Inauguration de la Place Samir Kassir (02/06/2006)

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les députés,
Chers Amis,
Très Chère Gisèle,

Chacun se souvient de ce qu’il faisait le 2 juin 2005 à 10h45. J’étais pour ma part en consultations bilatérales avec l’Ambassadeur d’Allemagne et ses collaborateurs et la force de l’explosion nous a conduits à immédiatement interrompre nos travaux. Quelques minutes après, avec tant d’autres, nous nous transportâmes sur les lieux de l’attentat, au cœur d’Achrafieh, pour nous incliner devant Samir Kassir et sa mémoire. Oui, rappelons-nous.

Il y a un an tombait à quelques centaines de mètres d’ici sous les coups de la barbarie, de l’intolérance et de la terreur, Samir Kassir, emporté par la vague d’attentats qui, depuis octobre 2004, avec notre ami Marwan Hamadé, a si durement frappé le Liban et les Libanais.

Jacques Chirac, Président de la République Française, écrivait à Gisèle Khoury le 3 juin dernier, je le cite : "Votre mari avait incarné l’esprit de liberté qui est consubstantiel au Liban lui-même. Aussi est-ce la liberté des Libanais qu’on a voulu atteindre au moment précis où ils ont reconquis le droit de choisir leur destin. La France, où Samir Kassir avait fait ses études et dont il avait la nationalité, ressent douloureusement sa disparition tragique".

Aujourd’hui, ici rassemblés pour l’inauguration de ce jardin, souvenons-nous. Inclinons-nous devant la mémoire de cette grande personnalité, ce grand Libanais qui était aussi un grand Français. Méditons et partageons. Partageons la douleur de toute une famille meurtrie. Chère Gisèle, Chère Maïssa, Chère Liana, nous admirons votre courage et votre dignité. Nous sommes et serons toujours à vos côtés, solidaires dans cette terrible épreuve.

Partageons ce sentiment immense d’injustice. Sachez combien nous aussi, nous ressentons chaque jour l’absence de Samir. Samir Kassir incarnait l’esprit de liberté chère au Liban. Il était un symbole de courage comme il en existe peu. Un homme de passion et de conviction. Un grand journaliste d’abord, qui refusait de céder à l’intimidation, à la menace, qui refusait les compromissions, qui n’a jamais renoncé à son combat, prêt à défendre envers et contre tout, les causes qu’il croyait justes.

Une grande et belle plume qui incarnait si bien l’esprit du Nahar.

Ce Nahar, fier vaisseau de la liberté montant vers le ciel de Beyrouth. Ce Nahar frappé de nouveau avec l’assassinat de Gébrane Tuéni pour le symbole qu’il représentait. Ce Nahar, cher Ghassan Tuéni, qui continue à vivre et qui incarne plus que tout autre peut-être, sous la haute direction de la grande conscience que vous êtes, la démocratie et la liberté de la presse.

Samir Kassir, aux avants postes du printemps du peuple libanais dont il avait été l’un des acteurs les plus enthousiastes, avait su participer à la mobilisation de toute une jeunesse, de tout un peuple ou presque. Ce printemps qui symbolisait pour lui comme pour beaucoup de Libanais le début d’une ère nouvelle, l’ouverture d’une page brillante de l’histoire contemporaine du Liban.

Fauché dans sa jeunesse et son combat pacifique au moment même où s’esquissait enfin son rêve pour le Liban.

Méditons son message. Samir nous laisse d’abord un message d’espoir en l’avenir, un message de confiance qu’il avait su ne jamais perdre, dans la capacité des fils de ce pays et de la jeunesse en particulier à façonner un avenir différent, à construire un avenir de liberté.

Mais Samir voulait aussi, au delà de la renaissance de son pays, celle de toute une région. Avec une volonté farouche de voir le Liban, pionnier de cette renaissance, renouer avec les grandes valeurs de sa civilisation arabe dont Samir était un si fin connaisseur, un admirateur, mais aussi avec les grands principes universels qui étaient au cœur de son œuvre et de sa vie : solidarité, liberté, démocratie.

Samir, ces idéaux dont vous croyiez à juste titre qu’ils devaient tôt ou tard s’imposer au Liban comme partout, sont en marche aujourd’hui grâce à votre combat, grâce à votre sacrifice. Ces valeurs progressent car c’est le souhait du peuple, des peuples, et c’est l’aspiration de tous les Libanais, au delà de leurs divergences internes.

Mais cet avenir commun, le Liban ne peut le construire sans vérité. C’est une exigence incontournable. Pour la famille de Samir bien sûr, pour ses amis, pour son pays et pour la France. Comme le rappelle ce matin le Ministre français des Affaires étrangères et je le cite : "ce crime, comme les autres assassinats perpétrés au Liban depuis près de deux ans, ne peut rester impuni. La France et la communauté internationale veulent que toute la vérité soit faite sur cet attentat dans le cadre des enquêtes en cours. Nous nous tenons aux côtés du gouvernement libanais dans ses efforts pour restaurer la pleine souveraineté du Liban, son intégrité et son indépendance".

Je le rappelle, la France a perdu un de ses fils avec la disparition de Samir. Elle reste mobilisée et déterminée à tout faire pour que la vérité finisse par éclater sur cet assassinat. Pour que la vérité soit faite aussi sur tous ces autres crimes barbares qui ont fauché tant de combattants de la liberté. Sachez que dans cette quête de la vérité, dans notre soutien à la commission d’enquête internationale, dans notre mobilisation pour la création, le moment venu, d’un tribunal à caractère international, la détermination de la France sera intacte et ne fléchira pas. Nous n’oublierons pas.

Mesdames et Messieurs, le combat de Samir Kassir continue plus que jamais et ses proches, autour et avec vous, Gisèle, perpétuent son œuvre de journaliste, d’écrivain, d’historien, de professeur et d’éditeur. C’est ainsi que le message le plus clair de résistance et d’espoir est et sera adressé à ceux qui ont voulu le faire taire. Je rends hommage, Gisèle, à votre engagement pour ce combat, à celui de tous les amis de Samir, qui ont su hier au Salon du Livre en français de Beyrouth, récemment au Salon du Livre de Tripoli, et partout dans le monde et notamment en France et en Europe, où les cérémonies se sont multipliées, porter le message de Samir Kassir.

Son esprit est là, toujours vivant. Son combat a produit et continuera de produire des effets.

C’est vrai, l’histoire s’écrit malheureusement dans le sang et le sang a beaucoup coulé, trop coulé au Liban. Je pense à toutes ces hautes personnalités qui ont connu des fins tragiques au service de leur pays. Chacune avait sa vision et son exigence pour la pleine indépendance du Liban. Sans pouvoir les citer toutes, je pense bien sûr d’abord à l’ancien Président du Conseil des Ministres, M. Rafic Hariri. Je pense aussi, en ce jour anniversaire de sa mort, à l’ancien Président du Conseil des Ministres, M. Rachid Karamé. Votre pays a payé un prix très cher, trop cher, dans sa lutte pour l’indépendance, mais votre marche vers cette pleine indépendance ne s’arrêtera pas.

Le Liban a désormais son destin entre ses mains et c’est bien là l’essentiel. A lui maintenant de trouver les voies de l’entente, de la paix et de la coexistence nationale. C’est son immense défi. C’est la responsabilité historique de ses dirigeants politiques, désormais engagés dans ce dialogue national qui a le soutien d’abord de tous les Libanais mais aussi du monde entier.

C’est à ces responsables politiques, sous les yeux de la population, de jouer tout leur rôle, d’assumer leurs responsabilités devant l’histoire, de répondre aux attentes de tout un peuple. Ils ne peuvent pas, ils ne doivent pas vous décevoir.

L’avènement d’un Liban pleinement libre, indépendant, souverain et prospère sera un atout majeur pour l’ensemble de ce monde arabe et méditerranéen dont votre pays est pleinement partie et avec lequel il doit naturellement entretenir des liens étroits d’amitié, de coopération et de fraternité, mais toujours bien sûr dans l’absolu respect des principes inviolables d’indépendance et de liberté.

Samir, méditons votre message, entendons votre voix. Soyez forts ensemble, tous ensemble, dans l’unité et la diversité de ce pays pour inventer votre avenir de liberté.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 17/01/2007

Haut de page