Messe du 15 août 2016 aux intentions de la France

Messe aux intentions de la France du 15 août 2016
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Monseigneur,
Messieurs les Députés, Madame le Sénateur,
Excellences,
Messeigneurs, Révérends Pères,
Madame et Messieurs les Conseillers consulaires,
Mesdames, Messieurs, Chers amis,
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C’est pour moi un grand honneur d’être pour la première fois votre invité à Aïn Saadé pour la fête de l’Assomption. Au nom de la délégation que je conduis, je vous remercie très chaleureusement de votre accueil et des prières que vous venez d’élever aux intentions de la France.
La fête de l’Assomption est chère au cœur des Libanais car Marie est honorée partout au Liban, à Notre-Dame du Liban, à Notre-Dame de la Délivrance ou encore à Notre-Dame de Qannoubine. Rares sont les villages qui n’ont pas leur chapelle de la Vierge. N’oublions pas, en ces temps où le dialogue interreligieux est si nécessaire, que Maryam est également honorée dans l’islam et souvent citée dans le Coran.
La messe aux intentions de la France célébrée à l’occasion de cette fête est une tradition ancienne. Nous y sommes très attachés parce qu’elle témoigne des liens privilégiés qui unissent le Liban, la communauté maronite et la France. Elle nous permet aussi de répondre aux exigences d’une actualité douloureuse pour votre pays et pour les chrétiens d’Orient et préoccupante pour la paix.
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Monseigneur,
Rien, en effet, de ce qui frappe les Libanais ne laisse la France indifférente.
La France est très préoccupée par la crise qui sévit en Syrie, aux portes du Liban, dont les conséquences sont lourdes pour lui, sur tous les plans, en particulier sur les plans humanitaire et sécuritaire.
Le Liban a encore payé un lourd tribut au terrorisme pendant l’année écoulée, à Bourj el-Barajneh mais aussi, plus récemment, à al-Qaa. Nous sommes d’autant plus inquiets de cette menace qu’elle émane d’un ennemi que nous avons en commun, comme l’ont montré les attentats de Paris et Saint-Denis, au lendemain de ceux de Beyrouth, puis de Nice et de Saint-Etienne de Rouvray, avec l’égorgement d’un prêtre, comme en écho au martyre des chrétiens d’Orient. De ces chrétiens d’Orient dont Sa Béatitude a décrit toutes les difficultés à l’occasion de la conférence qu’il a prononcée au Sénat pendant sa dernière visite pastorale en France.
En raison de la guerre en Syrie, le Liban supporte également un lourd fardeau humanitaire. La générosité de votre pays n’a pas d’équivalent dans le monde. La présence des réfugiés chassés de leur pays par la guerre civile exerce une pression très importante sur les infrastructures libanaises, qu’il s’agisse des écoles, des hôpitaux ou des centres sociaux, mais aussi sur les populations d’accueil, qui comptent souvent déjà parmi les plus vulnérables du pays.
La France est également préoccupée par le blocage politique qui prive le Liban d’un Président depuis plus de deux ans. La vacance présidentielle affaiblit la capacité du pays à se protéger des tensions liées aux conflits régionaux. Elle empêche les chrétiens de jouer leur rôle indispensable dans la vie politique libanaise. Elle alimente une paralysie institutionnelle plus large, au sein du gouvernement et au Parlement, qui entrave notamment la bonne mise en œuvre des aides internationales.
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Monseigneur,
Dans une région troublée, où des forces qui le dépassent menacent les équilibres délicats du Liban, la France demeurera fidèle à ses traditions et à ses amitiés. Le Liban peut compter sur l’attachement indéfectible de la France. La communauté maronite, largement représentée dans mon pays, sur son affection et sa sollicitude.
De nombreuses visites bilatérales de haut niveau ont récemment illustré cette amitié, qu’il s’agisse de celle du Président de la République, de celle du Ministre des Affaires étrangères ou des déplacements en France de Sa Béatitude. Dans les enceintes internationales, la France est au premier rang lorsqu’il s’agit de mobiliser la communauté internationale pour défendre le Liban. C’est la France qui a pris l’initiative de la résolution 1701 en 2006, qui a proposé la création du groupe international de soutien en 2013 ou qui a fait, encore récemment, adopter une déclaration par le Conseil de sécurité. C’est la France, encore, qui a réuni le Conseil de Sécurité en mars 2015 puis organisé une conférence internationale à Paris en septembre 2015 pour agir sur la question des chrétiens d’Orient et des autres communautés persécutées.
Aujourd’hui, nous appelons les partis politiques libanais à assumer leurs responsabilités et à trouver les voies d’un compromis politique qui permettra d’élire un Président qui sera celui de tous les Libanais, de former un gouvernement qui incarnera l’unité nationale et de renouveler un Parlement dans lequel chacun sera justement représenté. Nous dialoguons en ce sens avec les pays qui exercent une influence au Liban mais la solution ne viendra pas de l’étranger. C’est au Liban de prendre l’initiative d’un accord global, solide et durable. La France est prête à faciliter un tel accord.
Nous savons pouvoir compter sur la contribution positive de l’Eglise maronite à une sortie de crise. Le communiqué final du dernier synode des évêques maronites est très clair à cet égard. Sa Béatitude ne cesse de rappeler l’urgence de l’élection d’un Président. Votre Eglise a toujours joué un rôle essentiel, en soutenant en toute circonstance les institutions libanaises, en encourageant les protagonistes de la vie politique libanaise à faire passer l’intérêt supérieur du Liban avant toute autre considération et en maintenant un dialogue interreligieux plus nécessaire que jamais.
La France se tient également aux côtés du Liban face au terrorisme. Le soutien bilatéral de la France à l’armée sera rapidement renforcé. Notre objectif est aussi que les équipements prévus dans le cadre du don saoudien soient livrés le moment venu à l’armée libanaise. Dix ans après la guerre des 33 jours, la France restera enfin l’un des principaux contributeurs à la FINUL.
Sur le plan humanitaire, nous avons relevé le niveau de notre aide au Liban pour faire face aux conséquences de la crise syrienne. L’objectif n’est pas d’implanter les réfugiés syriens au Liban, dont nous connaissons les équilibres fragiles. Au contraire, nous voulons tout à la fois aider le Liban à répondre à l’urgence humanitaire et favoriser le retour dans leur pays des réfugiés syriens, dès que les conditions le permettront. Par ailleurs, nous prenons notre part, avec l’accueil en France de réfugiés syriens.
Nous poursuivrons, enfin, notre coopération en matière culturelle et linguistique. Votre Eglise, votre communauté et vous-même défendez avec passion la francophonie et ses valeurs dans vos écoles et universités, de même que nous accueillons en France certains de vos ecclésiastiques désireux de poursuivre leurs travaux dans nos universités. Je veux vous assurer de notre volonté de poursuivre ces échanges, qui permettent à l’enseignement du français et en français de rester dynamique et moderne et de donner aux jeunes Libanais et à toutes les forces vives du pays les compétences qui leur permettront de relever les nombreux défis auxquels le Liban est confronté. La France ne cessera de célébrer la contribution du Liban à la littérature francophone, comme le Président de la République vient de le faire en remettant à Salah Stétié les insignes de Grand Officier de la Légion d’honneur.
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Monseigneur,
Je tiens à vous exprimer une nouvelle fois notre gratitude pour la bienveillance que vous nous portez. Je remercie les nombreuses personnalités qui partagent avec nous ce beau moment et je vous propose de lever notre verre à notre amitié./.

Dernière modification : 16/08/2016

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