L’architecture de l’ambassade récompensée

L’Equerre d’Argent, l’une des principales distinctions françaises dans le domaine de l’architecture, a été décernée au bâtiment de notre Chancellerie

Yves Lion et Claire Piguet ont reçu l’Equerre d’argent 2003 en février dernier pour l’ambassade de France à Beyrouth (Liban) en faisant le « pari de la stabilité », de l’avenir, malgré le poids écrasant de l’histoire.

Discours de Dominique de Villepin, Ministre des Affaires étrangères (10 février 2004)

Discours de Jean-Jacques Aillagon, Ministre de la culture et de la communication (10 février 2004)

A propos de l’ambassade de France au Liban... (par Yves Lion et Claire Piguet)

A Beyrouth existe un domaine, l’"Espace des Lettres", qui abrite un théâtre, le Centre culturel, le Consulat, des services économiques et archéologiques que notre Chancellerie vient ainsi compléter. La colonnade, construites par les architectes Jean-Charles Moreux et André Leconte dans les années ’50, abritent de surcroît un café-restaurant, parfois un salon du livre et autres manifestations qui réunissent chaleureusement Libanais et Français. Tout ceci dans une architecture qui nous a beaucoup plu, et que notre ambassade souhaitait mettre en valeur. C’est ainsi que le bâtiment de la Chancellerie que nous avons construit s’est doté d’un autre objectif : fédérer les différents composants de cet ensemble à travers un lieu.

Un lieu donc, en réponse à la question "qu’est-ce qu’une ambassade ?" : un lieu qui est un jardin, public à l’angle des rues de Damas et du Tribunal militaire, privé autour de l’ambassade, organisé autour d’une grande pelouse face au Centre culturel, servant pour des manifestations et éventuellement de piste d’hélicoptère, abritant le parking de l’ambassade. La Chancellerie est un peu à part, mais ouverte sur les activités de ce lieu.

La pierre de Ramleh que nous avons utilisée est très présente dans la région et le long de la rue de Damas. Cette pierre, qui a une bonne réceptivité à l’érosion, va se patiner. Nous l’avons choisie pour rendre hommage à la terre du Liban et à l’architecture traditionnelle de ce pays, où les opacités ont une force équivalente à celle des fenêtres. Nous l’avons utilisée pour les murs et l’enceinte ; entre les deux s’insère un jardin pourvu notamment d’une sculpture d’Yvan Messac, de pins et d’oliviers centenaires.

L’image de la France au Liban dans l’espace public de Beyrouth s’appuie donc sur l’utilisation intense d’un matériau local et sur l’émergence du jardin sur l’espace public. Les bureaux sont localisés autour d’une "cour-patio" intérieure orientée vers le Centre culturel ; l’immeuble qui contient cette cour est composé sur la forme d’un parcours ascendant qui va, pour les étages supérieurs, chercher la vue sur la montagne libanaise. Tous les bureaux sont tournés vers la terrasse plantée d’aloès d’où émergent les washingtonias, et plus loin vers l’Espace des lettres.

Au rez-de-chaussée, nous avons voulu affirmer l’accueil à travers un traitement unitaire des espaces : parois en verre, en émalith éclairé, répartition de la lumière par 5 patios plantés de washingtonias. Les photos de Paris de Patrick Faigenbaum, qui forment de grandes parois rétro-éclairées, créent une certaine intimité dans ce lieu.

Qu’est ce qu’une ambassade ? Pour nous, c’est un immeuble avec des murs très présents, aux percements réduits le long des voies publiques, mais dotés d’une grande ouverture sur l’espace intérieur : bureaux très vitrés, prolongés par des balcons où la dimension de l’usage n’est pas ignorée - avec l’ambition d’associer à cette présence tout le tact nécessaire à la rencontre entre les deux pays.

Yves Lion et Claire Piguet

Dernière modification : 08/02/2016

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