Journal de l’Ambassadeur. Mercredi 11 février.

Journal du Liban
Mercredi 11 février
Ça y est la tempête est arrivée… Et elle a fait des dégâts. La mer démontée était impressionnante tout au long de la route qui nous a conduits ce mercredi matin à Naqoura, au quartier général de la FINUL.

PNG
Le fort de la mer à Saïda

Il s’agit de témoigner de notre soutien à la force internationale chargée d’assurer la paix et la sécurité le long de la ligne bleue. Rappel important après les récents incidents.
La France est engagée depuis le début, en 1978, dans la FINUL. Elle a confirmé cet engagement à l’issue de la guerre de l’été 2006 lors de l’adoption de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous sommes attachés au respect de cette résolution comme nous sommes attachés à la souveraineté libanaise. Notre engagement se traduit par la présence d’un contingent important avec la FCR (Force commander reserve) au service du commandant de la FINUL. Bref, il est naturel de venir témoigner auprès du Général Portolano notre solidarité, notre soutien et notre engagement vis-à-vis de la force qu’il commande.

PNG
Avec le Général Portolano

Échanges fort intéressants avec lui, avec le chef d’état-major de la FINUL, notre compatriote le Général Hauteclocque-Raisz, et le colonel Aumonnier, commandant du contingent français de la FINUL. Je relève la très grande qualité des officiers encadrant la force onusienne. Du côté français, le niveau est toujours élevé et la qualité des hommes très grande.
Il n’en reste pas moins que la situation est aujourd’hui extrêmement volatile dans cette zone et que la tension est montée d’un cran depuis les incidents du 18 et du 28 janvier, respectivement sur le Golan et le long de la ligne bleue. Le problème est que, quelles que soient au fond les intentions de chaque côté, on peut se trouver pris dans un engrenage qu’on ne maîtrise pas. C’est là le danger. Contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit, nous ne complotons contre personne, sinon pour la stabilité du Liban. Notre politique n’est dirigée contre personne. Elle se veut au profit du Liban et de sa stabilité. La FINUL a certes une responsabilité importante, mais il ne faut pas oublier qu’elle n’est pas une force d’imposition de la paix et que les parties en présence ont aujourd’hui une responsabilité essentielle dans le maintien de la stabilité et du calme sur la ligne bleue.
Rapide déjeuner, sympathique, dans le mess des officiers français, appelé « les Champs Élysées ». Vue assez spectaculaire sur la mer déchaînée.

PNG
La mer déchaînée à Naqoura

Départ pour le lycée franco-libanais de Habbouche-Nabatieh. 720 élèves sont scolarisés dans cet établissement de la Mission laïque française, vaste et accueillant, dirigé par un proviseur et une équipe pédagogique et administrative enthousiastes et compétents. Visite des lieux, présentation des importants projets de rénovation et de développement au service de l’éducation et des enfants dans tous les domaines : bibliothèque-médiathèque en pleine expansion, activités sportives et culturelles (la chorale notamment, voir plus bas). L’engagement de tous, y compris les parents d’élèves dont je rencontre les représentants, fait plaisir à voir.

PNG
L’équipe du lycée franco-libanais de Habbouche-Nabatieh

Nous avons aussi un institut français à Nabatieh, que j’avais visité il y a quelques mois et qui est très dynamique. Nous entendons être présents partout au Liban aux côtés des Libanais dans leur diversité, au service de l’éducation et de la culture en particulier.
Au moment de terminer notre visite du lycée, nous arrivons à la salle où travaille la chorale nouvellement formée, qui nous chante une très belle chanson, toute neuve : c’est seulement la deuxième séance de la jeune (à tous les points de vue !) chorale. Vive la musique ! Longue vie au lycée de Habbouche-Nabatieh !

PNG
La chorale du lycée en action

Retour à Beyrouth sous la pluie toujours battante, mais journée ensoleillée pour nous tout de même grâce à toutes ces personnes engagées rencontrées.
A plus tard !

Plus tard, toujours à Beyrouth (mardi 10 février 2015)

Où est passée la tempête ? Peut-être est-ce une métaphore pour décrire la vie politique au Liban ?
Tous les jours, la tempête est annoncée, tous les jours son arrivée est repoussée. Tous les maux qu’elle devrait apporter sont donc comme exorcisés, en tous cas éloignés.

C’est un peu le langage que l’on entend sur la situation politique : malgré la panne institutionnelle, les dysfonctionnements du gouvernement, les problèmes sécuritaires, l’afflux de réfugiés, la situation économique et sociale, le pays s’en sort, la situation est sous contrôle. Pas la peine donc de se soucier d’apporter des solutions, durables ou non, aux problèmes du pays.

Pas la peine en particulier de faire trop d’efforts pour élire enfin un président, car cela nécessiterait des concessions, des compromis, des accords dont on ne veut pas payer le prix. Et on a un bon alibi, puisque le pays paraît s’en sortir, au bout du compte, malgré le vide présidentiel.

Évidemment, cette situation n’est pas satisfaisante, d’où notre message : le pays ne doit pas s’accoutumer à cette situation institutionnelle anormale.

Nous sommes certes, au moins en apparence, dans un paradoxe : il faut absolument un président au pays, c’est notre conviction, mais il faut aussi prendre des décisions immédiates, sans attendre un improbable déblocage de l’impasse. Nous sommes donc en même temps soucieux que le gouvernement puisse adopter des mesures importantes voire vitales pour le pays, comme il l’a fait pour la sécurité de Tripoli ou pour la prison de Roumieh.

Quoi qu’il en soit, la tempête (météorologique) arrivera peut-être. Pour ce qui est d’une éventuelle tempête politique, je ne me prononcerai pas ! Personne ne la souhaite ! Mais il est certain que le Liban a des moyens de préserver le pays des menaces qui s’accumulent, en unissant ses forces autour de quelques principes simples : le vivre ensemble n’est-il pas une caractéristique dont s’enorgueillissent tous les Libanais ?

Les Libanais ont les ressources pour se rassembler. Nous ne cesserons de les y exhorter. N’est-ce pas le devoir des amis ?

À plus tard !

PP

Journal du Liban

Lundi 9 février

Les rues sont vides ce matin. Deux raisons à cela sans doute : c’est la Saint-Maron et puis aussi, on attend la tempête, qui n’est toujours pas arrivée.
En présence des responsables institutionnels et politiques libanais, j ’assiste avec le corps diplomatique à la messe célébrée à l’église Saint Maron de Gemmayzé, à deux pas de la place des martyrs. Rassemblement à la fois officiel et chaleureux dont chacun ressent le besoin au-delà des convictions et des croyances. Le rassemblement est plus que jamais nécessaire au Liban. Belle homélie de l’archevêque maronite de Beyrouth Mgr Paul Matar qui déplore l’incapacité dans laquelle le pays se trouve, depuis plus de huit mois, d’élire un président, cette célébration se tenant, traditionnellement, en présence du chef de l’Etat.

Retour sur la semaine passée. Précisément centrée sur la question de la présidentielle, la visite de Jean-François Girault a fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup de spéculations, beaucoup d’espoir, beaucoup d’imagination aussi, la presse se montrant parfois très créative. Les choses sont en fait très simples. Peut-être trop ?
L’émissaire français n’est pas venu apporter une solution, tout le monde le sait. Il n’y avait donc pas attendre de miracle ou de solution toute faite. Ce sont les Libanais qui sont responsables de leur propre destin. A tous, nous répétons sans relâche : vous avez des clés que vous n’utilisez pas. La France cherche à faciliter une entente entre les Libanais, non pas à se substituer à eux. Jean-François Girault est venu apporter ce message simple de la France, le même message que je passe sans relâche à travers les médias et dans tous mes entretiens avec les Libanais.

Au service de cette vision, un dialogue sans exclusive avec tous les acteurs du jeu politique libanais. Et à tous, toujours le même message : ne vous accoutumez pas à la vacance présidentielle ; vous avez les moyens de vous entendre, comme vous l’avez fait il y a maintenant près d’un an en formant un gouvernement d’entente. Ce que nous souhaitons avant tout, c’est que le Liban puisse être maintenu le plus possible à l’écart des conflits régionaux. Il ne peut bien sûr en être isolé complètement, mais à tous, au Liban, dans la région et sur la scène internationale, nous disons : même si nous divergeons sur plusieurs dossiers régionaux, nous pouvons nous entendre sur le Liban.

Autre retour sur la semaine passée : le cinéma et la culture. Nous sommes présents aux côtés de nos amis libanais sur le plan politique mais aussi sur d’autres terrains, à commencer par la culture : la semaine passée a vu se clore une très belle rétrospective François Truffaut au cinéma Metropolis Sofil, l’un de nos partenaires fidèles dans le domaine du cinéma, qui a attiré un large public. En même temps, on peut voir, en de nombreux endroits de la ville de Beyrouth, des expositions de photographies de grands noms de la photographie de tous les pays de la Méditerranée, sous la rubrique Photomed : une façon d’unifier Beyrouth par la photo et la culture !

A plus tard,

PP

Dernière modification : 12/02/2015

Haut de page