Messe du 15 août aux intentions de la France célébrée par Mgr Paul Matar - Aïn Saadé (15/08/2006)

Monseigneur,

Je tiens d’abord à dire combien je suis heureux de conduire la délégation de l’Ambassade de France à l’occasion de l’office religieux que vous venez de célébrer, dans ces moments encore une fois si difficiles pour le Liban. Les terribles semaines que vient de traverser le Liban font que je suis personnellement cette année parmi vous pour cette messe à l’intention de mon pays, symbole si fort de la relation privilégiée de la France avec le Liban. Votre accueil et votre bienveillance à mon égard et à celui de tous mes collaborateurs me vont droit au cœur et je vous en remercie profondément.

Je reviendrai tout à l’heure sur ce que le Liban vient de traverser, en se trouvant encore une fois - une fois de trop dirais-je - au cœur des déchirements terribles de cette région. Mais avant, laissez-moi vous redire combien nous nous sentons ici en famille parmi cette communauté maronite unie à la France depuis tant de siècles.

Cette relation, construite à l’origine sur la mission assurée par la France de protection des « chrétiens d’Orient », s’est depuis développée, enrichie et diversifiée. Votre église, votre communauté et vous-même, Monseigneur, défendez avec passion, je le sais, la francophonie dans vos écoles et universités. Je sais ce que veut dire ce choix au moment où certaines forces dans le monde cherchent au contraire à rompre les dialogues et à se replier sur soi. C’est une certaine idée du sens de la vie humaine et de valeurs universelles profondément ancrées dans nos deux cultures que vous défendez, jour après jour, pour permettre à ces jeunes libanais si talentueux de savoir relever les si nombreux défis de cette région.

Cette relation si profonde a été célébrée avec faste cette année à Paris, à l’occasion du 150ème anniversaire de l’œuvre d’Orient au printemps et nous a donné l’occasion d’accueillir de nouveau sur le sol français sa Béatitude, dont les conseils et analyses nous sont toujours aussi précieux.

C’est fort de cette relation si dense et singulière avec votre communauté et de ces valeurs partagées de justice, de liberté et de dialogue, que nous nous sentons en fraternité avec le peuple libanais, tout le peuple libanais, dans toutes ses dimensions et communautés.

C’est encore ce que nous voyons volontiers comme un destin partagé entre nos deux pays qui nous font défendre avec passion, avec vous, l’indépendance et la souveraineté de votre pays, encore plus spécialement depuis ces dernières années. Rien de ce qui se passe au Liban ne nous laisse indifférent.

C’est un combat ô combien difficile, vous le savez mieux que tout autre, et trop nombreux sont déjà ce qui y ont perdu leur vie, du Président Hariri et ses compagnons à Samir Kassir, Georges Haoui et Gebran Tueni tant d’autres encore, victimes de la terreur et l’intimidation.

Mais je crois volontiers que le mouvement né de l’exceptionnelle mobilisation des libanais pour reprendre en main leur destin commençait de porter ses fruits, avec la tenue d’élections libres et la mise en place d’un gouvernement autonome et d’un parlement courageux.

Le dialogue interlibanais, si nécessaire pour panser les plaies de la guerre et apprendre à reconstruire l’avenir, tous ensemble, avançait, trop lentement pour certains, mais en traitant pas à pas toutes les questions si importantes pour ce vivre ensemble si spécifique au Liban.

Je ne veux pas revenir aujourd’hui Monseigneur sur la tristesse extrême que nous avons ressenti quand cette crise dévastatrice a tout un coup, au seuil d’un été qui s’annonçait plein de promesses, touché gravement tout ce que les libanais avaient lentement et patiemment entrepris pour se redresser après tant de conflits et d’occupations.

Au lendemain de l’adoption de la résolution 1701, pour laquelle nous nous sommes dépensés sans compter, jour après jour aux cotés du gouvernement libanais et de son remarquable Premier ministre, je veux regarder de l’avant et vous dire combien la France a à cœur de vous accompagner tout au long du chemin si difficile qui s’ouvre maintenant.

Soyez assurés de notre soutien pour qu’un cessez le feu durable et solide voie le jour après l’arrêt des hostilités. Le président de la République a clairement fixé la ligne dans sa dernière intervention du 9 août : toute solution durable au Liban doit passer par un accord politique. Le président Siniora en a jeté les bases par son plan en 7 points. La communauté internationale et la France en particulier feront tout pour que cesse le recours aux armes et que le Liban recouvre enfin toute son autorité sur tout son territoire.

Votre gouvernement a d’ores et déjà pris la décision de déployer 15 000 soldats au sud. C’est un événement politique majeur qui nous a aidé à sortir de la crise. Vous savez que nous travaillons en ce moment même sur les moyens que pourrait mettre la France pour accompagner ce déploiement au travers d’un renforcement des troupes de la FINUL et de sa mission sur le terrain.

Nous sommes conscients qu’il ne s’agit pas d’une tâche facile. Mais il nous semble, et c’est une des raisons pour laquelle nous sommes attachés au plein respect de la résolution 1559, que seule l’autorité retrouvée de l’Etat libanais sur son territoire et sur ces capacités d’action pourront éviter que votre cher pays ne soit encore une fois menacé dans le futur.

La fin des hostilités permet aussi d’arrêter les souffrances, toujours plus importantes. Les personnes déplacées se sont d’ores et déjà précipités pour tenter de retrouver leurs foyers. Là aussi, la France est et sera à vos cotés dans l’effort humanitaire et de reconstruction pour faire en sorte que disparaissent très vite les séquelles de la guerre.

Votre pays a aujourd’hui un long travail à accomplir, pour lequel, vous le savez, nous ne ménageons aucune aide. Nous souhaitons l’accompagner dans les jours difficiles qui suivront ce terrible mois, pour que sa culture de confiance, d’écoute et de dialogue fasse taire un à un tous ceux qui seraient tentés de briser cette manière de vivre ensemble si spécifique au Liban

Je n’ai pas de doute, Monseigneur, que ce message de paix trouve tout son sens à vos cotés aujourd’hui./.

Dernière modification : 24/06/2011

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