Quand les grands noms de la mode mettent la main à la pâte : des podiums aux assiettes

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Cela devait arriver. La mode et la pâtisserie, deux domaines dans lesquels les Français sont mondialement connus pour exceller, ont fini par se rencontrer dans une symphonie de chocolat, meringue, coulis et autres feuilles d’or.

Depuis quelques années, plus que la mode, c’est l’univers de la création qui s’associe à la pâtisserie, et qui crée une véritable tendance gourmande. Depuis l’an dernier, le rythme s’accélère et les créateurs rivalisent de goût pour étonner les palais.

Chez Lenôtre, après une collaboration avec Nathalie Rykiel, puis Lolita Lempicka, en 2004 et 2005, c’est Philippe Starck qui a signé la bûche de Noël 2006. « Lorsque Madame, Monsieur, et les petits Lenôtre sont venus me demander quel goût je voulais pour ma bûche, j’ai répondu : une bûche en bois doit avoir le goût du bois. Quand ils m’ont demandé à quoi ça doit ressembler, j’ai répondu : ça doit ressembler à un bloc de bois fraîchement scié. Quand ils m’ont demandé : c’est quoi le goût du bois ? J’ai dit : Fève Tonka. Le reste, c’est eux qui l’ont fait, très bien », explique le célèbre designer français. Le résultat : une bûche qui ressemble effectivement à une pièce de bois, et qui a le goût du bois grâce à l’inattendue fève Tonka, dont l’arôme se situe « entre la vanille et le foin ».

Tout autant que la performance culinaire, il convient d’apprécier le succès marketing de la Maison Lenôtre qui fait de la bûche, ce dessert traditionnel et presque désuet, un objet d’art au caractère unique et millésimé. On attend désormais de savoir quel créateur sera le père de la bûche 2007.

Surfant sur la vague, le traiteur a remis le couvert pour l’épiphanie, en faisant réaliser les fèves de ses galettes par le bijoutier Fred. La collaboration est même allée plus loin puisqu’il était possible, pour les clients fortunés, de faire glisser dans la galette un bijou en or et diamant.

Pour la seconde année consécutive, le Café de la Paix, à Paris, propose tout au long de l’année des « pâtisseries fashion ». La saison 2005-2006 a vu quatre grandes dames de la mode décliner la pâtisserie phare de la carte de la maison. Ainsi, Agatha Ruiz de la Prada, Chantal Thomass, Agnès B. et Stella Cadente ont apporté leur touche de fraise « tagada », de meringue safranée ou de mousse de roses au fameux Cinq cents feuilles du restaurant de la place de l’Opéra.

Pour la saison 2006-2007, ce sont trois hommes qui prennent la relève. Paco Rabanne ouvre le bal en proposant, jusqu’au 28 février, sa création : Saveurs Croisées. Savant mélange de chocolat, noix de coco, amandes et noisettes, la pâtisserie se présente sous la forme d’un appétissant échiquier, qui n’est pas sans rappeler ses robes géométriques des années 60.

A partir du 1er mars, ce sera Gaspard Yurkievich, couturier avant-gardiste, qui proposera une étonnante pâtisserie : « Cream Passionnel ». Etonnante aussi bien par sa présentation que par les ingrédients employés : un soulier en chocolat, poudré d’or, trône au sommet d’un cylindre de mousse au chocolat posé sur la tranche, avec, à l’intérieur, un coulis de framboise et de gingembre. Comme dans la galette Lenôtre, un bijou est dissimulé dans le dessert. « Il y a une extrême sophistication dans le fait de réaliser un travail manuel d’orfèvre long et minutieux pour confectionner un dessert si raffiné, puis de le détruire en un éclair pour se régaler. Avec cette pâtisserie, on passe fatalement de l’observation à la destruction ; elle a un côté complètement éphémère mais aussi durable, grâce à cette fève que l’on emporte avec soi », confie le jeune designer.
Conscient de l’engouement de ses clients, la direction du Café de la Paix garde le secret sur l’identité de la troisième grande figure masculine de la mode qui succédera à Gaspard Yurkevich à la mi-septembre 2007.

Le grand pâtissier parisien Ladurée fait lui aussi appel aux couturiers pour créer des emballages griffés. Récemment, ce sont Christian Lacroix, pour une ligne de macarons, et Sonia Rykiel, pour des tablettes de chocolat, qui ont dessiné des packaging « collector » dont raffolent les clients.

Plus qu’une simple incursion des couturiers dans le monde de la pâtisserie, on assiste à une véritable union du monde de la mode et de la gastronomie, allant jusqu’aux « dîners olfactifs » de Didier Steudler, chef au Ritz, et Thierry Mugler Parfums, qui associent découverte de fragrances et repas coordonné.

Une vraie tendance de fond, qui associe gourmandise, originalité et design prestigieux.

Romain Zamora

Dernière modification : 26/03/2007

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