L’ambassadeur assiste à la messe du 15 août à Ain Saadé

L’ambassadeur, qui vient d’entamer officiellement sa mission au Liban, a assisté ce 15 août 2015 à la messe traditionnellement célébrée aux intentions de la France par l’archevêque maronite de Beyrouth en sa résidence d’été d’Ain Saadé.

Retrouvez le texte de l’allocution prononcée par l’ambassadeur à l’occasion du déjeuner amical qui a suivi la cérémonie, à l’invitation de Mgr Matar.

Discours de l’Ambassadeur de France au Liban, M. Emmanuel BONNE, à l’occasion de la messe célébrée par l’Archevêque maronite de Beyrouth, Mgr. Paul MATAR, aux intentions de la France
(Ain Saadé, le 15 août 2015)

Monseigneur,
Messieurs les députés, Madame la Sénatrice,
Messieurs les Ministres,
Monsieur le Chargé d’affaires,
Révérends Pères,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

C’est un grand honneur pour moi d’être aujourd’hui votre invité à Aïn Saadé. Comme vous le savez, j’ai pris mes fonctions d’ambassadeur de France auprès de la République libanaise il y a quelques jours seulement. Ce qui me permet de prononcer aujourd’hui mon premier discours officiel dans votre pays. Je suis heureux que ce soit devant vous, en votre compagnie et pour cette occasion particulière qu’est la messe que vous célébrez chaque année à l’intention de la France.

Dois-je commencer par me présenter à vous et aux amis que vous avez réunis aujourd’hui ? J’ai eu le plaisir de vous rencontrer à Paris mais je ne connais pas encore tout le monde ici. Permettez-moi donc de dire en quelques mots que je suis un diplomate fier et ému de servir aujourd’hui la France au Liban. Je dois beaucoup à votre pays : j’en ai des souvenirs d’enfant, j’y ai voyagé lorsque j’étais tout jeune encore, j’y suis revenu pour étudier. Je n’ai jamais cessé d’aimer le Liban et de vouloir y revenir. Me voilà donc de retour. Quinze ans après. Je mesure l’ampleur des défis auxquels les Libanais sont aujourd’hui confrontés. Je mesure aussi l’ampleur des attentes à l’égard de la France. C’est donc avec bonheur mais aussi gravité, disponibilité et engagement, volonté de dialoguer et d’agir que je commence ma mission dans votre pays. Pour tout cela, je compte sur votre amitié et sur votre soutien comme vous pouvez compter sur moi.

Monseigneur

Moi-même et chacun des membres de ma délégation vous remercions de la messe que vous avez célébrée à l’intention de la France. C’est une grande tradition que vous maintenez avec foi, dans le rite magnifique de l’Église antiochienne syriaque maronite. Nous vous sommes reconnaissants de votre fidélité, de votre amitié et de vos prières. Nous y sommes attachés car la France est liée aux Maronites par une histoire ancienne, multiséculaire, commencée avec Saint Louis et jamais interrompue en dépit des multiples détours de la politique, de la diplomatie et de la culture. Nous apprécions vos dévotions parce que nous voulons le bien de notre pays – la France. Nous voulons qu’elle soit forte, heureuse, rayonnante. Et l’ambassadeur de la France laïque et républicaine – celui que je suis - sait que le Bon Dieu ne peut pas tout faire seul mais souhaite que vos prières pour son pays soient exaucées.

C’est l’honneur de la France d’avoir des amis tels que vous et de leur être fidèle. Non pas seulement parce que l’histoire nous y oblige mais aussi parce que les relations de la France avec l’Église maronite sont à la fois nécessaires, vivantes et dynamiques. J’en veux pour preuve que votre église rassemble près de 100 000 personnes en France où Sa Béatitude - le Patriarche Raï auquel je vous prie de transmettre mes salutations respectueuses - a inauguré cette année le siège de l’éparchie maronite. Je peux aussi citer la paroisse de Notre-Dame du Liban, rue d’Ulm, à Paris, qui est un lieu chaleureux et très fréquenté de foi et de culture. Parler aussi de l’éducation. Donc citer le Foyer franco-libanais et saluer son travail de formation des élites. Citer aussi – vous m’aviez dit à Paris, Monseigneur, que c’était important- les bourses patriarcales que le gouvernement français accorde traditionnellement à des prêtres maronites pour étudier en France. Surtout – citer la vitalité des écoles et universités francophones liées à l’église maronite, ici, au Liban.

La France est attentive à ses relations avec l’Église maronite. Elle n’oublie pas l’histoire et veut continuer de l’écrire avec vous. Au plus haut niveau. C’est la raison pour laquelle le Président de la République, M. François Hollande, a déjà reçu à Sa Béatitude à deux reprises. Encore récemment - le 28 avril à l’Élysée - dans le cadre d’une visite officielle. Ils ont alors évoqué l’actualité au Liban et dans la région, échangé leurs analyses et fait ensemble le constat de grands dangers qui imposent – plus que jamais – d’agir pour la paix et la sécurité de tous.

Au Moyen-Orient aujourd’hui, les crises produisent des drames d’une ampleur jusque-là inégalée : terrorisme à grande échelle, violences insoutenables contre les civils, déplacements massifs de populations, crimes contre l’humanité. Il n’y a pas de différence à faire entre la souffrance des gens – celle des hommes, des femmes et des enfants de Syrie, d’Irak et d’ailleurs. Tous souffrent, quelle que soit leur appartenance religieuse, confessionnelle ou ethnique. Et c’est pour les peuples de la région – collectivement – que la France est aujourd’hui directement engagée dans le combat contre Daech, contre les terroristes et – au-delà - pour l’élaboration de solutions politiques en Syrie comme en Irak. Car l’essentiel est là : il faut préparer l’avenir, garantir la sécurité à long terme de toutes les communautés et rassembler ceux qui sont aujourd’hui divisés.

C’est dans ce contexte que - fidèle encore à son histoire - la France prend l’initiative pour que les chrétiens d’Orient et l’ensemble des communautés minoritaires dans la région y gardent leur place légitime et soient protégées des violences que les groupes terroristes exercent contre elles. C’est le sens de la réunion que le ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, a convoqué au Conseil de sécurité des Nations unies au mois de mars dernier. Et c’est aussi l’objectif de la conférence internationale que la France organise à Paris le 8 septembre prochain sur la protection des victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient.

Soyons clairs : la France condamne les attaques contre les populations civiles quels qu’en soient les motifs, les auteurs et les victimes. Le Président de la République l’a fait hier encore après l’attentat terrible qui a eu lieu à Bagdad. Il a aussi souvent dénoncé la barbarie des actes perpétrés par Daech et les terroristes en Syrie. Il a aussi condamné les attaques au chlore, le bombardement aérien des villes et le largage de ces barils d’explosifs qui sont actuellement les armes qui tuent le plus de gens en Syrie.

Tout cela pour dire que les populations de la région souffrent sans distinction d’ethnie et de religion. Mais la France veut alerter le monde sur la spécificité des crimes commis par les terroristes contre les minorités - notamment les chrétiens – parce qu’elles sont visées en tant que telles. C’est ce que le père Patrick Desbois – président de l’association Yahad-In Unum - a documenté et analysé avec une grande rigueur et une immense humanité dans son travail récent sur l’esclavage et le viol que les terroristes de Daech imposent aux femmes de la communauté yézidi dans les zones qu’ils contrôlent.

Le 8 septembre à Paris, nous mobiliserons donc des moyens pour venir en aide aux populations, nous envisagerons les mesures à prendre et travaillerons à l’élaboration d’une charte d’action de la communauté internationale en faveur des minorités au Moyen-Orient. Il y aura trois priorités : le renforcement de l’aide humanitaire, l’élaboration de solutions politiques inclusives, la lutte contre l’impunité. Nous attendons 80 délégations. Le Liban aura toute sa place. Nous espérons un succès collectif. L’enjeu est immense : au-delà du sort des minorités, il s’agit de préserver le pluralisme, la diversité des religions et des idées, la coexistence des communautés et la vie commune qui sont la richesse des pays de la région.
C’est dans ce contexte difficile que le Liban – ce « pays longiligne aux ailes de géant » comme le décrivait Nadia Tuéni – a une valeur plus grande que jamais. Que son destin nous importe. La France le sait : elle a une responsabilité historique à l’égard de votre pays. Quand elle s’engage pour le Liban, c’est pour lui seulement qu’elle le fait. Elle n’a pas d’arrière-pensée. Elle ne fait pas de calculs compliqués et n’échange rien au Liban contre quelque chose ailleurs. Non ! Elle veut l’unité, la stabilité, la sécurité, la prospérité pour tous les Libanais. Elle le veut d’autant plus aujourd’hui que le Liban reste – en dépit de toutes ses difficultés – un modèle de diversité, de pluralisme, de liberté au Moyen-Orient. Et puisqu’il s’agit d’un modèle, il est important pour les Libanais, pour leurs amis et pour les peuples de la région de démontrer qu’il fonctionne, est porteur d’espoir et permet de préparer l’avenir.

La France s’engage pour ce Liban-là, souverain, celui des libertés et de la diversité, celui qui appartient à tous les Libanais. Et je peux apporter le témoignage personnel que ce sont toujours les Français qui – sur la scène internationale et à tous les niveaux – prennent l’initiative de parler du Liban à ceux qui ont une influence ici. C’est nous qui avons voulu mettre en place un Groupe international de soutien au Liban. C’est nous qui menons aujourd’hui la négociation pour renouveler au Conseil de sécurité le mandat de la FINUL au sein de laquelle servent 850 soldats français. C’est nous encore qui allons à Téhéran, à Riyad et ailleurs dans la région dire qu’il faut protéger nos amis libanais des guerres à leurs frontières et les aider à résoudre leurs différends.

C’est important. Ne nous trompons pas. Au regard de la guerre en Syrie, le Liban parait bien calme, protecteur même, notamment pour ces centaines de milliers de réfugiés – un tiers de la population de votre pays ! - qui tentent de s’y mettre à l’abri. Et la joie de vivre, le dynamisme et la créativité des Libanais est admirable. Mais tout est fragile, difficile, aléatoire. Il est donc urgent de faire plus pour que le Liban soit préservé des crises, que ses institutions fonctionnent et qu’il prospère.

C’est la raison pour laquelle la France a aujourd’hui trois priorités :
-  1 / Créer sur la scène internationale les conditions pour que les Libanais restent maîtres de leur destin et résolvent – en toute indépendance et dans le respect de la souveraineté de ce pays – la crise politique qui menace aujourd’hui de paralyser les institutions de l’État. Le Liban n’est pas une monnaie d’échange dans le jeu régional. Il n’est pas un pion sur l’échiquier international. Il a des intérêts propres. Il a un mérite particulier. Il faut l’aider pour ce qu’il est. Certains disent maintenant que le Liban n’est pas une priorité. Ils disent qu’il y a d’autres urgences : la Syrie, l’Irak, le Yémen… Ce n’est pas l’avis de la France pour qui le Liban est une priorité claire et nette. Et la première urgence est aujourd’hui qu’un président de la république soit élu. C’est l’intérêt des chrétiens – Sa Béatitude l’a encore rappelé ces derniers jours – et de tous les Libanais.
-  2 / Contribuer à la sécurité du Liban et des Libanais. J’ai déjà cité l’engagement militaire de la France au sein de la FINUL, que les plus hautes autorités françaises ont décidé de maintenir dans la durée. Je veux aussi évoquer le contrat franco-saoudien pour l’Armée libanaise. On a dit beaucoup de choses à ce sujet. La vérité est que la France et l’Arabie se sont entendues pour qu’un effort exceptionnel – trois milliards de dollars – soit produit au bénéfice d’une institution essentielle pour la sécurité de tous les Libanais et qui a vocation de se déployer sur tout le territoire libanais. Le gouvernement libanais – collectivement – a accepté le don saoudien et nous travaillons aujourd’hui en parfaite intelligence avec l’Armée libanaise pour mettre en œuvre un ambitieux programme d’équipement qui lui permettra d’assurer encore mieux sa mission de protection dans tous les domaines, aux frontières comme sur le territoire national. Ce programme se poursuit. La France tient à le mener à son terme. Exactement comme les autorités libanaises, saoudiennes et françaises en sont convenues ensemble.
-  3 / Soutenir autant que possible le Liban pour prendre en charge les réfugiés syriens. Nous avons conscience de la charge immense que cela représente. Que se passerait-il en France si les réfugiés représentaient un tiers de la population ? Avec nos partenaires européens, nous multiplions donc les initiatives au profit des réfugiés syriens dans votre pays mais aussi des communautés locales qui les accueillent. Nous prenons aussi notre part dans l’accueil des Syriens dont 98% des demandes d’asile qu’ils nous adressent reçoivent aujourd’hui une réponse favorable. Nul doute que cela ne répond pas à toute la demande et à tous les besoins. Mais nous continuerons d’assumer pleinement notre devoir de solidarité avec le Liban.

Monseigneur,

Voilà ce que j’avais à vous dire pour commencer ma mission au Liban et vous remercier à nouveau de votre hospitalité à Aïn Saadé. Je réserve à nos prochaines conversations la suite de mes réflexions sur la France et les Maronites, le Liban et tout ce que nous avons à faire ensemble. Je ne crois d’ailleurs pas qu’on puisse être exhaustif dans ce domaine !
Permettez-moi donc de conclure mon propos en formant des vœux sincères et amicaux pour le Patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, pour l’Archevêque de Beyrouth, pour la communauté maronite et pour le peuple libanais dans son ensemble.

Ces vœux peuvent être ceux qu’un grand Français, un grand chrétien, un grand ami du Liban, le cardinal Etchegaray, a prononcé à Harissa en 2006 en priant Notre-Dame du Liban : « Que le Liban vive du Liban pour que le monde entier vive de la Paix ».

Je lève mon verre à notre amitié.
Vive la France ! Vive le Liban ! Vive l’amitié entre la France et le Liban !

Dernière modification : 10/02/2016

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