Inauguration des locaux de la Mission économique du Proche-Orient - Espace des Lettres (10/01/2006)

Messieurs les Ministres,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Merci de votre présence ce soir pour cette manifestation qui a comme objectif, comme vient de le souligner Jean-Paul Depecker, de marquer la dimension régionale qui est celle de la Mission Economique Française au Proche-Orient de Beyrouth depuis septembre dernier.

Depuis longtemps dans mes fonctions précédentes, à la Présidence de la République ou au Ministère des Affaires Etrangères, j’avais plaidé, avec d’autres, pour qu’au lendemain de la guerre civile, le chef des services économiques français pour le Proche-Orient puisse regagner Beyrouth pour l’ensemble des raisons développées par Jean-Paul Depecker. L’Ambassadeur de France au Liban que je suis désormais se réjouit vivement de pouvoir, ce soir, installer officiellement l’équipe de la Mission Economique française pour le Proche-Orient dans les locaux de l’Ambassade de France à Beyrouth. Cette décision technique bien sur, mais politique aussi, s’explique d’abord par cette relation sans égale qui lie le Liban à la France. Mais elle est bien sur un signe de confiance renouvelé de mon pays à l’égard des autorités libanaises et plus largement de la société libanaise tout entière. Confiance dans leur capacité à surmonter les épreuves qui ont jalonné les années passées ; confiance dans leur capacité à surmonter les défis du redressement politique, économique, social et financier ; confiance pour que le Liban retrouve sa place éminente sur la scène régionale ; confiance pour que le Liban joue tout son rôle de porte d’entrée naturelle de notre pays au Proche-Orient.

Pour le Liban, l’année 2005 a été cruciale. Année d’espoir avec la reconquête de son indépendance, de sa pleine souveraineté, de sa liberté au lendemain de l’élan extraordinaire du "printemps du peuple libanais". Mais année de souffrance aussi avec le terrible assassinat de l’ancien Président du Conseil des Ministres, Rafic Hariri, le 14 février et les lâches attentats qui ont émaillé cette année coûtant la vie de Samir Kassir, Georges Haoui et Gebran Tueni récemment et blessant le Ministre Elias Murr et la journaliste May Chidiac. Autant d’attentats destinés à intimider les libanais, à les faire douter de leur capacité à gérer par eux-mêmes leur destin, à trouver les réponses dans leur unité aux défis à relever, à les décourager de continuer sur le chemin ardu de cette indépendance retrouvée. Mais au cours de cette année, le Liban a fait preuve d’une résilience étonnante aux chocs. Il n’a pas plié, sa volonté de vivre, de réussir, d’être uni est restée la plus forte.

Il est à relever que malgré ce contexte politique lourd et difficile, le pays a fonctionné, travaillé, investi. La confiance ne s’est pas démentie, j’en veux pour preuve l’étonnante performance de la bourse de Beyrouth en 2005.

En ce début 2006, les incertitudes sont plus élevées que jamais. Beaucoup de scénarios sont envisageables depuis les risques d’une crise financière jusqu’au retour à une croissance forte et durable si, comme nous le souhaitons, les réformes structurelles indispensables sont décidées puis mises en œuvre avec détermination. Je sais que le gouvernement a beaucoup travaillé à cet effet. Je sais que le secteur privé les appelle de ses vœux. Je ne doute pas que l’ensemble des forces politiques libanaises, dans un souci de responsabilité collective, pensera à l’intérêt supérieur de la Nation pour aller de l’avant dans cette direction. Ensuite la communauté internationale sera aux côtés du Liban. Notre Premier Ministre, M. Dominique de Villepin, a redit dans une lettre récente au Premier Ministre, M. Fouad Siniora, le soutien de la France et de la communauté internationale au Liban et notre espoir que, dans quelques mois, puisse se tenir une conférence internationale afin que le gouvernement du Liban puisse faire connaître au monde ses projets de réformes économiques et recueillir les soutiens nécessaires.

Nous sommes prêts, Monsieur le Ministre, à apporter notre concours à cet effort de redressement mais nous sommes dans l’attente de votre programme de redressement économique et financier qui doit être de nature à enrayer la spirale dangereuse d’un endettement excessif mais surtout à accroître significativement le potentiel de croissance de cette économie qui doit créer des emplois et protéger les plus faibles.

Le potentiel de rattrapage économique de votre pays est à nos yeux considérable. Le Liban ne manque pas d’atouts et peut rattraper son retard si les bonnes politiques macro-économiques et structurelles sont mises en place. Oserais-je dire que grâce à sa position géographique, à la qualité de sa population qualifiée, souvent trilingue, entreprenante, disponible, grâce à un secteur bancaire moderne, votre pays peut servir de pont entre l’Europe et le Proche et Moyen-Orient afin d’offrir une alternative à Dubaï pour les entreprises désireuses de s’implanter dans la région ? Il s’agit-là de la stratégie suivie par nombre des entreprises françaises présentes au Liban où se trouvent de plus en plus de sièges régionaux et je salue ici quelques-uns de leurs éminents représentants.

Car le Liban et la France au sein du Proche-Orient, c’est une histoire particulière, des relations économiques fortes, le pays où notre présence est la plus significative. Avec une part de marché de 8 % nous sommes le 2ème exportateur derrière l’Italie, talonné par la Chine certes, mais avec une volonté claire de rattraper l’Italie. Notre relation dense, forte ne doit pas être considérée comme acquise. Nous devons chaque jour l’entretenir, l’enrichir, la repenser, lui imprimer de nouveaux objectifs, marquer notre ambition dans tous les domaines politique, économique, social et culturel.

Messieurs les Chefs de Mission Economique du Proche-Orient, votre réunion régionale de demain est une occasion majeure d’échanger vos expériences, de marquer vos ambitions, de comparer vos bonnes et moins bonnes pratiques avec les responsables de l’administration du Ministère de l’Economie et des Finances comme avec les dirigeants d’Ubifrance venus de France, afin de resituer votre action quotidienne dans un cadre régional plus large et dans le contexte de cette ambition politique de la France dans cette région du monde.

Je souhaite grand succès à vos travaux. Je forme le vœu que vous puissiez les uns et les autres revenir dans vos pays ou à Paris avec la conviction que dans cette région du monde, le Liban, avec l’appui de ses partenaires, a un rôle central à jouer pour contribuer à la stabilité et à la prospérité du Proche-Orient. C’est bien fort de cette ambition que je suis heureux ce soir, en votre présence à tous, et notamment les représentants du Ministère de l’Economie et des Finances venus de Paris, d’installer M. Jean-Paul Depecker dans ses fonctions éminentes de Chef des Services Economiques français pour le Proche et le Moyen-Orient au sein des locaux de notre Ambassade à Beyrouth.

Je vous remercie de votre attention./.

Dernière modification : 22/01/2007

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