L’Ambassadeur répond aux questions de Walid Choucair sur la Radio Voix du Liban (11 octobre 2014)

L’Ambassadeur de France au Liban, Patrice Paoli, a mis en garde contre l’avancée des groupes armés vers l’intérieur du Liban, qualifiant la situation aux frontières libano-syriennes de très inquiétante, d’autant que les événements d’Ersal, depuis août dernier, incitent à la vigilance. Par ailleurs, l’Ambassadeur affirme ne pas avoir d’informations sur les déclarations du Général Kahwaji au sujet de la volonté présumée de Daech de s’assurer un passage sûr vers la mer mais « nous partageons son inquiétude », ajoute Paoli, avant de réitérer le soutien moral de la France aux efforts des autorités politiques et sécuritaires libanaises visant à résoudre le dossier des otages militaires, malgré toutes les complications. Il affirme à cet égard : « Nous comptons sur l’armée et les FSI pour préserver la sécurité et la stabilité du pays et pour lutter contre le terrorisme ».

En outre, à la question de savoir si la France envisage que le Liban puisse avoir besoin d’une frappe aérienne de la coalition contre Daech à ses frontières, Paoli répond : « La question n’a pas encore été soulevée par les autorités libanaises. Je n’ai pas d’opinion personnelle en la matière. Nous répondrons au cas où les autorités concernées formulent une demande ».

Par ailleurs, Paoli a écarté une éventuelle reprise de l’expérience de La Celle-Saint-Cloud, réitérant son appel à élire un président au plus tôt. Et de poursuivre : « Nous nous sommes entretenus avec tous les interlocuteurs libanais, loin du feu des projecteurs. La France n’a ni candidat favori ni véto. Le président fort est celui qui bénéficiera du soutien politique le plus large ». L’Ambassadeur ajoute également que son pays exhorte les Libanais en permanence à ne pas s’ingérer dans les crises extérieures pour éviter des complications à l’échelle interne et au niveau du dossier présidentiel. « L’élection d’un président est une affaire libanaise avant tout. Hélas, nous avions cru que la formation d’un gouvernement unificateur était un indicateur positif qui paverait la voie à l’échéance présidentielle », regrette Paoli avant d’ajouter : « Les Libanais sont capables d’élire un président loin de toute ingérence si leur volonté est forte. J’espère que les Libanais sortiront de cette impasse. En tant qu’amis du Liban, nous avons tenté d’apporter une aide. Nous avons déployé des efforts considérables pour suivre les efforts en cours sans pour autant nous ingérer dans les affaires internes ».

A la question de savoir si la France mise sur le fait que les Libanais refusent le vide présidentiel, Paoli explique : « Je ne sais pas s’il y a eu des erreurs dans les prévisions. Nous n’en espérons pas moins que les Libanais s’accorderont entre eux. Malheureusement, ils se sont contentés de former un gouvernement pour résoudre les problèmes ». Par ailleurs, Paoli a insisté sur la nécessité de garder le Liban à l’abri des influences externes. « Or ces influences existent, nous le savons. Nous avons fait notre possible pour mobiliser toutes les énergies dans l’intérêt du Liban et en vue d’élire un président. Nous nous sommes entretenus avec nos partenaires au sein du GIS ainsi qu’avec certains gouvernements de la région, dont les gouvernements saoudien et iranien. Nous avons voulu faire converger les points de vue et nous accorder sur la nécessité d’épargner au Liban des répercussions négatives. Malheureusement, cela n’a pas suffi. Nous poursuivons nos efforts, malgré tout ».

Au sujet de la rencontre du président Hollande et du président iranien Hassan Rohani, Paoli déclare : « Je ne connais pas les priorités iraniennes et je ne commenterai pas les pensées du président iranien. La question doit lui être adressée. En tant que Français, nous avons abordé le dossier libanais dans tous nos entretiens avec les dirigeants iraniens en vue de discuter des moyens à mettre en œuvre pour faciliter l’élection d’un président. Nous poursuivons notre dialogue avec toutes les factions iraniennes en vue de faciliter l’échéance présidentielle et nous continuerons d’aborder le dossier libanais avec les Iraniens ».

Interrogé sur la visite à Téhéran du directeur d’ANMO au Quai d’Orsay, l’ambassadeur Jean-François Girault, dans les tout prochains jours, il a répondu : « J’ignore quel est son programme. Je dois lui parler aujourd’hui (hier). Mais nous avons un ambassadeur à Téhéran ainsi que des contacts permanents avec les responsables iraniens. Je ne sais donc pas si nous avons besoin de sa visite mais je suis sûr qu’il se rendra de nouveau à Téhéran ».

A la question de savoir si, selon lui, le régime de Bachar El Assad devrait être satisfait du choix du futur Président libanais pour que l’élection de ce dernier soit facilitée, il a répondu : « Je n’ai pas de réponse, et je ne sais pas si telle est la condition posée pour qu’un président soit élu, mais les divergences au Liban ne sont pas sans rapport avec la situation régionale ».

Il a enfin déclaré en réponse à une question sur la coalition internationale anti-EIIL : « Je ne suis pas un expert militaire pour dire si les frappes aériennes demeurent insuffisantes en l’absence d’une intervention terrestre. Il faut du temps ». Selon lui, « la participation de la France aux frappes aériennes contre les terroristes est intervenue suite à une demande de la part des autorités irakiennes, comme le stipule le droit international, alors que nous n’avons aucun contact avec les autorités syriennes et n’avons [reçu] aucune demande relative à de telles frappes ».

Dernière modification : 15/10/2014

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