L’Ambassadeur répond aux questions de Lebanon Files

L’Ambassadeur répond en arabe au site d’information Lebanon Files.

Retrouvez ci-après la traduction en français de l’entretien réalisé par Caroline Yaghi :

Q : À votre retour de la conférence du GIS visant à assister le Liban face à la crise syrienne, quels sont les principaux résultats de la conférence, notamment en ce qui concerne l’aide accordée au Liban, le secours aux réfugiés et la promotion de l’économie libanaise ?

R : J’estime que la conférence a été très réussie. J’ai participé à cette conférence qui s’est distinguée par une représentation de haut niveau, tant libanaise qu’internationale, autour des présidents Sleiman et Hollande. Dans une conjoncture régionale délicate, les participants ont réitéré le soutien de la communauté internationale au Liban, sa souveraineté, sa stabilité, sa sécurité et ses institutions ainsi qu’au respect des échéances constitutionnelles et la relance des travaux parlementaires et gouvernementaux en vue de mener des élections présidentielles et législatives.

Sous ce parapluie, la conférence a tablé sur certains éléments pratiques permettant de soutenir le Liban en se fondant sur trois piliers principaux. Le premier pilier concerne le soutien à l’armée. Nous traduisons ce soutien à travers le don saoudien qui évolue sans grandes pompes. Dans cette perspective, nous considérons que la tenue d’une conférence de soutien à l’armée le mois prochain, à Rome, démontre bien la volonté internationale d’avancer dans ce sens.

Pour ce qui est de l’économie, un fonds fiduciaire propre au Liban a été créé. Ce fonds, affilié à la Banque Mondiale, a déjà reçu un financement de la France, premier bailleur de fonds, d’un montant de 7 millions d’euros, sans compter les contributions de la Norvège et de la Finlande. Le fonds vise à alimenter de manière permanente la lutte contre la pauvreté au Liban ainsi qu’à soutenir les communautés accueillant les réfugiés. Par ailleurs, certaines sommes sont actuellement gelées vu l’absence d’activité gouvernementale et parlementaire dans le pays. Ces montants dépassent les 600 millions de dollars et seront destinés à soutenir l’économie. Quant à la question des réfugiés, rappelons qu’une conférence a déjà été tenue au Koweït et nous nous attendons à ce que des sommes importantes soient allouées au Liban. En outre nous aidons également le Liban à travers l’Union Européenne, représentée lors de la conférence. L’Union est le premier fournisseur d’aides financières pour les réfugiés au Liban, sans compter les aides fournies dans le cadre d’accords bilatéraux, tels que les projets avec les municipalités.

Enfin, certains pays, notamment européens, reçoivent actuellement des réfugiés syriens. En effet, l’Allemagne puis la Suède et la France ouvrent leurs portes à près de 3500 réfugiés syriens dont les dossiers sont actuellement en cours d’étude.

Q : Peut-on s’attendre à la mise en œuvre du don saoudien pour la fourniture d’armes à l’armée libanaise prochainement ? Quel stade avez-vous atteint dans les négociations avec la partie libanaise ?

R : Nous collaborons actuellement avec l’État libanais sur ce dossier vers lequel nous faisons converger nos efforts. La pierre angulaire a été posée lorsque l’armée libanaise a défini ces besoins. Nous concentrons donc nos efforts sur les revendications formulées par le côté libanais, conformément au plan quinquennal pour le renforcement de l’armée. Cependant, nous travaillons loin des projecteurs et nous poursuivons assidument nos efforts qui se traduiront bientôt sur le terrain.

Q : Que pensez-vous de la situation en Syrie aujourd’hui à la lumière, notamment, du changement de l’équation sur le terrain au profit du régime ? Cette nouvelle équation entrainera-t-elle un changement de la position officielle de la France ?

R : Depuis le départ, nous avons exprimé une position claire à laquelle nous demeurons attachés. Nous demandons et soutenons la formation d’un gouvernement de transition en Syrie, doté d’un pouvoir décisionnel. Le gouvernement devra résulter d’un accord entre le régime syrien d’une part et l’opposition d’autre part, afin de pouvoir mettre en œuvre les différentes étapes menant à la tenue d’élections libres en Syrie. La décision est entre les mains des Syriens. C’est là notre position depuis le départ. Nous préférons une solution politique.

C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons appelé à la tenue de Genève II en se basant sur les conclusions de Genève I. Malheureusement, la conférence de Genève II n’a pas abouti à des progrès effectifs. La sortie de crise en Syrie passera impérativement par une solution politique.

Q : Le régime syrien sera-t-il capable de rester en place ?

R : Vous pouvez revenir à la position de la France que j’ai précédemment évoquée. Je suis ambassadeur de France au Liban, et non en Syrie. Cependant, la position de la France est d’assurer une solution politique et un gouvernement de transition rassemblant le régime et l’opposition. Le choix est entre les mains des Syriens.

Q : Après Genève II, est-ce que Paris envisage d’accueillir la 2ème édition de la Celle-Saint-Cloud en vue de régler la situation au Liban où estimez-vous que la conjoncture ne le permet toujours pas ?

R : Le gouvernement libanais a été formé grâce à une équation libanaise, conçue au Liban, sans aucune ingérence étrangère. C’est là un élément positif pavant la voie à une formule libanaise permettant de mener les élections présidentielles dans les délais. Nous espérons que la décision demeurera entre les mains des Libanais qui n’ont pas besoin d’initiative étrangère. Nous demeurons aux côtés du Liban et nous préférons un gouvernement qui reflète un dénominateur commun minimal entre les Libanais, soit un gouvernement d’union nationale permettant de protéger le Liban des dangers régionaux, notamment les répercussions de la crise syrienne. Aujourd’hui, notre position est constante : nous exhortons les Libanais à gérer eux-mêmes leur situation et je pense qu’aucune initiative étrangère n’a lieu d’être aujourd’hui. Nous devons œuvrer à garder la décision entre les mains des Libanais.

Q : Pensez-vous que les données disponibles pour l’étape suivante permettraient de mener des élections présidentielles à temps ?

R : Nous voulons que les élections présidentielles aient lieu dans les délais prévus et nous considérons que la formation d’un gouvernement qui, nous l’espérons, obtiendra la confiance du Parlement, est un pas de plus vers la tenue d’élections présidentielles dans les meilleures conditions.

Q : Comment évaluez-vous la relation entre la France et le Hezbollah aujourd’hui ? Avez-vous des contacts avec le parti ?

R : La particularité de la France au Liban est qu’elle entretient des relations avec toutes les factions et partis représentés au sein du Parlement libanais. En effet, nous sommes présents, à travers nos centres culturels, dans différentes régions libanaises. Avec le Hezbollah, nous entretenons un dialogue clair et franc et nous échangeons nos points de vue. Il nous arrive d’être en désaccord, notamment en ce qui concerne la présence militaire et l’implication du Hezbollah en Syrie. Nous soutenons la Déclaration de Baabda qui stipule la non-ingérence des Libanais dans les affaires syriennes. Le dialogue est important et nos contacts avec le Hezbollah sont permanents, malgré la divergence d’opinion.

Q : Quelles sont les principales activités culturelles qui se tiendront au Liban au cours du mois de la Francophonie ?

R : Le thème de la Francophonie pour cette année est l’humour. Aujourd’hui, nous en avons tous besoin. La Francophonie n’est pas une tour d’ivoire. C’est une terre ouverte à tous comme le démontrent les efforts, l’implication, la participation et les ambitions de tant de pays prenant part aux activités de ce mois. Nous avons un programme aussi riche que varié, avec des pièces de théâtre, des concerts, des films, et d’autres activités culturelles et artistiques. En outre, nous profitons de nos centres culturels établis dans toutes les régions libanaises pour promouvoir le dialogue entre les Libanais, notamment les élèves qui y trouvent un espace pour s’exprimer et écouter les autres. En effet, la Francophonie est un ensemble de valeurs telles que la tolérance et le respect de la liberté d’expression.

Q : Avez-vous choisi de suivre les pas de votre père diplomate ? Ou était-ce une décision personnelle ?

R : J’ai toujours été en admiration devant mon père diplomate et je marchais sur ses pas. Même très jeune, aux États-Unis, j’ai dû me familiariser avec l’anglais. J’ai ensuite étudié l’arabe en Libye, au lycée français. C’est ainsi que je me suis habitué au contact avec les langues, à la communication et à l’ouverture vers les autres. Les langues ne me faisaient pas peur et je n’avais pas de réticences à les apprendre. Plus encore, l’atmosphère dans laquelle j’ai grandi a également influencé ma décision. Je rêvais d’être diplomate comme mon père.

Q : Avez-vous d’autres rêves ou ambitions ? De devenir ministre, par exemple, ou d’écrire…

R : Je suis très heureux d’être diplomate. Ça me suffit. Oui (dit-il en souriant), je pense bien sûr à l’écriture, mais en temps voulu. Je pense par exemple à des mémoires, un retour sur ma carrière, ma vie en tant que fils de diplomate et mes déplacements dans le monde.

Q : Êtes-vous content d’être au Liban ?

R : Bien entendu. Comme pour chaque diplomate français, c’est un rêve de servir au Liban. Au moment où j’entrais au ministère des Affaires étrangères, je n’aurais jamais imaginé devenir un jour ambassadeur au Liban. C’est un honneur pour moi d’être ici et j’en suis ravi. Malgré les difficultés que traverse le Liban, c’est un pays vivant. Je pense en particulier à la créativité libanaise, aux cerveaux de ce pays et à la richesse des ressources humaines libanaises, ici et dans le monde.

Q : Vous êtes mélomane. Trouvez-vous le temps de chanter et de jouer de la guitare ? Appréciez-vous la musique libanaise ?

R : Je trouve bien sûr un peu de temps pour jouer de la guitare avec mes amis, mais ce n’est pas suffisant. Je joue du rock et du blues, entre autre. J’écoute Feyrouz, Majida Al-Roumi, Ziad Rahbani et le groupe Mashrou’ Leila, à titre d’exemple. Je suis très ouvert et j’écoute tous les genres musicaux.

Q : Qu’en est-il de la gastronomie libanaise ?

R : J’aime surtout la poutargue et la kebbeh crue accompagnée d’un verre d’arak.

Q : Quel message adressez-vous au peuple libanais ?

R : Un message d’amitié et d’espoir. La France a toujours été aux côtés des Libanais, au fil des années, malgré toutes les difficultés. Nous croyons au Liban et nous traduisons cette foi au quotidien à travers notre rôle et nos activités au sein de l’ambassade et dans les centres culturels. Nous voulons également que les Libanais s’aident eux-mêmes dans la prise de décision.

Dernière modification : 10/02/2016

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