Entretien du Ministre des Affaires Etrangères, M. Dominique Douste-Blazy avec le quotidien "Direct Soir", le 15/2/2007

Q - Que pensez-vous des propos de Vladimir Poutine sur la volonté de domination déstabilisatrice des Etats-Unis ?
R - L’unilatéralisme des Américains, qui ne veulent pas passer par l’ONU, pose la question de la représentativité de la communauté internationale. Il faut réfléchir à l’organisation onusienne, à une réforme, pour que plus jamais, une seule nation, fût-elle la plus forte, se croit maître du jeu.
Q - Pour autant, auriez-vous employé des termes aussi forts que ceux de Vladimir Poutine ?
R - Evidemment non. Nous pensons que les Américains sont des amis et des alliés. Je travaille tous les jours avec Condoleezza Rice. Cependant, je suis très frappé par cette montée en puissance de chefs d’Etat comme Poutine, qui disent très clairement aujourd’hui qu’il faut revenir au multilatéralisme. La France doit être à la tête de ce combat.
Q - Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, s’est dit prêt à la négociation sur le nucléaire mais sans suspension de l’enrichissement de l’uranium. Qu’en pensez-vous ?
R - Pour nous, la négociation passe par la suspension des activités d’enrichissement. C’est ce qui est écrit dans une résolution de l’ONU, la 1737, votée le 23 décembre dernier. Comme le dit le directeur de l’AIEA, s’il y a une évolution du dossier nucléaire iranien vers des fins non pacifiques, il y a un problème de prolifération pour l’ensemble de la région et donc un danger absolu pour la planète.
Q - On voit que l’Iran continue à "narguer" la communauté internationale. Ces sanctions sont-elles efficaces ?
R - N’oublions pas que l’Iran est un peuple de commerçants. A mon avis, l’isolement économique est un risque majeur pour le président. Il a perdu les élections municipales à Téhéran, et ses discours sont très critiqués par les anciens présidents Rafsandjani et Khatami, et même par le guide Khamenei.
Q - On a parlé il y quelques semaines de l’envoi d’un émissaire en Iran - peut-être vous. Est-ce toujours d’actualité ?
R - Non, ce n’est pas d’actualité. Il y a deux dossiers. D’abord, sur le dossier nucléaire, nous parlons tous ensemble, on ne se divise pas. C’est Javier Solana (le représentant européen pour la politique étrangère, ndlr) qui est notre interprète. Et puis, il y a l’Iran dans la région. Je vous rappelle que ce pays a des connexions avec le Hezbollah, la Syrie... Il faut rappeler qu’il y a 1.600 jeunes hommes français au Sud-Liban, dans le cadre de la Finul. Il est tout à fait normal que nous parlions avec tous les pays de la région.
Q - Justement, on connaît les liens entre l’Iran et le Hezbollah libanais. Les soldats français présents au Liban constituent une cible potentielle. Cela joue-t-il sur la position française envers Téhéran ?
R - C’est l’honneur de la France de tout faire pour qu’il n’y ait aucun incident vis-à-vis de ses soldats, présents pour servir notre pays et nos valeurs.
Q - La France refuse toujours de parler avec la Syrie...
R - Vous ne pouvez parler à un pays que si vous avez confiance dans ses autorités. Or ça ne sera pas le cas avec la Syrie tant qu’elle ne coopérera pas à la mission d’enquête internationale que dirige le juge Brammertz.
Q - Sur l’Irak, pourquoi souhaitez-vous un retrait des soldats américains en 2008 ?
R - Il faut un horizon pour 2008 : le retrait des troupes étrangères et la mise en place d’un Etat de droit sous souveraineté irakienne. Le gouvernement de Nouri al-Maliki doit pouvoir inclure une partie de la population qui n’est pas représentée et il faut que les ressources pétrolières aillent à tout le monde. Ce qui me surprend le plus, c’est qu’après la défaite électorale de son parti, en novembre, George W. Bush poursuive la même stratégie militaire. Or nous savons bien qu’il ne peut y avoir de réponse militaire en Irak./.

Dernière modification : 19/02/2007

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