Interview à Al-Arabiya - 09 juillet 2010

Q : La France demande que le Conseil de sécurité se réunisse rapidement. Pouvons-nous savoir quand aura-lieu cette réunion ?

R : Effectivement nous avons considéré qu’il fallait que le Conseil de sécurité réagisse aux graves incidents survenus il y a à peu près une semaine. Le Conseil de sécurité a donc été saisi par la France. Un projet est en cours de discussion en association bien sûr avec les membres du Conseil de sécurité, dont le Liban, et je pense que, assez rapidement, en tout cas avant la fin de la semaine, un projet devrait être soumis à l’appréciation des membres du Conseil.

Q : Qu’entendez-vous par projet ? Que comptez-vous faire ? La France pourrait-elle se retirer de la FINUL ou proposer fin août qu’il y ait un nouveau rapport sur la situation au Sud Liban ?

R : L’objectif c’est de marquer notre incompréhension par rapport aux événements qui se sont passés, également marquer notre préoccupation. Notre incompréhension, parce que ce sont des événements graves, puisqu’ils ont mis en danger des soldats de la FINUL, que nous avons aussi le souci que ces événements ne dégénèrent pas ; c’est-à-dire qu’il y ait des blessés ; des personnes en tout cas, qui aient à souffrir des réactions toujours possibles évidemment dans des situations de tension de la part des soldats. Et donc nous avons estimé que ces forces internationales qui sont sur place, à la demande du Liban, avec l’accord du Conseil de sécurité, nous devions réagir par rapport à la gravité de ces événements.

Q : Écoutons ce que le député Mohammed Raad a dit sur l’incident avec la FINUL et je crois qu’il voulait exprimer également son opinion sur la question de la France dans la région.

Cela était bien sûr un avis du Hezbollah sur le sujet. C’était évidemment aussi son avis sur le ministre français de la Défense et je crois aussi sur le ministre français des AE. Pourquoi la visite du ministre français de la Défense Morin a-t-elle dérangé les Libanais, ou certains Libanais ?

R : Lorsque le ministre de la Défense est venu ici et peu de temps avant, il avait été précédé par le Chef d’État Major, nous avions déjà marqué notre préoccupation par rapport à la situation dans le Sud. Notamment nous avions estimé qu’il était utile que les forces libanaises, les forces armées libanaises soient plus présentes dans le Sud. Je vous rappelle que la résolution 1701 qui a été négociée, approuvée par le Liban, a fixé un plafond de 15 mille hommes. Nous en sommes très loin. Nous sommes à peu près à 3500 hommes de l’armée libanaise au Sud Liban. Or quel est l’objectif de la résolution 1701 ? Il est de restaurer pleinement la souveraineté de l’Etat libanais sur le territoire, c’est-à-dire que concrètement c’est la résolution 1701 qui a permis, après la guerre de 2006, à l’armée libanaise de se déployer dans le Sud-Liban. Les forces des Nations Unies sont là pour deux objectifs : tout d’abord aider ce déploiement et cela implique une coopération entre les forces armées libanaises et les forces de la FINUL et d’autre part prévenir tout acte hostile dans cette région et je crois de ce point de vue là, si on regarde les 4 dernières années, depuis 2006, l’approbation de la résolution jusqu’à aujourd’hui a été totale. Le Sud-Liban est une région calme. Bien sûr il y a eu par ci par là des incidents, ils ont été, comme disent des militaires, d’intensité limitées, ils ont été assez circonscrits. Je veux insister sur un point très particulier, nous estimons que le mandat de la 1701 doit être rempli dans sa totalité. Encore une fois ce mandat, c’est le fruit de la concertation internationale dans le cadre du Conseil de sécurité, à la demande du Liban, et je me souviens très bien, qu’en 2006, c’est le Premier Ministre de l’époque, M. Siniora, qui avait été partie prenante à la discussion. C’est-à-dire que nous aidons au renforcement de l’armée libanaise dans le Sud. Mais en même temps, nous ne sommes pas liés automatiquement par ce que l’armée libanaise est d’accord ou pas d’accord à faire. C’est-à-dire que la mission de la FINUL, elle est spécifiée, et les forces de la FINUL sont là pour l’appliquer. Nous préférons que ce soit en pleine coordination avec les autorités libanaises et l’armée libanaise mais cela ne doit pas empêcher une certaine liberté de mouvement de cette force international des Nations Unies. Et c’est un principe général des forces de maintien de la paix, c’est que elles doivent avoir une liberté de mouvement. On ne peut pas concevoir en effet une opération du maintien de la paix où les soldats seraient en pratique confinés dans leur base ou dans leur caserne. Cela n’aurait aucun sens. Il y a un mandat. Il est explicite. Il faut le mettre en œuvre. J’ai entendu M. Raad qui a parlé de certaines unités de la FINUL, le mandat il est le même pour tout le monde et je crois que tous les participants qui ont envoyé des contingents dans le cadre de la FINUL ont la même conception de ce mandat.


Q : On entend dire qu’en réalité, la résolution 1701 appelle l’État libanais à déployer 15 000 soldats au Liban-Sud. Le ministre français de la Défense est venu et a révélé la question. Quelle est l’explication de l’armée libanaise d’abord ? Le ministre libanais de la Défense a dit aujourd’hui dans une conférence de presse que la FINUL jouit d’une liberté de mouvement, mais avec l’armée.

R : D’abord, je pense qu’il faut vous dire et j’ai eu des contacts avant-hier avec le Président de la République, le Président Sleiman, j’ai vu hier le Ministre de la Défense, j’ai rencontré avec mes collègues italien et espagnol aujourd’hui le Premier Ministre. Il y a des décisions qui ont été prises par le gouvernement libanais, qui ont été annoncées dès hier par le ministre de la défense, et qui, je l’espère vont être confirmées par le Conseil des Ministres d’aujourd’hui. C’est-à-dire qu’il y aura rappel de l’engagement du Liban vis-à-vis de la 1701. Je rappelle que cet engagement du Liban, il est pour le bien du Liban. Les forces internationales, ce ne sont pas des forces d’occupation. Elles sont là parce que leur présence est souhaitée par le pays d’accueil. Donc je me réjouis qu’il y ait une présence accrue des forces de l’armée libanaise au Sud. Et nous appelons nous aussi à une plus grande coordination. Nous sommes très sensibles au fait qu’il ne faut pas que la présence internationale puisse de quelque manière que ce soit gêner les habitants du Sud Liban. Mais encore une fois, je crois que des précautions sont prises par des responsables militaires de la FINUL. Cela étant, je dois rappeler que ce sont des forces armées avec un mandat international. Qu’elles ont une mission. Que certes, elles veulent minimiser les inconvénients de leur présence pour la population civile, mais elle sont là aussi pour la population civile, elles sont là pour que la population civile puisse vivre en paix et jusqu’à présent ce mandat a été rempli.

Q : Nous allons écouter ce que le chef des Forces Libanaises Samir Geagea a dit après sa rencontre avec le patriarche Sfeir.

Samir Geagea a donc dit deux choses sur l’incident avec la FINUL. Il a dit que la raison de la tension, en particulier avec les Français, c’est les sanctions internationales contre l’Iran et le dossier du TSL. En ce qui concerne le dossier nucléaire iranien nous savons que le Président Sarkozy a joué comme un rôle le chef de file sur cette question. Les Européens ont adopté des sanctions très fermes contre l’Iran. Croyez-vous que ce soit l’une des raisons de la tension au Liban-Sud ?

R : C’est bien de faire un lien direct. Je crois que chaque dossier a aussi ses mérites propres. Il y a une préoccupation de la part de la France, et de la communauté internationale, du Conseil de sécurité qui aboutit à une nouvelle résolution de sanction par rapport au programme nucléaire iranien. Cela étant, alors que nous avons encore adopté de nouvelles sanctions, nous avons aussi toujours dit que la porte du dialogue était ouverte. Donc j’espère que ces sanctions vont permettre l’ouverture d’un dialogue. Ce ne sont pas des sanctions pour des sanctions. Ce sont des sanctions pour amener l’Iran d’abord à respecter ses engagements internationales. Donc personnellement je vous mets en garde contre la facilité qui consiste à faire des liens directs entre la situation iranienne qui a ses particularités et la situation libanaise. Maintenant, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de liens du tout. Je veux dire qu’on sait très bien, qu’il y a des partis libanais qui ont des relations avec d’autres pays. Que ces relations sont étroites. Mais je ne pense pas qu’il faille établir un lien automatique.

Q : Pour ce qui est du TSL. As Safir cite une source française qui dit que les « vents chauds » de l’échéance du TSL commencent à souffler sur toute la région et que le Liban est l’un de ses exutoires naturels. Croyez-vous que le dossier du TSL soit également l’une des raisons de cette tension au Sud ?

R : Il y a une enquête qui est en cours, qui est menée par le Procureur du Tribunal spécial pour le Liban. Cette enquête, il n’a pas encore donné ses conclusions. Il va donner ses conclusions le moment venu. On parle de l’automne. Donc je crois qu’il faut attendre ce qu’il va décider. Il faut attendre quelle personne pourra être mise en accusation. Il ne faut pas précipiter les choses. Simplement ce que je voudrais dire c’est que la France, depuis le départ a toujours soutenu d’abord l’existence de ce tribunal, ensuite son fonctionnement. Parce que nous pensons qu’il n’est pas possible pour un pays de progresser sans que la justice passe.


Q : Certains ont cru que les Français étaient mécontents parce que le président Sarkozy a demandé des rassurances de la part des Israéliens en cas de guerre au Liban-Sud, pour le contingent français spécifiquement. Pouvez-vous confirmer cette information ? Est-il vrai que les Israéliens vous-ont remis les documents, avant qu’ils ne soient publiés dans les médias, montrant qu’il y a des sites du Hezbollah à l’intérieur des quartiers habités par des civils au Sud ou à l’intérieur des villages ?

R : Je crois que vous avez cité une source française tout à l’heure en vous référant au Safir. Ce sont des sources anonymes. Vous savez quand on lit la presse libanaise avec tout le respect que j’ai pour elle, parce que c’est un pays où il y a une vraie liberté de la presse, on peut écrire aussi n’importe quoi. Donc il ne faut pas prendre au pied de la lettre ce qui s’écrit. Ce que je peux vous dire c’est que ; à ma connaissance, il n’y a aucun contact dans le sens que vous avez dit du Président Sarkozy avec les Israéliens. C’est une chose qui n’existe pas.

Q : Ma dernière question est la même que je vous ai posée au début. La France se retirera-t-elle de la FINUL ?

R : Ce n’est pas une question du tout d’actualité. Il y a un engagement très fort de la France depuis le départ pour la souveraineté et l’indépendance du Liban. Cet engagement demeure identique aujourd’hui comme hier. Simplement nous devons veiller à ce que le mandat de la résolution soit pleinement rempli, qu’il soit respecté. Que chacun fasse ce qu’il a à faire. Bien sûr ce mandat est revu périodiquement. Il va y avoir une révision de la 1701 à l’été

Q : (…) fin août ?

R : Voilà exactement. Peut être qu’il y aura quelques aménagements. Tout ce que je peux vous dire l’engagement de la France reste le même.

Q - Que voulez-vous dire par « aménagements » ? en arabe ça pourrait être « changement » dans la FINUL. Que signifie cela ?

R : Je ne sais pas. Je ne veux pas anticiper sur la discussion qui aura lieu. Vous savez il y a toujours des dispositions qui sont prises différentes sur le terrain. Je crois qu’il faut laisser le Conseil de sécurité faire son travail sur la base des rapports du Secrétaire général, c’est prématuré comme question. Mais la France, pour ce qui la concerne, a conscience qu’elle a une mission particulière à remplir par rapport au Liban.

Dernière modification : 28/06/2013

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