Interview à An Nahar - 11 mars 2010

L’Ambassadeur de France au Liban Denis Pietton sort du silence où il s’était enfermé après la disparition douloureuse et tragique de son épouse Marla Sanchez Pietton dans la catastrophe du crash de l’avion de la compagnie éthiopienne, lundi 25 janvier, quelques minutes après son décollage de l’aéroport de Beyrouth à destination d’Addis-Abeba. Mais il ne quitte pas le Liban : il a décidé de rester à son poste, qu’il occupe depuis seulement quelques mois, rassuré par la « chaleur humaine » dont les Libanais l’ont entouré. Il n’a donc pas demandé à l’administration de son pays de le muter, et elle ne le lui a pas proposé non plus.

Il sort de son silence, mais son chagrin transparaît aussi bien dans ses yeux et sur son visage que dans ses mots lorsqu’il évoque ce drame et parle, pour la première fois, de la longue attente et des moments difficiles qu’il a vécus ces dernières semaines. « J’ai décidé de rester », affirme-t-il à An Nahar. Il ne nourrit aucune rancœur à l’égard d’un pays qui l’a accueilli, il y a quelques mois, avec son épouse, et où il reste seul désormais pour poursuivre sa mission diplomatique. Beaucoup n’auraient peut-être pas pu le supporter, mais « quitter le Liban n’est pas une solution au niveau personnel, car le drame, on le transporte toujours avec soi. Et ce n’est pas non plus une solution au niveau professionnel et humain. Je souhaite donc rester ». Toutefois, il aimerait que les responsabilités soient déterminées, car c’est très important, selon lui, pour que « cela ne se reproduise pas ». En tout cas, il ne relève aucune responsabilité du Liban, d’une manière ou d’une autre, dans ce drame.

« C’est un drame personnel, un drame familial. Je ne dis pas que ce n’était pas un drame pour tout le Liban et pour d’autres encore, parce qu’il y avait des Libanais et des non Libanais. Mais ça l’était car c’est aussi une question très personnelle. Comment j’ai vécu cela ? Bien évidemment comme une tragédie, parce que c’est toute une perspective de vie qui s’effondre. Mais c’est vrai que j’ai été extraordinairement entouré par la famille et les amis. On dit souvent que dans la vie diplomatique, on a des difficultés à garder le contact avec les amis qu’on se fait. Mais ce n’est pas vrai, parce que j’ai des amis qui sont venus, que j’avais connu quand j’étais à Jérusalem, d’autres qui sont venus d’Afrique du Sud. Ils étaient là, ainsi que des amis qui sont en poste dans la région. Et c’était très réconfortant. J’ai été entouré de beaucoup de sympathie, de sollicitude, aussi bien par des officiels que par des gens que j’avais pu croiser et même des gens qui ne me connaissaient pas. C’est un gage d’amitié, de sympathie. C’est très important et ça aide à passer les premiers moments. Et puis il y a un travail remarquable qui a été réalisé, beaucoup de dévouement de l’armée, des plongeurs, des personnels de santé, qui ont des tâches vraiment très pénibles, très difficiles, au moment où on a récupéré les corps. Et pour moi, c’est l’occasion de les remercier tous ».

Q : Accepte-t-on mieux le drame avec le temps ? Ou garde-t-on le même état d’esprit qu’au début ?

R : Maintenant, je suis dans l’état d’esprit où j’aimerais comprendre, et j’aimerais que les responsabilités soient situées, pour savoir s’il y a eu négligence, ou incompétence, de la compagnie aérienne par exemple. Et là, je ne m’exprime pas en tant qu’Ambassadeur de France. Je m’exprime en tant que famille de la victime. Je voudrais que les responsabilités soient établies pour comprendre pourquoi la mort nous approche. On veut que ce genre de négligence ou d’incompétence ne se reproduise pas, même si c’est un vœu pieux. C’est important pour moi aujourd’hui.

Q : Avez-vous l’intention de quitter le Liban, ou supportez-vous d’y rester après tout ce qui s’est passé ? D’aucuns pensent que cela pourrait vous être très difficile.

R : Je crois que le drame, on le transporte toujours avec soi. Dans notre métier de diplomate, des gens essaient de résoudre des difficultés personnelles, ou des difficultés conjugales par exemple, en s’expatriant. Mais, en fait, on emmène le problème avec soi. Et donc je pense que partir pour moi n’est pas une solution, au plan personnel, ni au plan professionnel et humain. La mission d’Ambassadeur ici est exaltante, et il y a beaucoup de chaleur humaine. C’est une chaleur humaine qu’on ne trouve pas forcément partout. C’est pour cela que je poursuis ma mission auprès des Libanais. J’ai envie de rester au Liban.

En réponse à la question de savoir s’il avait demandé, ou s’il lui avait été demandé, de partir, il répond par la négative : il n’a pas demandé au Quai d’Orsay de le muter, et le Ministère ne le lui a pas proposé non plus.

Q : Pour vous, le Liban est-il responsable d’une manière ou d’une autre de votre perte ?

R : Il y a des gens qui m’ont posé la question, des Libanais qui m’ont dit : « est-ce que tu n’en veux pas au Liban -pas aux Libanais, mais au Liban ? » Non, pas du tout. Je sais que le maximum a été fait pour récupérer les corps, que des gens ont pris des risques incroyables, que les plongeurs ont pris des risques énormes. A mon avis, on est passé à deux doigts d’accidents très graves. Le personnel médical a été admirable aussi. J’étais à l’hôpital, pour me recueillir auprès du corps de ma femme, et les gens ont été très très bons. Ce n’est pas du tout dans mon état d’esprit d’avoir de l’animosité contre le Liban. Au contraire, plutôt de la reconnaissance. Ce n’est pas un langage diplomatique, c’est vraiment ce que je pense. Le Liban n’est pas en cause. Cela aurait pu se produire ailleurs. C’est vrai que pour moi, tant qu’on n’a pas retrouvé le corps de ma femme, il était si important de poursuivre les recherches. C’est ce qui a été fait. Malheureusement, on n’a pas retrouvé toutes les victimes. Il était impossible pour moi de regarder la mer. Maintenant, j’ai pu récupérer son corps. J’ai pu conduire son corps dans son lieu de naissance à Miami aux États-Unis, et donc on est rentré dans une certaine normalité de ce qui se passe dans ces cas-là. Disons que le deuil peut être fait. Alors que tant que le corps n’est pas retrouvé, c’est très difficile. C’est pour cela que je m’associe vraiment de tout cœur avec les amis dont on n’a pas retrouvé le corps de leur proche. C’est une épreuve qui s’ajoute à l’épreuve.

Q : Est-ce que vous pouvez parler maintenant des premiers moments qui ont suivi le drame ?

R : Je vais vous dire franchement que ce n’est pas forcément la période la plus difficile. Parce qu’au début, on est tellement entouré, et on se dit que peut-être le corps ne sera jamais récupéré. N’importe quoi a été écrit sur le sujet. On a dit que l’avion était à 1300m de profondeur, et ce n’était pas vrai. Il y a un moment, je me suis dit qu’on ne retrouverait jamais son corps, et donc j’avais commencé à m’habituer à cette idée. Mais c’est après que la période est la plus difficile, quand vous faites face à l’absence. Il y a des moments plus difficiles qu’au début, parce que nous sommes confrontés à la solitude et les gens autour de nous se dispersent même s’ils sont toujours là.

Q : Est-ce que, en tant que diplomate, vous avez reçu un rapport sur ce qui s’est passé ou les conclusions de l’enquête ?

R : Non, mais j’espère l’avoir. Au sujet de l’enquête, vous savez qu’une boîte noire a été envoyée en France, et on a des résultats préliminaires, mais ce n’est pas à moi de les évoquer. Les résultats appartiennent d’abord au gouvernement libanais parce que le drame s’est produit dans les eaux territoriales libanaises. Par contre, il faut que les responsabilités soient établies. Ce n’est pas une question d’argent ou d’indemnisation, c’est une question d’établissement des responsabilités. Il s’agit clairement de déterminer où sont les responsabilités et qui en l’occurrence n’a pas fait son travail comme il aurait dû le faire. Je veux dire que j’ai un peu changé d’état d’esprit. Pendant tout un temps, cela m’importait peu finalement, parce que ma femme est morte, et ce n’est pas cela qui allait me la rendre. Maintenant, oui, mon état d’esprit a changé. Il y a des moments où c’est plus dur qu’au début. Et puis il y a un moment où on veut comprendre. La compréhension n’était pas ma priorité avant. Et je ne vous cache pas qu’au début, j’étais peut-être la personne la moins informée de l’Ambassade parce que je ne voulais pas savoir les détails des recherches. C’était trop douloureux. Tant de choses ont été écrites, et il est apparu qu’elles n’étaient pas vraies. Et là il y a quand même un problème. C’est courant dans cette situation, j’imagine, mais il y a quand même un problème de responsabilité.

L’Ambassadeur Pietton, qui a passé quinze jours entre Paris et les États-Unis, a repris le travail « qui aide beaucoup bien sûr » : « J’ai la chance de faire un travail extraordinaire, celui de diplomate. On en paie parfois le prix. Mais en même temps, c’est d’une telle variété, d’un tel intérêt, surtout dans ma situation personnelle. C’est une chance. Cela vous aide à affronter le malheur ».

Il a donc facilement replongé dans les réalités libanaises, en accompagnant les deux parlementaires français Élisabeth Guigou et Jean-Jacques Guillet dans leurs rencontres avec les responsables libanais. Et il se félicite des débuts du gouvernement. « Beaucoup de gens ont émis des doutes sur la capacité du gouvernement à bouger, à prendre des initiatives et des décisions. Je crois que ce fut une grande satisfaction pour tout le monde de voir que le gouvernement a pris des décisions, après un débat par exemple sur la loi électorale relative aux municipales. Le pays attend cette échéance et je ne sais pas ce qui va advenir. Mais toujours est-il que le gouvernement a pris une décision et qu’on va normalement vers des élections municipales. Je pense que c’est une bonne chose. Il en est de même pour les nominations. On sait très bien qu’au Liban, c’est un sujet très compliqué, qu’on est au début d’un processus. Il n’empêche que ce processus a été entamé. Il a été entamé, je dirais, pour un observateur étranger au Liban mais qui a de la sympathie pour ce pays, par le bon bout. Notamment par des nominations dans le domaine de la magistrature ».

Donc c’est un bon départ, selon l’Ambassadeur Pietton, d’autant plus que le Premier Ministre s’attelle au budget, sans oublier les réformes, même si « pour l’instant, nous manquons encore un peu de précisions, mais nous savons que la volonté politique est là. Et M. Hariri, quand il était à Paris au mois de janvier, l’a encore rappelé. Dans ce domaine, nous soutiendrons le Liban. Nous avons renouvelé notre accord de financement dans le cadre de Paris-3 lorsque Mme Lagarde était au Liban. Et nous avons dit très clairement que l’accord reste ce qu’il est, et qu’il n’est pas question de le modifier. Mais nous avons conscience qu’il y a un nouveau gouvernement, et des circonstances qui peuvent être nouvelles, et nous sommes prêts à faire preuve d’une certaine flexibilité pour traduire cet accord dans les faits. Donc je pense qu’il y a des signaux positifs. Et maintenant, le dialogue national commence. Dialogue que la France soutient depuis 2006. Le Président de la République a pris l’initiative de convoquer ce dialogue. Le sujet de la stratégie de défense nationale est un sujet difficile et on sait bien pourquoi. Simplement, il vaut toujours mieux se parler. Il est vrai que le Parlement fonctionne. Il y a des commissions parlementaires, un gouvernement d’union nationale. Mais avoir un forum où les principaux leaders du pays peuvent se réunir est une bonne chose. Les attentes, peut-être, ne doivent pas être excessives. Mais ne comptez pas sur nous pour dire que c’est une mauvaise chose que de se rencontrer et dialoguer.

Q : Pourquoi les attentes ne doivent-elles pas être excessives à votre avis ?

R : Parce qu’on sait très bien que la mise en œuvre de la 1701 et la question des armes du Hezbollah ne sont pas des questions simples pour le Liban et qui vont être résolues rapidement. Je pense que ce qui est important, en l’occurrence, c’est de garder le cap. C’est de vouloir à terme que l’usage de la force revienne à l’Etat tout seul. Maintenant, il faut tenir compte de la réalité, préserver la stabilité du Liban et faire en sorte qu’il n’y ait pas de dangereux clivages dans le pays. Donc, en fait, c’est faire preuve de responsabilité que de garder l’objectif et d’approcher cet objectif avec réalité.

Q : Pensez-vous que la table de dialogue est pour la forme uniquement afin de répondre aux revendications de l’Occident par exemple, ou est-ce plus sérieux ?

R : Je crois que rien n’est pour la forme. Et qu’au bout d’un moment, la forme a un impact sur le fond. Vous avez par exemple ce débat sur la déconfessionnalisation. Il y a un point sur lequel les Libanais se retrouvent, c’est que les accords de Taëf sont une référence qui est immuable. Peut-être qu’il faudrait revenir dessus. Mais personne ne le fait. Et il y a la fin du confessionnalisme. Chacun sait que ce qui fait l’essence du Liban, c’est la coexistence de toutes ses communautés, mais qu’en même temps, si on veut ériger un pays moderne, et réformer l’État libanais, il faut aussi de plus en plus savoir faire appel aux compétences, et donc ne pas être prisonnier exclusivement de ce qui peut devenir une sorte de carcan. Mais en même temps, il faut prendre le temps. C’est comme la question des armes. La priorité de ce pays est la préservation et le renforcement de l’unité nationale. Le Liban a payé chèrement la paix et la fin du conflit. C’est un acquis énorme qu’il faut préserver. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire de réformes, mais il faut toujours avoir en tête que les équilibres sont parfois fragiles.

Q : Parallèlement à la préservation de la stabilité interne, craignez-vous l’impact des menaces israéliennes sur cette stabilité ?

R : Il existe une inquiétude du côté libanais quant à l’influence des facteurs régionaux sur la réalité libanaise. Je ne vois pas de raisons objectives pour un conflit. La situation dans le sud du pays reste relativement calme et maîtrisée. Je ne crois pas que c’est l’intention de personne de provoquer un conflit avec Israël. Donc je crois qu’il faut toujours se méfier des appréciations qu’on peut avoir de l’extérieur. J’ai un ami qui m’a dit : « il y a des bruits de bottes », quand j’étais en France. Quand je suis arrivé ici, je n’ai pas trouvé qu’il y avait des bruits de bottes. Je trouve même qu’il y a, non pas une absence d’inquiétude, parce qu’on sait très bien que le Liban est très exposé, mais qu’il n’y a pas d’inquiétude très forte. On est dans une région extraordinairement volatile. C’est vrai qu’il y a des éléments qui échappent totalement au Liban -ce qui va advenir du dossier nucléaire iranien par exemple. Mais je ne vois pas de raisons d’avoir une inquiétude particulière. Par contre, je pense qu’il faut se méfier des menaces ou des déclarations à tort et à travers sur les théories du conflit, parce que cela crée une perception et un certain climat, et on ne sait jamais sur quoi pourrait déboucher ce climat. Je crois que tous les pays de la région doivent faire preuve de retenue et de responsabilité, et ne pas faire de déclarations qui créent un climat anxiogène, lequel peut déboucher parfois sur des incidents.

Q : Damas a été le théâtre d’un sommet syro-iranien auquel était présent le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah. Certains y ont vu un message adressé en partie au Président français Nicolas Sarkozy, qui a œuvré pour sortir la Syrie de son isolement afin d’éloigner Damas de Téhéran. Quelle lecture en faites-vous ?

R : Il y a toujours beaucoup d’interprétations possibles. Vous parlez d’un message adressé à la France, au Président Sarkozy. Moi je ne l’ai pas senti comme cela. Il y a d’autres qui ont fait le lien entre ce sommet et les déclarations de Mme Clinton à propos de la Syrie. Je crois que cela participe - surtout la photo qui a été prise - d’une espèce de climat dans la région qui précisément ne devrait pas exister. Car il contribue à alimenter les inquiétudes quant à une guerre, qui, à mon avis, encore une fois, n’ont pas lieu d’être.

Q : Mais ne s’agit-il pas d’un défi lancé aux objectifs de votre action auprès de Damas ?

R : Je crois que les relations entre Damas et Téhéran ont un caractère stratégique pour les deux pays. Et je ne sais pas s’il est du pouvoir de n’importe quel pays de modifier cette relation stratégique. Ce qu’on veut, c’est que les dirigeants syriens, comme les dirigeants iraniens, aient conscience de leurs responsabilités régionales. La France est prête à tout faire pour que la sécurité et la paix restent dans la région. Elle attache beaucoup d’importance par exemple au conflit israélo-palestinien. Pour nous, c’est vraiment la priorité des priorités, et je crois que c’est la priorité aussi des dirigeants libanais, qui insistent beaucoup sur ce sujet-là.

Q : Êtes-vous optimiste au sujet des négociations indirectes dont on a entendu parler dernièrement ?

R : La France et l’Union européenne ont salué la reprise des pourparlers. Ce n’est pas la panacée, mais c’est mieux que rien. On n’a cessé de hâter une reprise du dialogue entre Israéliens et Palestiniens pour pouvoir bâtir quelque chose qui nous conduit vers un règlement final. On a en même temps conscience que cela a été difficile pour les Palestiniens, et difficile pour la Ligue arabe, qui est assez sceptique mais qui, néanmoins, a eu le courage de donner une chance à la paix, même si cette chance est limitée dans le temps à quatre mois. C’est quand même un signal très fort qui est donné par le monde arabe, tout à fait dans le prolongement d’ailleurs de l’initiative arabe de paix de Beyrouth. Dans la même perspective, il faut espérer que ces discussions indirectes aboutiront à de vraies négociations, et qu’assez vite -la France insiste beaucoup là-dessus- il y ait une réconciliation palestinienne, qui est indispensable pour progresser, parce que la France ne voudrait pas voir une solution donner trois Etats -Israël, Hamas et Gaza- et puis surtout qu’assez vite on aborde -c’est une demande légitime des Palestiniens- les références du processus de paix pour que les négociateurs puissent savoir où ils vont. Nous considérons ces développements positifs en espérant que cela débouchera sur quelque chose de sérieux.

Q : Avez-vous des informations sur une nouvelle approche américaine, ou s’agit-il, sans plus, d’une tentative de gagner du temps ?

R : Je pense que les Américains sont tout à fait capables d’esprit d’adaptation. Pendant longtemps, on a vu que les efforts de M. Mitchell, que la France a soutenus, n’aboutissaient pas. Maintenant, je dirais que tout le monde est mis au pied du mur. Les Israéliens, les Palestiniens, mais aussi les Américains. Donc c’est un peu le moment de vérité. On verra. Mais on souhaite que les États-Unis réussissent dans ces pourparlers. Cela suppose aussi que le climat autour de ces discussions soit positif. Et que toutes les parties s’engagent à s’abstenir de toute escalade et de toute provocation. Nous avons beaucoup regretté la décision israélienne d’inscrire au patrimoine national d’Israël le Caveau des Patriarches à Hébron et la Tombe de Rachel à Bethléem. C’est malencontreux. De même, nous continuons d’insister pour qu’il y ait un véritable gel de la colonisation. Nous considérons que le gel partiel est un pas en avant. Et nous avons toujours souhaité un gel de la colonisation. Nous espérons que l’engagement du premier ministre israélien dans ce sens soit respecté, car c’est important.

Q : L’Europe n’est-elle pas, comme les autres, au pied du mur ? Pensez-vous que les négociations pourraient reprendre sur le volet syro-israélien en même temps ?

R : Nous souhaitons que le rôle de l’Europe soit plus fort et plus actif. Mais je crois que la France s’est exprimée assez fortement par exemple en décembre dernier lors du Conseil européen. M. Sarkozy a récemment reçu Abou Mazen à Paris. Il a à nouveau parlé de ce qu’il considère comme indispensable : que l’État palestinien soit viable. Je crois que l’Europe a beaucoup aidé et continue d’aider à donner une sorte de cadre normatif, si je puis dire, aux négociations. Ce n’est pas la peine de remonter à la déclaration de Venise, à la déclaration de Berlin ou aux autres déclarations. Mais l’Europe a aidé, et chacun a conscience que l’Europe a besoin de s’appuyer d’abord sur la volonté israélienne et palestinienne. Elle a besoin de travailler en étroite consultation avec les États-Unis et avec les pays importants, comme Égypte, qui a un rôle particulier à jouer sur la réconciliation inter-palestinienne et que nous soutenons tout à fait. S’agissant du volet syrien, la France a manifesté sa disponibilité. Elle est en contact avec les Syriens. Elle est en contact également avec la Turquie. Encore une fois, nous sommes disponibles pour faire avancer ce volet sachant que, pour nous, toutes les données sont étroitement liées, c’est-à-dire le Liban, la Syrie et le volet palestinien.

Q : Est-ce que vous pensez qu’il y aura du changement au niveau du contingent français de la FINUL ? La France renoncera-t-elle à ses demandes faites à la Syrie en ce qui concerne le Liban, compte tenu des négociations bilatérales libano-syriennes après la dernière visite du président Hariri à Damas ?

R : Non, il n’a jamais été question de changement. Nous maintenons notre effectif à son niveau. C’est-à-dire que nous avons la deuxième contribution en tant que troupes. Nous gardons le même poste. J’ai vu qu’il y a eu des rumeurs à un certain moment. Mais je peux vous assurer que cela n’a jamais été considéré. Nous n’avons jamais envisagé de reconsidérer notre participation à la force internationale. Concernant la visite de M. Hariri à Damas, ce fut une démarche positive. Tout le monde sait que beaucoup de questions doivent être discutées pour trouver des solutions, dans le cadre des relations bilatérales, aux frontières, aux disparus et à d’autres questions, et qu’il y a des conventions qu’il faudra mettre à jour et en œuvre. Dans notre dialogue avec la Syrie, que nous poursuivons depuis près de deux ans, nous parlons du Liban parce que, encore une fois, nous considérons qu’il n’y a pas de questions que nous ne pouvons pas évoquer avec elle, et le Liban reste au premier plan de nos préoccupations dans le cadre de l’appui à son unité, à son indépendance et au développement de l’État libanais. C’est la raison pour laquelle nous parlons périodiquement du Liban avec les Syriens, et le Premier Ministre Fillon a soulevé cette question à l’occasion de sa dernière visite.

Q : Avez-vous l’impression que les Syriens pourraient avoir une attitude positive dans ces dossiers ?

R : Nous l’espérons. Il s’agit avant tout d’une question bilatérale entre le Liban et la Syrie, et nous sommes prêts à aider si on nous le demande. Nous espérons que les présidents de la république et du Conseil des ministres maintiendront le choix qu’ils avaient fait par rapport à la Syrie, dans le cadre de relations positives et fructueuses, d’État à État, et de gouvernement à gouvernement. C’est la meilleure approche à notre avis, et tel est le message que nous transmettons à Damas, qui doit inscrire cette relation dans le cadre de relations entre deux pays voisins et amis, mais sur la base du respect mutuel de l’indépendance des deux pays.

Dernière modification : 28/06/2013

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