Messe du lundi de Pâques à Bkerké aux intentions de la France (28 mars 2016)

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Comme le veut la tradition, l’Ambassadeur et une délégation de l’ambassade ont assisté à la messe annuelle du lundi de Pâques aux intentions de la France, célébrée à Bkerké par Sa Béatitude Éminentissime le Cardinal Béchara Boutros Raï, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient de l’Église maronite, en présence notamment du Patriarche honoraire Nasrallah Sfeir.

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Dans son homélie, Mgr Raï a appelé la France à continuer de promouvoir « la paix, basée sur la justice, les droits et la dignité de la personne humaine, ainsi que les valeurs de la démocratie et du pluralisme culturel ».

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La messe a été suivie d’un déjeuner au siège du patriarcat, au cours duquel l’Ambassadeur a réitéré l’engagement de la France aux côtés du Liban :
Béatitude,
Patriarche Sfeir,
Révérend Père,
Monseigneur,
Chers amis,

C’est une grand joie pour nous Français, la mission diplomatique française ici au Liban, que se perpétue cette belle tradition de dire la messe du lundi de Pâques aux intentions de notre cher pays, la France. C’est aussi un grand privilège que le patriarche de l’Église antiochienne, syriaque, maronite, nous reçoive ici chez lui a Bkerké pour cette occasion.

Cette messe que vous avez célébrée Béatitude nous en dit long sur la France, sur son histoire, sur ses valeurs, sur sa singularité. Elle en dit encore davantage sans doute sur l’amitié qui lie la France et les maronites depuis que Saint Louis s’est solennellement engagé auprès d’eux. Enfin, elle en dit long sur les qualités du Liban : sa fidélité, son hospitalité, sa générosité, toutes choses que les Français savent bien, qu’ils éprouvent, une génération après l’autre, car il y a entre nos deux peuples des affinités puissantes et des liens indéfectibles. C’est ce qui nous permet d’être la aujourd’hui ensemble Béatitude, et c’est pourquoi l’Ambassadeur que je suis, celui de la France laïque et républicaine, souhaite que vos prières pour son pays soient exaucées, parce que ces prières ce sont celles d’un ami de toujours, ce sont celles d’un ami de toujours auxquelles mon pays fait confiance, et c’est l’honneur de la France d’avoir des amis tels que vous, et de leur être fidèle.

Béatitude vous l’avez dit, nous traversons une période sombre, plein de souffrances, de menaces, de périls. Au Moyen-Orient aujourd’hui, les crises continuent de produire des drames d’une ampleur jusque là inégalée, terrorisme à grande échelle, violence insoutenable contre les civils, déplacements massifs de populations, crimes contre l’humanité. Et c’est pour les peuples de la région, collectivement, que la France est aujourd’hui directement engagée dans le combat contre Daech, contre les terroristes, et au-delà aussi, pour l’élaboration de solutions politiques, d’abord en Syrie et en Irak. C’est aussi pour cela que la France reprend l’initiative pour obtenir enfin la création d’un Etat de Palestine, vivant côte à côte, en paix et en sécurité avec l’Etat d’Israël. Car l’essentiel est là, dans cette période, il faut préparer l’avenir, il faut garantir la sécurité des peuples, de toutes les communautés et rassembler ceux qui sont aujourd’hui visés. C’est bien sûr une tache immense, au point où nous en sommes des crises dans la région.

Les chrétiens de la région s’inquiètent, à juste titre, s’inquiètent même parfois qu’il soit déjà trop tard. Ils redoutent plus que d’autres sans doute la montée des groupes extrémistes, ils craignent pour leur sécurité, pour leur avenir, pour leurs enfants. Ils ont déjà subi trop d’exactions, beaucoup partent, et c’est pourquoi fidèle à son histoire et à sa vocation, la France a pour eux une attention toute particulière, car ces chrétiens ont une place éminente dans l’histoire, un rôle important dans la vie sociale de leur pays, une légitimité indiscutable et un droit évident de vivre là où ils sont chez eux. C’est l’intérêt de tous d’ailleurs que ce droit à la vie, que ce droit à la sécurité soit respecté, car au-delà du sort même des minorités, il s’agit de préserver le pluralisme, la diversité des idées, la coexistence des communautés et au fond, la vie commune qui est la richesse et la chance des pays de cette région. La région a besoin des chrétiens, le monde a besoin des chrétiens d’Orient.

Mais comment faire et par quoi commencer ? Comme le Saint-Père l’a dit hier dans son message de Pâques, il nous faut avant toute chose faire notre devoir d’humanité, venir au secours des populations réfugiées, des enfants en détresse, des familles qui se noient en Méditerranée, de ceux qui se massent aujourd’hui aux frontières de l’Europe. Il faut s’engager aussi auprès de ceux qui les accueillent. Je pense particulièrement au Liban qui fait plus qu’il ne peut dans des conditions difficiles. La France continuera de prendre toute sa part à cet effort qui doit être nécessairement collectif. Elle restera solidaire, elle continuera d’agir pour soutenir les populations réfugiées bien sûr, mais aussi les communautés hôtes. Elle poursuivra aussi son action de réinstallation chez elle de réfugiés en provenance de pays tiers, notamment du Liban, parce qu’il ne peut être question d’implantation ici, le Liban ne le peut pas.

Il nous faut ensuite nous protéger de la violence aveugle et atroce des terroristes. Il nous faut refuser leur chantage, rester unis, ne pas céder à leur fantasme d’une nouvelle guerre des civilisations, des religions, des identités, car aujourd’hui nous faisons face à une menace globale. Les attentats de Paris et de Bruxelles font échos à ceux de Beyrouth, de Bagdad, d’Istanbul ou du Caire. Le but des terroristes est à chaque fois le même : nous diviser, nous précipiter dans la violence, et bien nous, Français, nous le refuserons, nous resterons fidèles à nos valeurs démocratiques, et c’est dans cet esprit que nous poursuivrons notre impitoyable combat contre le terrorisme qui nous vise directement ou qui menace nos amis.

Enfin, il faut saisir toute occasion d’apaiser les tensions, de faire baisser les violences dans la région, car ne nous trompons pas : l’éradication de Daech est nécessaire mais elle n’est pas suffisante pour ramener l’ordre et la sécurité dans cette partie du monde. Ce qu’il faut pour ramener l’ordre et la sécurité, c’est rassembler les peuples, isoler les extrémistes, offrir des perspectives politiques, donner de l’espoir. En Syrie, la force n’y suffira pas. Il n’y aura pas de retour à l’ordre qui prévalait avant 2011, quoi qu’on en pense. Aujourd’hui l’intérêt de tous est donc de définir au plus vite les modalités d’une transition politique sans laquelle il ne pourra y avoir ni réconciliation, ni retour des réfugiés, ni reconstruction. La France travaillera à l’élaboration de cette transition, en lien avec ses partenaires internationaux et régionaux, avec une intention toute particulière pour la sécurité et la stabilité du Liban.

Béatitude, beaucoup d’amis libanais se plaignent que leur pays, que le Liban ne reçoive pas l’attention internationale qu’il mérite, compte tenu de l’énormité des contraintes que la situation régionale, plus particulièrement le poids des réfugiés syriens, créent pour le Liban. Je peux en tout cas vous assurer ici que ce Liban reste une priorité entière pour mon pays. La France le sait, elle a une responsabilité historique à l’égard de votre pays et quand elle s’engage pour le Liban c’est pour lui seulement qu’elle le fait, elle n’a pas d’arrière-pensée. Elle veut l’unité, elle veut la stabilité, la sécurité, la prospérité de tous les Libanais. Elle le veut d’autant plus aujourd’hui que le Liban reste malgré toutes ses difficultés, un modèle de diversité, de pluralisme, de libertés au Moyen-Orient. Et puisqu’il s’agit d’un modèle, il est important pour les Libanais, pour leurs amis, et pour les peuples de la région de démontrer qu’il fonctionne, qu’il est porteur d’espoir et qu’il permet de préparer l’avenir. La France s’engage pour ce Liban là, souverain, celui des libertés et de la diversité, celui qui appartient à tous les Libanais. Je peux apporter le témoignage personnel que ce sont toujours les Français qui, sur la scène internationale et à tous les niveaux, prennent l’initiative de parler du Liban avec ceux qui ont une influence ici. Nous continuerons de le faire. C’est important car tout est fragile, tout est difficile, tout est aléatoire. Il faut agir pour que le Liban soit préservé des crises, que ses institutions fonctionnent et qu’enfin il prospère à nouveau. C’est ce que nous avons voulu signifier en suscitant une nouvelle déclaration du Conseil de sécurité ce mois-ci encore.

Béatitude, je dois vous dire au sujet de la crise politique, l’estime des autorités françaises pour les positions que vous avez prises avec constance sur la solution de la crise politique et institutionnelle au Liban. Pour nous, vous avez raison : les Libanais ne peuvent pas attendre la fin de la guerre en Syrie. Ils ne peuvent pas attendre que l’Iran et l’Arabie saoudite se mettent d’accord pour simplement décider de leur avenir. Il faut que le Parlement se réunisse, il faut que le Parlement élise un président au plus vite. C’est l’intérêt des chrétiens, c’est évident, et c’est aussi l’intérêt de la nation toute entière. Ce message nous le passons nous aussi à tous et dans les mêmes termes. Au Liban et à l’extérieur. Sans doute faut-il du temps pour que ce message soit reçu, mais il n’y a pas d’alternative à un accord entre les grands blocs politiques pour mettre un terme à la vacance présidentielle, former un gouvernement d’unité et procéder à de nouvelles élections législatives qui permettront à chacun d’être justement représenté au Parlement. Cela est-il possible ? Les Libanais peuvent-ils s’entendre alors que la guerre fait rage à leur frontière et que leur pays est ouvert à tant d’influences contradictoires ? N’est-ce-pas trop demander à ce pays que de se mettre d’accord alors qu’il subit tant de pressions ? C’est difficile bien sûr, mais cette fois la solution ne viendra pas de l’extérieur, je crois, où il y a déjà trop d’urgences, trop de conflits, trop de tensions. Ce qu’il faut demander aux partenaires étrangers du Liban, ce qu’il faut demander à ceux qui se mêlent des affaires du Liban, c’est de laisser les Libanais décider pour eux-mêmes, respecter le droit de ce pays de vivre en paix tel qu’il est : divers, pluriel, ouvert. Et ce qu’il faut demander aux Libanais aussi c’est d’y croire, de croire qu’ils peuvent prendre les décisions qui s’imposent aujourd’hui pour le bien de tous, au-delà de leurs différences politiques et confessionnelles. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de statuquo et parce qu’il ne faut pas laisser ce pays s’abimer davantage, il faut laisser agir chacun à notre place dans le respect des uns et des autres.

Béatitude, les difficultés paraissent parfois insurmontables mais j’ai confiance en l’avenir du Liban, la France a confiance en ce pays, en ce qu’il représente et ce qu’il peut montrer au monde. Certains prétendent contrôler le Liban, d’autres prétendent le changer, mais la France accepte le Liban tel qu’il est. Elle sait que la force du modèle libanais c’est la pluralité. Elle sait que c’est un bien précieux, et mesure ce qu’il faut de conviction et d’expérience pour préserver ce modèle dans une période si dangereuse pour les peuples de la région. Et c’est pourquoi mon pays restera engagé auprès du Liban, pour le Liban et rien que pour lui.

La France est là, fidèle à ses amis, fidèle à son histoire, amie de l’Eglise maronite et de tous les patriotes libanais, quelles que soient leurs allégeances politiques ou confessionnelles. Ce n’est pas seulement l’héritage de l’histoire, c’est aussi le témoignage de notre reconnaissance pour ce que le Liban représente et pour ce qu’il nous apporte : son amitié pour la France, ses valeurs qu’il partage avec nous, son goût de la langue française et cette joie d’être ensemble, qui nous réunit encore aujourd’hui chez vous Béatitude. Et c’est enfin le signe que nous avons encore bien des choses à faire ensemble, un avenir commun à préparer, beaucoup à entreprendre pour le bien des Français comme des Libanais. C’est pourquoi je souhaite lever mon verre à notre amitié, en vous remerciant chaleureusement de l’accueil que vous m’accordez aujourd’hui, ainsi qu’à la délégation.
Vive la France !
Vive le Liban !
Et vive l’amitié !

Dernière modification : 29/03/2016

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