Inauguration du Musée Branly - Intervention préliminaire (13/06/2006)

Le musée du quai Branly : une institution nouvelle au service du dialogue des cultures et des civilisations

Merci de votre présence pour cette conférence de presse portant sur l’inauguration à Paris, le mardi 20 juin prochain par Jacques Chirac, Président de la République Française, du Musée du Quai Branly, musée des arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique.

Plus qu’un événement culturel, cette ouverture d’un nouveau musée ambitieux sur les bords de la Seine, au pied de la Tour Eiffel, marque l’aboutissement d’un long et patient travail de réhabilitation, de reconnaissance et de consécration de la place et du rôle éminents des arts premiers.

Cette manifestation aura une importante dimension diplomatique et politique au moment où les risques de choc des civilisations ou d’incompréhension entre les cultures, les replis communautaires ou les interrogations sur les effets de la mondialisation suscitent de nouveaux débats.

D’où la conférence de presse d’aujourd’hui pour vous présenter l’achèvement d’un projet cher au cœur, personnellement, du Président de la République.

Il s’agit-là du grand chantier architectural et culturel conduit par Jacques Chirac au cours de ses mandats, à l’image du Centre Beaubourg pour le Président Pompidou.

Lancé en juillet 1996 sous le haut patronage de l’UNESCO, la décision a été prise de créer une nouvelle institution muséographique et scientifique dédiée aux arts et civilisations premières. Ces arts et ces civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie, d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud sont trop souvent méconnus. Il s’agissait donc d’abord de reconnaître la place considérable qu’occupent ces civilisations et le patrimoine de leurs peuples parfois oubliés, souvent décimés par l’histoire, dans la culture actuelle de la planète.

La richesse des collections qui comptent trois cent mille œuvres rassemblées dans une réalisation architecturale totalement novatrice, permettra de faire découvrir au public ce très vaste patrimoine souvent méconnu.

Mais cela correspond aussi à un message politique : célébrer l’universalité du génie humain à travers la diversité de l’art et promouvoir un nouveau regard plus respectueux, plus ouvert au partage et au dialogue vis-à-vis de ces cultures et de ces civilisations.

Le musée, inauguré le 20 juin, exprime cette conviction profonde que l’humanité ne peut progresser que dans le respect et le dialogue. Qu’elle ne peut s’épanouir que dans la rencontre pacifique et enrichissante avec l’autre.

La création du Musée du Quai Branly s’inscrit pleinement dans la politique développée, sur le plan international, depuis 1995 par M. Jacques Chirac, Président de la République pour promouvoir le dialogue des cultures et la diversité culturelle, dans un monde où les pertes de repères sont l’un des risques majeurs de la mondialisation. Le Président de la République a ainsi appelé à ce dialogue après les attentats du 11 septembre 2001, dans une intervention, à l’UNESCO, le 15 octobre 2001 où il demande "l’égale dignité de toutes les cultures", et où il met en garde contre la menace qui pèse sur la diversité culturelle alors qu’elle est constitutive de l’identité de chacun, "inséparable des valeurs qui nous font ce que nous sommes".

Cette position, défendue dans toutes les enceintes internationales (Sommet de la Francophonie, à Beyrouth en octobre 2002, OMC, Union européenne, forums régionaux) s’est aujourd’hui traduite dans une Convention, négociée et approuvée par l’UNESCO. "La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles", approuvée le 20 octobre 2005 par plus de 150 Etats, dont le Liban, est ouverte à la ratification.

Un projet déployé sur deux sites et mis en œuvre en deux temps.

En 2000, a été ouverte l’antenne du pavillon des Sessions du Louvre. Sur 1 400 m2 aménagés par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, décorateur du Musée de Beyrouth, elle présente, dans la vérité et le dépouillement de leur force d’émotion esthétique, une sélection, choisie par le grand spécialiste Jacques Kerchache, de quelque 120 chefs-d’œuvre des arts d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. De manière hautement symbolique, ces pièces exceptionnelles voisinent avec les plus grands chefs-d’œuvre de l’art occidental conservés au musée du Louvre.

Pour mettre pleinement en valeur la richesse des collections nationales et faire mieux comprendre, dans toute leur complexité, les cultures et les civilisations qui ont produit les œuvres qui les composent, la décision de construire un nouveau musée, réunissant les collections du musée national des arts d’Afrique et d’Océanie et celles du laboratoire d’ethnologie du musée de l’Homme, soit près de 300 000 objets, a été définitivement prise lors du Conseil des ministres restreint du 29 juillet 1998.

En décembre 1998 a été créé l’Établissement public du musée du quai Branly, placé sous la tutelle du ministère de la Culture et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et nommé son président-directeur général, Stéphane Martin. Cette nouvelle institution a une double mission : conserver et valoriser ses collections ; favoriser la recherche et l’enseignement sur ces œuvres et sur les sociétés dont elles proviennent.

Pour traduire cette grande ambition du Président de la République, il fallait un projet architectural d’exception. Le Musée du Quai Branly a été conçu par le très grand architecte Jean Nouvel, retenu après un concours international d’architecture, sur un site exceptionnel, au centre de Paris, sur les rives de la Seine classées au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, à proximité immédiate de la tour Eiffel. 3 500 œuvres sont exposées dans ses galeries d’exposition permanente. Il comprend également des espaces pour les expositions temporaires, une médiathèque, un théâtre, un cinéma. Le bâtiment, d’une superficie totale de 40 000 m2, s’inscrit dans un jardin de 18 000 m2 créé par le paysagiste Gilles Clément. Je souligne que parmi les œuvres exposées, 170 sont originaires du Liban.

Le Musée du Quai Branly va donc à la fois regrouper le nouveau bâtiment édifié Quai Branly avec l’ensemble des activités qu’il abrite, des expositions permanentes et temporaires, l’enseignement et la recherche, des spectacles, des concerts, mais aussi une antenne du Pavillon des Sessions du Louvre, qui a une vocation permanente et reste naturellement ouverte même après l’inauguration du bâtiment du Quai Branly.

Mais ce musée sera au total, pour reprendre les mots du Président de la République, un témoignage emblématique de la tradition d’accueil, d’ouverture, de tolérance de la France. Une source d’inspiration et de confiance dans l’avenir pour les jeunes générations qui découvriront dans ces musées certaines des facettes les plus admirables de la création humaine.

Mais il sera enfin, et c’est là un message central, un instrument de paix qui témoigne de l’égale dignité des cultures et des hommes. Jacques Chirac, en visitant le chantier du Musée du Quai Branly en octobre 2004, disait, je le cite : "Face aux risques du fanatisme et de l’obscurantisme, de l’intolérance et du repli identitaire, contre ceux qui prônent l’affrontement, la violence, la haine, je forme le vœu que le Musée du Quai Branly porte loin le message humaniste du respect de la diversité et du dialogue des cultures. Ce message universel de paix, de confiance et d’espoir d’une France résolument ouverte sur l’avenir"./.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 17/01/2007

Haut de page