Journal du Liban (19 mars – 3 avril 2015)

Jeudi 2 avril

Entretien avec le ministre de la défense Samir Mokbel pour préparer la prochaine visite de son homologue français Jean Yves le Drian et pour faire le point sur les dossiers bilatéraux. La mise en œuvre du programme de livraison de matériel militaire français à l’armée libanaise avance bien.

Mardi 31 mars – vendredi 3 avril

Visite du directeur des Nations Unies au ministère français des affaires étrangères, Jean-Pierre Lacroix ; visite de la directrice Moyen-Orient de l’AFD venue présenter son successeur Marie-Hélène Loison, visite enfin de la présidente de France Médias Monde, Marie-Christine Saragosse. Une semaine ordinaire au Liban !

Du 31 mars au 3 avril, c’est donc une succession d’entretiens sur les trois thèmes : action de l’AFD, action de la France aux Nations unies (et soutien à la FINUL), action en matière de médias francophones (comment soutenir les médias francophones libanais et renforcer la coopération entre médias français et libanais ?).

La visite du directeur des Nations Unies du Quai d’Orsay est l’occasion d’entretiens politiques. Jean-Pierre Lacroix est reçu par le général Kahwagi auquel nous réitérons le soutien de la France à l’armée libanaise ainsi que son engagement au sein de la FINUL. Il est reçu également par Gebran Bassil et le président du Parlement.

La FINUL est décidément à l’honneur puisque je reçois le colonel Hasard, nouveau chef de corps de la FCR, la « Force commander reserve » armée par le contingent français au sein de la FINUL. C’est lui qui dirigera notre contingent pendant les mois à venir au sein de la FINUL.

Mercredi 25 mars

Visite à Nabih Berry, président du Parlement, pour évoquer les relations bilatérales et la situation politique, comme nous le faisons régulièrement, mais aussi pour évaluer les perspectives de réunion du Parlement. Nous sommes attentifs à la vie des institutions ! Il y a tant de projets en carafe que le parlement devrait pouvoir voter ! Le président Berry est bien conscient de la nécessité de trouver un accord entre groupes politiques pour organiser une telle réunion.

Déplacement à Hammana pour la remise du label CELF au collège Saint-Antoine. Très belle cérémonie. Je ne reviens pas sur ce que représente ce certificat dont j’ai abondement parlé ces dernières semaines, mais ce qui est significatif, c’est que les établissements de toutes les régions du Liban en font la demande. La démarche de certification garantit l’excellence de l’enseignement prodigué par ces lycées, en français et de français.

Retour à la résidence en fin d’après-midi pour la remise des insignes d’officier de la Légion d’honneur à Choucri Sader, président du Conseil d’État. C’est un grand serviteur du droit, du Liban, de la relation libanaise et de la francophonie qui est reconnu ce soir. Soirée amicale, ambiance familiale.

Petite parenthèse pour un déplacement en Jordanie du 26 au 30 mars. Cette coupure est opportune pour prendre des forces avant une nouvelle semaine très chargée.

Mardi 24 mars

Réunion du Comité Cèdre, qui gère un programme d’échanges universitaires en matière de recherche scientifique entre la France et le Liban, qui porte à la fois sur les sciences dures et les sciences sociales et qui établit un véritable partenariat entre les deux pays.

Entretien avec le responsable des relations extérieures du Hezbollah, Amar Moussaoui, pour un point de situation comme nous le faisons régulièrement. Je souligne la nécessité de tout faire pour mettre un terme à l’affrontement communautaire, principalement entre chiites et sunnites, qui déchire la région. Il détermine aujourd’hui alliances et comportements. A défaut de régler tous les problèmes de la région, il est en tout cas possible d’en préserver le Liban en favorisant une remise en marche des institutions et l’élection d’un président de la République. Nous nous félicitons de la perspective d’un accord cadre à Lausanne sur le programme nucléaire iranien mais je souligne que l’avancée que représenterait un tel accord ne règlera pas tous les problèmes régionaux si les parties en présence ne manifestent pas une réelle volonté d’apaisement au lieu de soumettre toute leur politique à l’affrontement communautaire.

Visite à la galerie Rubeiz pour une exposition de dessins réalisés par Mazen Kerbaj avec sa mère : à quatre mains, ils ont dessiné un abécédaire foisonnant d’idées. C’est superbe. J’aime beaucoup le travail de Mazen Kerbaj, en particulier la série qu’il avait publiée dans le journal Al Akhbar « Cette histoire se passe (ou ne se passe pas…) ».

Lundi 23 mars

Matinée consacrée aux entretiens officiels de Madame Girardin successivement avec le ministre des affaires étrangères Gebran Bassil, le ministre de la culture Rony Araygi, le premier ministre Tammam Salam et, enfin, Rachid Derbas, ministre des affaires sociales.

Ces entretiens sont l’occasion de passer des messages, de réitérer l’engagement de la France auprès du Liban, son soutien aux institutions, de rappeler la nécessité et même l’urgence de l’élection d’un président de la République. Tous ces messages sont bien connus, je n’y reviens pas, mais il est toujours utile de les rappeler. Un des messages que Madame Girardin met par ailleurs en avant porte sur l’attente de la France concernant les décisions que doivent prendre les autorités libanaises, au sein du gouvernement, ou les votes attendus au parlement pour permettre la mise en œuvre de l’aide française au Liban. En effet, ces décisions sont nécessaires pour faire avancer les projets tels que la construction des nouvelles écoles, celle du nouveau bâtiment du CNAM ou encore de stations d’épuration des eaux, etc. Le message est pour une fois bien repris dans la presse. Sans faire pression, il faut rappeler à chacun ses propres responsabilités.

Après un déjeuner en petit comité à la résidence, départ de la ministre et de sa délégation pour l’aéroport. Ce fut une visite extrêmement dense.

Dimanche 22 mars

Nouvelle journée très chargée. Nous partons très tôt pour en direction de Saïda pour la visite du camp de réfugiés syriens de Ouzaï, où 850 réfugiés sont logés dans un même bâtiment, celui, en construction, d’une université. Nous sommes accueillis par le HCR, des responsables de la municipalité de Saïda, du camp et aussi, les responsables de l’ONG française Première urgence-Aide médicale internationale (PU-AMI), que nous finançons pour ce projet.

Il est toujours émouvant d’aller à la rencontre de réfugiés, déracinés, désorientés, dépendants de l’aide extérieure. Nous apportons à ceux d’Ouzaï un soutien avec le HCR et PU-AMI, notamment en direction des enfants et de l’éducation. Nous constatons les inquiétudes des réfugiés qui ont reconstitué ici une véritable communauté et qui font face à des projets de relocalisation qui risquent de les disperser.

Départ pour l’Institut français de Deir El Qamar pour l’inauguration du nouveau bibliobus, la bibliothèque ambulante de l’institut. Ce projet avait vu le jour à la fin de la guerre civile, en 1992 si je me souviens bien. Aujourd’hui, le bibliobus apporte de la lecture à tous dans les villages reculés du Chouf. Ce très beau projet peut se poursuivre grâce à la générosité de Walid Joumblatt qui a financé le nouvel autobus. D’autres partenaires sont associés, dont l’université de l’Alba, dont les étudiants artistes ont conçu la décoration du bus. En l’absence de Walid Joumblatt qui se trouve en France, où il vient d’être reçu par le président de la république, c’est Nora Joumblatt qui accueille Madame Girardin. Très belle cérémonie à l’Institut français, avec de la musique et de la joie.

Nous nous retrouvons dans la soirée pour une ultime manifestation liée au mois de la francophonie, la remise des prix aux jeunes talents libanais dans le concours du conte, suivie d’un dîner amical offert par le ministre de la culture.

Samedi 21 mars

Week-end intense. Déjeuner annuel des anciens combattants avec l’Association de la Légion d’honneur, à Jounieh, à l’ATCL. Le grand chancelier de la Légion d’honneur, le général Georgelin, a fait le voyage pour assister à cette cérémonie qui met en lumière les anciens combattants libanais qui se sont battus pour la France. C’est un moment toujours émouvant et je cite, dans mon discours, cette annotation manuscrite du Général de Gaulle adressée à un ancien combattant libanais, dans un « certificat d’honneur » rédigé en 1945 :
Caporal –Chef Ahmed Zahar François,

Répondant à l’appel de la France en péril de mort, vous avez rallié les Forces françaises libres.

Vous avez été de l’équipe volontaire des bons Compagnons qui ont maintenu notre pays dans la guerre et dans l’honneur.

Vous avez été de ceux qui, au premier rang, lui ont permis de remporter la Victoire !

Au moment où le but est atteint, je tiens à vous remercier amicalement, simplement, au nom de la France !
1er septembre 1945
C. de Gaulle
Quel bel hommage ! Comment mieux dire ?

Je ne peux malheureusement pas m’attarder car je dois partir pour l’aéroport accueillir Madame Annick Girardin, Secrétaire d’Etat au développement et à la francophonie au ministère des Affaires étrangères. C’est une visite importante : elle intervient dans le cadre du mois de la francophonie qui se poursuit avec une intensité particulière cette année ; de plus, Madame Girardin est responsable du développement et donc des projets que nous accompagnons dans tout le Liban, notamment au service de l’éducation.

À peine l’avion posé, départ pour le Conservatoire national des arts et métiers du Liban (CNAM). Madame Girardin y retrouve le ministre de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur Elias Bou Saab. Le CNAM est un établissement public qui a permis à de nombreux Libanais et Libanaises de faire des études et de trouver un emploi quelles que soient leurs ressources financières. Les témoignages de plusieurs anciens de l’école sont très émouvants. Le service public a du bon ! Nous confirmons à cette occasion l’engagement de l’Agence française de développement (AFD) pour le financement de nouveaux bâtiments pour le CNAM, permettant d’accueillir à terme plus de 6000 étudiants.

La soirée se poursuit à l’Institut français de Beyrouth pour plusieurs événements.

Le premier est la présentation de la Ideas Box, bibliothèque numérique transportable destinée notamment à des camps de réfugiés. C’est un projet imaginé par l’ONG Bibliothèques sans frontières qui a déjà été testé avec succès en Afrique.

Le second marque la clôture officielle du mois de la francophonie, dans la salle Montaigne, en présence du ministre de la culture, Rony Araygi. Très beau spectacle présenté par Serge Bromberg, qui accompagne au piano la présentation d’une sélection de raretés et chefs d’oeuvre du cinéma muet. Beaucoup d’émotion, de poésie, et aussi ce sentiment de la modernité des pionniers du cinéma.

Jeudi 19 mars

Journée de cinéma encore, après l’inauguration officielle, la veille, de la salle de cinéma Montaigne à l’Institut français en présence du réalisateur Régis Wargnier et de la Présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée, Frédérique Bredin.

La salle Montaigne présentera désormais un riche programme de cinéma , articulé autour de sorties récentes (c’était le cas lors de l’inauguration avec Le temps des aveux de Régis Wargnier, récemment sorti en France et qui sera prochainement dans les salles au Liban), des classiques du cinéma français et aussi un programme dirigé plus vers la jeunesse. Cette programmation viendra appuyer la politique de promotion du cinéma français dans les salles commerciales au Liban.

Toutes ces questions sont au cœur de l’entretien que le ministre de la culture Rony Araygi a dans l’après-midi avec Frédérique Bredin. La question de l’aide que la France peut apporter au cinéma libanais en plein essor est également à l’ordre du jour, sachant que les réalisateurs libanais reçoivent déjà un appui conséquent. Mais on peut toujours faire mieux !

Mais le 19 mars, c’est aussi la journée de la gastronomie française Goût de France / Good France .

Cette journée a été voulue par Laurent Fabius pour mettre la gastronomie au service de la diplomatie. Plus de 1300 restaurants participent donc à travers le monde à cette journée internationale mettant en avant la qualité de la cuisine française. Au Liban, sept restaurants participent à l’opération, en plus du dîner organisé à la Résidence des Pins pour cette occasion. C’est un franc succès ! Après un excellent dîner à la résidence, je rends visite à quatre des restaurants ayant participé à l’opération. Les clients étaient au rendez-vous pour célébrer la cuisine française. Au Liban peut-être plus qu’ailleurs, la cuisine est un trait d’union, un des moyens d’expression de l’amitié franco-libanaise, du fait de la présence à Paris de nombreux restaurants libanais de grande qualité mais aussi de l’excellence de nombreux chefs libanais formés en France qui portent haut les couleurs de notre gastronomie à Beyrouth. La soirée a été suivie de près par les médias libanais, et tout particulièrement Future TV, avec son programme francophone Code 24.

Dernière modification : 04/05/2015

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