Entretien du Président de la République au "Nahar des jeunes" (12 mars 2009)

Le Président de la République, M. Nicolas Sarkozy, répond aux questions du "Nahar-Ash-Shabab", supplément hebdomadaire du quotidien libanais "An-Nahar".

Nahar des jeunes : Monsieur le Président, comment la France conçoit-elle la réconciliation nationale libanaise ? La France partage-t-elle la même approche de cette question que les Etats-Unis ?

LE PRESIDENT : La réconciliation de tous les Libanais est, pour la France, une priorité. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes engagés sans compter pour aider le Liban à retrouver le chemin de la paix.

Mais la réconciliation du Liban est avant tout la responsabilité des Libanais eux-mêmes. C’est pourquoi je me réjouis que l’ensemble des parties libanaises ait fait le choix du dialogue et de la démocratie. Tous ensembles, vous êtes en train de faire revivre le miracle libanais. Tous ensembles, vous redonnez tout leur sens aux valeurs de tolérance et de diversité, qui sont les premières richesses du Liban C’est quelque chose d’extraordinaire, et la France, comme l’ensemble de la communauté internationale, est à vos côtés pour vous y aider. C’est aussi le cas des Etats-Unis, avec qui nous partageons le même objectif : celui de garantir l’unité, la stabilité, l’indépendance et la souveraineté du Liban.

Depuis l’élection du Président Sleiman, en mai dernier, de nombreuses étapes ont été franchies sur le chemin de cette réconciliation. Très bientôt, les élections législatives marqueront une nouvelle avancée, décisive, de la reconstruction de la démocratie libanaise. C’est pourquoi il est tellement important que ces élections se déroulent en toute transparence, dans le climat de dialogue et de tolérance qui prévaut actuellement. C’est ce à quoi aspirent tous les Libanais, et je fais confiance aux parties libanaises pour y parvenir.

Nahar des jeunes : Est-il vrai que le soutien français pour le Liban revêtait auparavant un caractère personnel, et qu’il n’est désormais plus le même ?

LE PRESIDENT : Dans ma conception des relations diplomatiques, l’estime que peuvent se porter des dirigeants n’est pas une faiblesse, c’est au contraire une richesse quand elle est mise au service de l’intérêt supérieur des peuples. L’amitié qui nous unit, avec le Président Sleiman, est, j’en suis convaincu, une chance pour la relation entre nos deux pays.

Mais l’affection si particulière qui existe entre nos deux peuples va bien au-delà de ces considérations personnelles. Elle plonge ses racines dans une longue histoire partagée, dans une communauté de valeurs et dans un avenir commun que nous devons construire. Pour la France, le Liban n’est pas et ne sera jamais un pays comme un autre et je crois que la réciproque est vraie.

Nahar des jeunes : Pensez-vous que certains Etats ont intérêt à entraver les travaux du tribunal spécial pour le Liban ? La France aurait-t-elle, le cas échéant, un rôle à jouer pour les en empêcher ? Que fera la France si la Syrie ou certaines parties libanaises refusent de coopérer avec le TSL ?

LE PRESIDENT : La mise en place du Tribunal Spécial pour le Liban, le 1er mars dernier, constitue une étape décisive dans la poursuite des responsables de l’assassinat de Rafic Hariri et des autres attentats connexes. C’est un progrès immense pour la justice au Liban, et une grande victoire pour la démocratie libanaise. Comme je l’ai déjà dit à de nombreuses reprises, je souhaite que toute la lumière puisse être faite sur ces attentats et que les auteurs et commanditaires soient arrêtés et jugés. C’est une question de principe, celui du refus de l’impunité.

Depuis 4 ans, la France a apporté son plein soutien à la commission d’enquête et continuera de le faire avec le Tribunal spécial. Il s’agit d’un processus irréversible que nul ne pourra entraver. Il va de soi que la France refusera également toute politisation du Tribunal.

Nahar des jeunes : La France pourrait-elle conclure, au nom de ses intérêts légitimes au Moyen-Orient, des arrangements avec la Syrie au détriment du Liban ?

LE PRESIDENT : Que les choses soient claires : la France sera toujours aux côtés du peuple libanais pour l’aider à défendre sa liberté, sa souveraineté et son indépendance.

Notre rapprochement avec la Syrie ne remet pas en cause cet engagement. C’est même l’inverse. Personne ne peut sérieusement penser que nous aurions pu parcourir tout ce chemin si je n’avais pas pris le risque de m’engager dans la voie d’un dialogue avec le Président Assad, mais un dialogue exigeant et sans complaisance.

La semaine prochaine, je recevrai avec beaucoup de plaisir le Président Sleiman pour la première visite d’Etat d’un président arabe depuis mon élection à la Présidence de la République. Vous connaissez l’estime que je porte au Président Sleiman et je me réjouis de l’accueillir en France, avec son épouse. Ce sera l’occasion de célébrer notre amitié et les liens profonds qui unissent nos deux pays et de rappeler le plein soutien de la France à l’Etat libanais.

Nahar des jeunes : La France soutient-elle l’envoi par le Président Obama, au début de son mandat, de représentants au Proche-Orient ? Le réengagement américain est-il la solution ?

LE PRESIDENT : Comme je vous l’ai dit, la France et les Etats unis partagent le même objectif au Liban. Je ne peux que saluer l’arrivée dans la région de responsables américains. Il est essentiel pour bien comprendre la situation de se rendre sur le terrain et de rencontrer les hommes et les femmes de ces pays. L’engagement de l’administration Obama au Proche Orient est une bonne chose et nous comptons travailler en étroite concertation avec nos amis américains.

Nahar des jeunes : Que représente pour vous la jeunesse et est-ce que votre gouvernement y accorde la priorité ?

LE PRESIDENT : La jeunesse est pour moi synonyme d’audace, d’ouverture, de dynamisme : autant de valeurs qui me tiennent à cœur. Parce qu’elle est l’avenir, la jeunesse doit être au cœur de nos priorités. Elle est un formidable atout que nous devons valoriser. Cela passe d’abord par l’éducation, le Ministère de l’éducation est celui qui dispose du budget le plus important au sein du gouvernement. Je suis également attentif à l’insertion professionnelle des jeunes qui apportent un sang neuf au monde du travail, il convient de favoriser l’autonomie des jeunes en conciliant responsabilité et solidarité.

Nahar des jeunes : Quel serait votre message aujourd’hui aux jeunes du Liban et à travers le monde ?

LE PRESIDENT : Aux jeunes Libanais et Libanaises, je veux d’abord dire qu’ils ont la chance de vivre dans un très beau pays, riche de son histoire et de sa diversité, un pays ouvert sur le monde, qui offre de grandes possibilités à cette jeunesse si dynamique.

Je sais que les jeunes au Liban aujourd’hui sont très attachés à la démocratie et à l’indépendance. Ils veulent pouvoir vivre et s’exprimer librement, voyager, étudier, travailler et fonder un jour une famille. Ils ont les envies et les rêves de tous les gens de leur âge partout dans le monde, notamment des jeunes Français. Je comprends leurs aspirations. Je sais que les jeunes Libanais sont très bien formés et informés. Ils maîtrisent les nouvelles technologies comme personne. La plupart parlent très bien plusieurs langues, dont le français. Ils ont donc tous les atouts pour réussir à l’heure de la mondialisation.

Mais peut-être plus que d’autres, les jeunes Libanais ont aussi une responsabilité, celle de s’engager en faveur de la paix et de la démocratie au Liban. La jeunesse libanaise a son avenir dans ses mains. Ce Liban libre, indépendant et réconcilié que nous essayons de construire aujourd’hui, c’est le leur. C’est eux qui en hériteront, et c’est à eux qu’il reviendra, demain, de perpétuer le miracle libanais. C’est un privilège, mais c’est aussi une grande responsabilité. Le monde compte sur eux.

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Dernière modification : 12/03/2009

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