurs moyens d’action. D’institution autrefois sanctuarisée, l’Université s’est muée progressivement en institution ouverte, articulée avec son environnement, local, national et international.

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Les questions que vous allez évoquer sur le thème choisi cette année, « Gouvernance et stratégie de l’Université », sont d’une très grande actualité. Car pour affronter ces évolutions majeures tout en maintenant haut l’exigence de service public, les universités doivent trouver les moyens qui leur permettent de s’affirmer, avec ambition et sérénité, au sein d’un espace de l’enseignement supérieur de plus en plus compétitif et globalisé.

En France comme au Liban, ce thème soulève des enjeux majeurs, qui engagent l’avenir de nos systèmes d’enseignement supérieur.
Je voudrais en souligner quelques uns d’essentiels :

L’autonomie. Pour remplir leurs missions, les universités ont besoin de marges de manœuvre, afin d’être en mesure de définir une stratégie et de pouvoir nouer des partenariats au plan local comme international. Elles doivent pouvoir gérer avec souplesse leurs ressources humaines, afin d’attirer les meilleurs chercheurs et enseignants. Elles doivent pouvoir gérer aussi librement que possible leur budget, et donc pouvoir peser sur leurs ressources, ce qui soulève la question de la perception de frais de scolarité et de la détermination de leur montant optimal conciliant impératifs d’efficacité et de justice sociale. En France, c’est devenu de notoriété publique, les universités n’ont pas toujours les moyens de leurs ambitions.

La gouvernance. Dans un contexte toujours plus concurrentiel, les universités doivent être en mesure de prendre des décisions rapides et efficaces. Cela suppose un pouvoir exécutif resserré et responsable, ouvert sur l’environnement direct des établissements (collectivités locales, entreprises...)

L’attractivité nationale. Dans un contexte où la mobilité internationale des étudiants n’a de cesse de croître, le renforcement du pouvoir d’attraction que peut exercer chaque système d’enseignement supérieur devient un enjeu stratégique national.

’est dans cet esprit que la France a décidé de créer l’agence CampusFrance, qui permettra un meilleur accueil ainsi qu’une orientation plus efficace des étudiants étrangers, et viendra parfaire la cohérence de la chaîne française de la mobilité. Celle-ci commence à l’Ambassade, et j’annonce la création, très prochainement à Beyrouth, dans les locaux de la Mission culturelle française, d’un Espace CampusFrance. Je vous rassure immédiatement, il ne s’agit nullement d’accroître les flux d’étudiants sortant du Liban, mais d’offrir un service intégré, rendant la mobilité plus fluide et moins fastidieuse, en particulier pour les étudiants relevant d’un programme de coopération universitaire impliquant l’un de nos partenaires au Liban.

L’attractivité est aussi celle des établissements eux mêmes. C’est pourquoi il importe également de développer la visibilité des universités au plan international, notamment s’agissant des établissements de taille moyenne, afin qu’ils puissent bénéficier des meilleures opportunités de coopération internationale.

La coopération. A l’heure où les classements des universités mondiales semblent imposer le ton de la compétition mondiale, le regroupement des universités en pôles d’excellence apparaît approprié, notamment en France où le morcellement a pu prévaloir jusqu’à présent. Dans un souci de cohérence et d’efficacité, les universités doivent apprendre à travailler ensemble, ainsi qu’à investir en priorité sur les segments où elles sont les meilleures. C’est tout l’objectif, en France, de la création des Pôles de Recherche et d’Enseignement supérieur ou PRES. Une démarche de mutualisation, s’exerçant dans un esprit analogue, a sans doute aussi sa place au Liban, ici ou là. Il faut en tout cas pouvoir en débattre.

La professionnalisation. Il importe enfin de poursuivre le rapprochement de l’université et du monde du travail, afin de toujours mieux adapter les formations aux besoins du marché de l’emploi. L’ouverture des universités au secteur privé, c’est aussi l’opportunité de mettre en place des partenariats innovants et mutuellement profitables, afin d’assurer le développement des capacités de valorisation, comme de parfaire la formation des étudiants.

La stratégie. Pour mener à bien ces défis, il est essentiel que les universités se dotent de véritables projets d’établissement, conjuguant les valeurs d’excellence et de service public, qu’elles marquent un cap, et se forgent une identité. Elles doivent définir avec clarté leurs objectifs à moyen et long terme, gagner l’assentiment de leurs forces vives sur ces objectifs, hiérarchiser des priorités, affecter des moyens en conséquence, et mobiliser à ces fins toutes leurs énergies. Elles doivent aussi pouvoir se doter d’une organisation tournée vers la mise en œuvre efficace de leurs stratégies.

Bien sûr, il revient à l’État de réguler le secteur de l’enseignement supérieur, en veillant à ce que le développement de l’offre et de la concurrence ne se fasse au détriment de l’exigence de qualité. L’État doit rester le garant incontesté de la valeur des diplômes, en contrôlant sans faillir les aspirations des universités, par ailleurs légitimes, à la croissance.

Tels sont, brossés en quelques traits, les principaux thèmes sur lesquels nous avons souhaité, cette année, vous convier à débattre.

* * *

« Nous avons besoin d’une Université forte, d’une Université fidèle à sa vocation humaniste de transmission des savoirs et ouverte sur les réalités du présent, d’une Université capable de relever les défis de l’avenir ». Ces mots récents du Premier Ministre français raisonnent sans perdre de leur acuité, ici, au Liban.

L’Université est au cœur de la société. Elle ne peut s’en isoler, et doit s’y inscrire comme un espace de dialogue et de rencontre. Elle doit être le creuset du civisme, le ferment d’une citoyenneté apaisée. Comment ne pas, dès lors, s’inquiéter profondément des tensions que nous constatons ici ou là sur les campus ? Comment ne pas déplorer ce déchaînement de violence, atteint au mois de janvier sur un campus de Beyrouth ?

C’est à vous qu’il incombe d’agir, messieurs les Recteurs, pour que la nécessaire liberté d’expression, qui est au coeur de l’esprit universitaire, ne soit pas source d’affrontements politiques partisans. Pour que la raison et le dialogue l’emportent sur les violences sectaires. C’est un devoir collectif qui doit animer le pays, afin que prévalent, au sein des universités, le civisme sur l’animosité, l’excellence sur la médiocrité, l’intérêt général sur l’esprit de discorde.

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Nos universités, si elles veulent conserver leur réputation historique, à l’heure de la montée lente, mais inéluctable, des géants émergents, doivent aller bien plus loin dans leur effort de développement et d’intégration. Elles doivent être encore plus ambitieuses. Cet impératif est universel. Il est valable pour l’Europe et pour la France, mais aussi pour le Liban, ce pays voisin qui a choisi avec raison l’Europe comme norme universitaire de référence.

C’est le message, aujourd’hui, de ces Rencontres. Il faut comprendre que l’Europe de l’enseignement supérieur, avec le processus de Sorbonne-Bologne, adossé sur les grands programmes structurants comme Erasmus, est une avancée fondamentale de l’intégration communautaire. Une avancée aussi importante que l’Europe économique et monétaire. Une avancée qui peut offrir de nombreuses perspectives de coopération pour nos partenaires de la Méditerranée, pour le Liban. C’est pourquoi ces Rencontres s’inscrivent dans notre ambition pour le partenariat euro-méditerranéen.
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Dans ce contexte de compétition planétaire, le Liban comme la France possèdent de sérieux atouts, mais font aussi face à une même menace, celle de voir leurs éléments les plus brillants partir vers d’autres cieux plus cléments, parfois plus accueillants, parfois moins exigeants.

Cette concurrence et ces mutations impliquent des adaptations drastiques. On connaît l’ampleur des débats qui agitent le monde de l’Université en France depuis plusieurs années. Nos candidats à l’élection présidentielle, récemment interpellés par la Conférence des Présidents d’Université qui leur a adressé une « Lettre ouverte », semblent avoir pris conscience de la nécessité de conduire une réforme en profondeur.

Le système universitaire français n’est en effet pas exempt de reproches. Il mérite d’être modernisé. Des solutions innovantes peuvent être trouvées, afin de rehausser le niveau de service public délivré, afin de garantir une meilleure orientation des étudiants, de favoriser la mixité sociale, de renforcer l’autonomie des établissements, de diversifier les sources de financement. C’est dans l’esprit de coopération et d’échange qui caractérise ces Rencontres, que j’ai souhaité convier ici des Présidents d’université ou responsables de Grandes Écoles, porteurs en France d’expériences innovantes et inventives au service de ces grandes ambitions.
C’est cet esprit qui, je l’espère, guidera vos débats, que je souhaite ouverts et pleinement utiles pour l’avenir du Liban et de notre coopération.

Je voudrais aussi remercier l’École Supérieure des Affaires, qui nous accueille aujourd’hui, comme lors des trois précédentes éditions. L’ESA, qui a fêté l’an dernier ses dix années d’existence, avec tout l’éclat d’une réussite qui est l’une des fiertés de notre coopération.

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Je voudrais pour finir vous délivrer un message d’amitié, d’engagement et de soutien dans la durée. Face aux défis majeurs pour l’avenir, la France, vous le savez bien, se tient toujours résolument aux côtés du Liban. Elle n’a cessé, ces derniers mois, de le prouver dans ses actes.
Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs, sachez pouvoir compter sur la France pour épauler le Liban, afin de maintenir la qualité de son système universitaire, dont le remarquable niveau a de tout temps forcé l’estime et la considération. Cette richesse du Liban doit être préservée, pour la jeunesse, pour l’intérêt général, pour le rayonnement du pays, pour le message qui est le sien, pour ce Liban qui se relève.
Elle l’accompagnera sur le chemin d’un partenariat qui s’ouvre, désormais plus que jamais, à l’échelle du continent européen.
Je vous remercie./.

Dernière modification : 04/04/2007

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