Messe du 15 août à l’intention de la France, Allocution de M. Didier Chabert, Chargé d’Affaires a.i

Monseigneur,

Messeigneurs,‎

Messieurs les Députés, ‎

Excellences Messieurs les Ministres,‎

Révérends Pères, ‎

Mesdames, Messieurs, ‎

Chers amis,‎
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Chaque année, la célébration de l’Assomption, occasion de cette messe ‎célébrée aux intentions de la France, nous offre le cadre d’une rencontre ‎chaleureuse, profonde et d’un partage spirituel entre la communauté maronite et ‎la France. Permettez-moi, Monseigneur, d’exprimer ici le grand honneur et la ‎joie que j’éprouve à perpétuer cette tradition et à vous retrouver aujourd’hui, une ‎nouvelle fois, à la tête de la délégation française. Votre accueil, votre ‎bienveillance à notre égard, les prières que vous venez d’élever aux intentions ‎de la France nous touchent profondément et je vous en remercie de tout cœur. ‎
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‎_ A travers cet événement symbolique, nous perpétuons avec force ‎l’amitié séculaire qui unit les peuples de France et du Liban. Plus ‎spécifiquement, nous entretenons les relations de confiance et de respect mutuel ‎entre notre pays et la communauté maronite. Ces relations sont anciennes ; elles ‎n’ont pas faibli au cours des siècles. Depuis les capitulations signées entre ‎François premier et Soliman le magnifique pour la protection des « chrétiens ‎d’Orient », notre amitié s’est développée, enrichie et diversifiée et chacun ‎mesure aujourd’hui, au Liban comme en France, le rôle que joue la communauté ‎maronite dans l’étroitesse et la pérennité de ces liens. ‎

Votre église, votre communauté et vous-même, Monseigneur, défendez ‎avec passion, je le sais, la francophonie et ses valeurs dans vos écoles et ‎universités, de même que nous accueillons certains de vos ecclésiastiques ‎désireux de poursuivre leurs travaux dans nos universités parisiennes. En cela, ‎vous travaillez, Monseigneur, au dynamisme de l’enseignement du français et en ‎français au niveau scolaire et universitaire et contribuez à ce que cette langue, ‎porteuse de valeurs fondamentales, demeure une passerelle entre nos peuples et ‎nos cultures. En œuvrant au maintien d’une tradition francophone au Liban, ‎votre communauté constitue l’un de nos meilleurs soutiens dans le pays et la ‎région. ‎
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La francophonie est vivante et active au Liban. Cette tradition francophone est ‎une chance pour nos deux pays. En plus de jeter une passerelle entre les deux ‎rives de notre mer Méditerranée, elle donne vie à la langue française, qui se ‎trouve renouvelée et enrichie au contact d’une culture vieille de plusieurs ‎millénaires. La richesse de la littérature libanaise francophone contribue ainsi à ‎nourrir notre patrimoine littéraire commun. Quel plus beau symbole de ce ‎dialogue entre nos deux pays que l’élection, il y a deux mois, de l’écrivain ‎franco-libanais Amin Maalouf à l’Académie Française. ‎
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Votre action spirituelle et votre engagement en faveur d’un enseignement ‎moderne fondé sur un sens partagé de l’universalité, donne aux jeunes libanais ‎et à toutes les forces vives de votre pays l’énergie, la compétence et la foi qui ‎leur permettra à l’avenir de relever les nombreux défis auxquels ils devront faire ‎face pour le bien et la prospérité de ce beau pays. ‎
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Ces défis sont immenses et, plus que jamais, il est nécessaire de les affronter ‎sans faiblir. ‎

Tout d’abord, je saisis l’occasion qui m’est donnée aujourd’hui pour rappeler le ‎soutien de la France à l’ensemble des institutions libanaises qui œuvrent à une ‎consolidation de l’Etat. ‎
J’en profite pour rendre hommage au travail effectué par le précédent ‎gouvernement de M. Saad Hariri, qui a engagé un travail important en vue d’une ‎modernisation des infrastructures de l’Etat. Nous saluons également le nouveau ‎gouvernement de son Excellence le Président du Conseil des ministres, M. Najib ‎Mikati et nous lui formulons tous nos vœux de réussite dans la lourde tâche qui ‎lui a été confiée. Nous sommes prêts à coopérer avec lui et à lui apporter toute ‎notre aide. ‎
Comme elle l’a déjà fait par le passé, la France soutiendra sans faiblir toutes les ‎initiatives en faveur d’un renforcement des structures étatiques et de l’armée ‎libanaise qui est appelée, comme cela est le cas dans toute démocratie, à ‎disposer seule de la force armée et qui est seule légitime pour en user afin de ‎préserver la sécurité et l’indépendance du pays. La visite officielle, du 19 au 22 ‎juillet, du commandant en chef de l’Armée libanaise, le général Jean Kahwagi, à ‎l’invitation du chef d’état-major des armées français, a constitué à cet égard un ‎signal fort du soutien de la France à l’armée libanaise qui se manifeste ‎concrètement dans une étroite coopération, y compris dans les domaines de la ‎formation et de la fourniture d’équipements. ‎
C’est pourquoi nous réaffirmons l’importance qu’une solution puisse être ‎trouvée entre Libanais pour que l’ensemble des armes présentes sur le territoire ‎libanais puissent être transférées, le moment venu, vers les institutions légales. ‎Le dialogue national, conduit sous l’autorité du Président de la République, ‎Michel Sleimane, constitue à cet égard une opportunité privilégiée pour parvenir ‎à cet objectif. ‎
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Je sais la part prise par l’église maronite pour avancer dans cette direction et ‎pour réaffirmer avec conviction, à chaque occasion et dans chaque communiqué ‎de ses évêques, la nécessité de construire un Etat fort, impartial et juste, qui ne ‎serve pas d’arène aux conflits régionaux, mais qui puisse à l’inverse être un ‎exemple de tolérance, en faisant de la singularité du Liban, fort de ses ‎différentes composantes et communautés, un symbole de la coexistence ‎pacifique et de sa richesse culturelle. ‎
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Un tel souhait va naturellement de pair avec l’instauration d’un véritable esprit ‎de dialogue et de compréhension mutuelle entre toutes les forces politiques et ‎religieuses du pays. Votre église a toujours encouragé tous les protagonistes de ‎la vie civile et politique libanaise, quels qu’ils soient, à faire passer l’intérêt ‎supérieur du Liban avant toute autre considération. C’est cet engagement sans ‎concession en faveur du Liban dans toute sa diversité que je tiens à saluer et à ‎encourager ici. Le maintien des échanges intercommunautaires est essentiel pour ‎faire vivre une démocratie libanaise qui, bien que trop souvent ébranlée et ‎fragilisée, reste un modèle pour la région. ‎
Un tel dialogue ne saurait néanmoins aboutir sans que le climat d’impunité qui ‎a, hélas, trop longtemps sévi au Liban et alimenté une violence intolérable à ‎tous, ne soit définitivement éradiqué. Cette lutte contre toute impunité est une ‎tâche de longue haleine dans laquelle s’est engagée avec courage et ‎détermination la justice libanaise, c’est également la mission qui a été confiée au ‎Tribunal spécial pour le Liban par la communauté internationale, qui vient de ‎rendre public ses premiers actes d’accusation pour le lâche assassinat de Rafic ‎Hariri. La France soutient l’ensemble de ces efforts afin que l’établissement de ‎la vérité puisse rendre justice à toutes les victimes quelles que soient leur ‎origine, leur rang social ou leur religion. ‎
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Les prochaines échéances risquent de s’avérer cruciales pour consolider la paix, ‎les institutions et la démocratie au Liban et nous les suivrons avec la plus haute ‎attention. La réforme électorale, qui constitue l’une des priorités du nouveau ‎gouvernement, devra répondre à un double impératif de démocratie et de ‎transparence. Nous espérons sincèrement que grâce à cette réforme, la vie ‎politique libanaise sera plus à même de refléter fidèlement les aspirations ‎profondes du peuple libanais, dans son ensemble. Nous espérons que les ‎précédentes réflexions menées sur la question seront prises en considération par ‎le gouvernement afin de proposer une réforme juste, loin des querelles ‎partisanes, qui puisse renforcer, de manière durable, l’équilibre institutionnel. ‎

Nous apportons à cet égard notre soutien au Parlement, et à son Président son ‎Excellence M. Nabih Berri qui aura un rôle déterminant dans l’émergence d’un ‎consensus et pour l’adoption des réformes. ‎
La France est également préoccupée par la crise en Syrie et par la répression ‎meurtrière qui frappe le peuple syrien. Le gouvernement français et la ‎communauté internationale au travers de la récente déclaration des Nations ‎Unies appellent les autorités syriennes à mettre fin aux violences exercées contre ‎la population. La France est aussi soucieuse des conséquences régionales de ‎cette crise qui pourrait affecter la sécurité des pays voisins de la Syrie, en ‎particulier le Liban. ‎
En cette période de trouble pour le Moyen-Orient, il me semble enfin important ‎de réaffirmer l’engagement de la France en faveur de la stabilité du Liban, et ‎spécialement du Liban sud. Nous restons profondément attachés à la mise en ‎œuvre pleine et entière de la résolution 1701. Les événements du 1er août et les ‎risques qu’ils constituent pour la paix témoignent, s’il en était encore besoin, de ‎la pertinence du maintien de la Finul, dont notre pays demeure l’un des ‎principaux contributeurs. Je le répète, nous condamnons fermement et sans ‎concession toutes les violations de la Résolution 1701. ‎
Je voudrais également rappeler l’attentat lâche et inadmissible qu’a subi le ‎contingent français de la Finul à la fin du mois de juillet et je saisis l’occasion ‎pour remercier tous ceux qui ont condamné avec la plus grande fermeté ses ‎auteurs et nous ont transmis leurs témoignages de sympathie. Nous soutenons ‎pleinement la justice libanaise et souhaitons qu’elle puisse faire au plus vite ‎toute la lumière sur les circonstances de l’attaque. Nous rappelons au Liban ses ‎engagements internationaux et notamment que le principe de la liberté de ‎mouvement de la Finul, condition essentielle à l’instauration d’une paix durable, ‎est nécessaire et indiscutable.‎
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Ces défis ne sont pas insurmontables et la France se tiendra toujours aux côtés ‎du peuple libanais et de ses représentants afin d’aider le Liban à mettre en œuvre ‎des réformes nécessaires à la consolidation de l’état de droit et au renforcement ‎de ses capacités administrative. Vous pouvez également être assurés du soutien ‎de la communauté internationale et de l’Union européenne, qui encourageront, ‎autant que possible, toutes les initiatives menées par et pour les Libanais. ‎
La fin de la violence et de l’impunité, le fonctionnement normal des institutions, ‎le respect des engagements internationaux et le développement d’un dialogue ‎interlibanais, voilà nos souhaits pour le Liban. De telles avancées donneraient ‎enfin l’occasion de tourner une page sombre de l’histoire récente du pays et de ‎rendre à son peuple la paix, la prospérité, la sécurité et la stabilité qu’il mérite. ‎

Monseigneur, au nom de la France, je vous renouvelle encore tous mes ‎remerciements pour votre accueil et salue les nombreuses personnalités ‎éminentes qui nous font l’honneur de leur présence aujourd’hui. Je vous ‎remercie./. ‎

Dernière modification : 07/09/2011

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