Messe du lundi de Pâques célébrée par le Patriarche Sfeir - Bkerké (17/04/2006)

Béatitude,
Messeigneurs, Révérends Pères,
Chers amis,

1/ C’est une grande joie pour l’ensemble de mes collaborateurs, pour mon épouse et pour moi-même, que d’être de nouveau réunis, tous ensemble, conformément à la tradition, en cette fête du lundi de Pâques ici, à Bkerké, siège si symbolique du Patriarcat maronite d’Antioche et de tout l’Orient.

C’est un honneur, Béatitude, que d’être à vos côtés en ce jour si important pour tous les chrétiens. C’est un honneur que vous faites à la France en élevant, comme chaque année, vos prières à son intention, ainsi qu’en conviant ses représentants à ce déjeuner devenu un temps fort de la fraternité franco-maronite et franco-libanaise à laquelle nous attachons la plus haute importance.

C’est à la fois avec émotion, reconnaissance et fierté que je conduis pour la deuxième année la délégation de l’Ambassade de France à cette manifestation solennelle et amicale.

2/ Cette rencontre, Béatitude, est aussi pour l’Ambassadeur de France l’occasion privilégiée de saluer le caractère unique des liens tissés entre la communauté maronite et la France. Ces liens multiséculaires, qui ont traversé le temps et résisté aux épreuves, se prolongent et s’approfondissent toujours davantage grâce à une relation très dense et très confiante.

Cet attachement historique de la France aux maronites, c’est aussi un attachement profond, indéfectible et historique au Liban, à tous les Libanais sans aucune exclusive. A ce pays unique, dont le peuple dynamique et volontaire a démontré son ambition à faire de ses appartenances identitaires multiples une source de richesse, de dialogue et de réussite.

Je voudrais à cet égard vous dire, Béatitude, l’appréciation particulière des autorités françaises pour les audiences que vous voulez bien régulièrement m’accorder et que le Président de la République française, dont vous savez le respect qu’il porte à votre personne, à vos analyses et à votre sagesse, suit avec un intérêt tout particulier.

3/ Je voudrais également vous dire mon appréciation pour l’engagement des membres de votre communauté en faveur en particulier de la langue et de la culture françaises. L’intensité de notre relation leur doit beaucoup. Je souhaite vous dire notre satisfaction pour la coopération que nous conduisons avec les établissements maronites dans le domaine de l’éducation, prioritaire pour la France au Liban. Qu’il s’agisse de l’enseignement primaire et secondaire, en particulier avec le collège de la Sagesse. Qu’il s’agisse de l’enseignement universitaire, dans un partenariat remarquable avec l’USEK dont nous appuyons le développement de ses filières francophones. En partenariat aussi avec l’université de la Sagesse avec laquelle une coopération très volontariste vient d’être engagée.

Je me félicite d’ailleurs que le Ministère français des Affaires étrangères a de nouveau retenu cette année deux boursiers libanais présentés par le Patriarcat maronite, sur un total de cinq pour le monde entier, le Père Boutros ABI SALEH et le Père Dany JALKH, qui seront boursiers du gouvernement français à l’Institut Catholique de Paris. Nous devons continuer dans cette voie et faire mieux encore. Je serai naturellement très à l’écoute de vos conseils sur ces sujets.

4/ Cette rencontre de Pâques est aussi pour mon pays l’occasion de rendre hommage, à travers votre personne, Béatitude, à une certaine vision du Liban, une vision qui, je le sais, est partagée par beaucoup de Libanais, au-delà des frontières confessionnelles, au-delà des clivages politiques.

Un Liban naturellement libre, indépendant et souverain, avec tout le sens et la force de ces mots. Mais aussi et surtout un Liban fier de lui-même, un Liban capable de se prendre en mains, d’avancer, de dépasser ses divisions internes, de regarder loin vers l’avenir, et d’abord vers l’avenir de ses enfants, au-dessus des intérêts particuliers de chacun.

La fête de Pâques est une fête de l’espérance et je suis convaincu qu’en dépit des souffrances endurées, en dépit des difficultés que votre pays rencontre encore aujourd’hui, les raisons d’espérer sont immenses.

Le Liban a beaucoup progressé depuis notre dernière rencontre de Pâques. Que de chemin parcouru ! Je le dis souvent à ceux qui parfois, sont tentés de voir le verre à moitié vide et cèdent à la tentation du découragement. Sachons ne pas mésestimer les acquis enregistrés. Ces grands moments d’unité nationale retrouvée. Le départ de toutes les troupes étrangères. De premières vraies élections libres observées par la communauté internationale. L’installation d’un gouvernement issu de la majorité et formé par les Libanais eux-mêmes. La réunion d’un dialogue national réunissant, pour la première fois, tous les représentants légitimes de votre pays, au Liban même, et sans présence extérieure. Un consensus sur de grands sujets d’intérêt national hier encore tabous. Un consensus pour connaître toute la vérité sur l’assassinat de l’ancien Président du Conseil des Ministres, M. Rafic Hariri comme de tous ceux qui au long de l’année 2005, sont tombés pour la liberté, jusqu’à Gebrane Tuéni le 12 décembre dernier. Un consensus aussi pour qu’un tribunal à caractère international soit formé pour juger les responsables de ces crimes d’un autre âge.

Tout cela dessine les contours d’un nouveau Liban, certes imparfait, certes compliqué à diriger, mais quel pays ne l’est pas ? Mais un pays dont les Libanais ont enfin la charge et qu’ils doivent construire par eux-mêmes. Qui aurait pu penser il y a seulement quelques mois que de telles avancées aient été possibles ?

5/ Oui, beaucoup reste à faire. Bien sûr la construction d’un pays, l’édification d’un Etat, la consolidation d’une Nation demandent du temps et la France sera toujours à vos côtés dans ces ambitions.

Mais il existe des chemins pour avancer. Le chemin du dialogue d’abord. Celui du dialogue national, celui du dialogue entre tous les Libanais. J’ai souvent le sentiment que tous les habitants de ce pays, profondément attachés à son identité, à sa spécificité, au message qu’il porte, partagent les mêmes aspirations de paix, de stabilité, de prospérité, et souhaitent ardemment que leurs dirigeants dépassent leurs clivages politiques pour se mettent d’accord sur tous les sujets.

Cela suppose de ne laisser personne de côté, de n’occulter aucune des préoccupations qui peuvent s’exprimer, d’où qu’elles viennent. Cela suppose aussi de la hauteur de vue, le sens de l’intérêt général. Les grands acteurs de votre pays ont un rôle décisif à jouer. Le peuple, l’histoire de ce pays ne leur pardonneraient pas de passer à côté de leurs responsabilités.

Le chemin ensuite de l’action, de l’action publique quotidienne, dont la mission première est bien de répondre aux aspirations et aux difficultés de la population. Là aussi, le dialogue doit prévaloir, dans le respect des règles de votre démocratie consensuelle, qui suppose beaucoup de travail, beaucoup d’écoute et certainement des « concessions réciproques ». Mais ensuite, et en vertu également des règles de votre propre système, de votre constitution, il faut que le gouvernement gouverne, décide et soit responsable de ses actes. C’est la règle de toute démocratie.

Voilà, Béatitude, notre vision amicale du Liban que je souhaitais partager avec vous. De ce Liban libre et nouveau. De ce Liban aux identités certes multiples mais qui doivent converger vers l’affirmation d’une Nation et d’un Etat. De ce pays plein de promesses, auquel la France est et restera indéfectiblement attachée.

6/ Enfin, je tenais à vous dire, Béatitude, plus d’un an après la dernière visite de travail que vous avez effectuée en France, en janvier 2005, notre joie de vous accueillir et de vous souhaiter de nouveau la bienvenue dans notre pays, dans quelques semaines, à l’occasion du 150ème anniversaire de cette grande institution éducative et sociale que constitue la Fondation de l’œuvre d’Orient. Cette visite sera l’occasion pour vous de retrouver le Président de la République et de partager avec lui votre vision du Liban, des chrétiens d’Orient, comme de la région.

7/ Permettez-moi enfin de redire à Votre Béatitude la reconnaissance des autorités françaises pour les prières qu’elle a élevées à leur intention et l’assurer des vœux les plus respectueux que nous formons pour vous-même, pour toute la communauté maronite et pour tout le peuple libanais cher au cœur du peuple français ami.

Je lève mon verre à notre espérance commune.

Vive le Liban,
Vive la France./.

Dernière modification : 22/01/2007

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