Discours lors de la cérémonie de remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre national du Mérite à Fadia Safi - 24 juin 2012

Madame la Présidente de l’Association SESOBEL, chère Madame Fadia Safi,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Je voudrais tout d’abord vous dire le plaisir qui est le mien de me trouver parmi vous ce soir, pour rendre hommage à une très grande figure de l’action sociale au Liban, Mme Fadia Safi, et à travers elle, à l’association SESOBEL qu’elle a fondée, il y a trente-cinq ans, avec Mme Yvonne Chamy. Je viens d’arriver au Liban et, très modestement, je ne me sentais pas le plus qualifié pour parler de vous et de votre parcours. Mais j’ai fait votre connaissance en préparant cette cérémonie, et en lisant votre parcours, j’ai été gagné par l’émotion et l’admiration. Je dois vous dire que je suis très honoré et fier de présider à cette cérémonie. Je m’incline devant votre engagement et votre courage.

Si l’on doit définir en quelques traits votre personnalité, chère Madame Safi, trois mots viennent en effet immédiatement à l’esprit : l’engagement, la générosité et la fidélité. Tout au long de votre parcours, ces valeurs ont guidé vos choix et inspiré votre action.

Vous avez contracté très tôt le goût de l’engagement. Vous le tenez sans doute de vos parents, qui vous ont enseigné les plus hautes valeurs morales, le dévouement aux autres et l’oubli de soi. Votre père était chef comptable, métier d’exactitude et même de rigueur, qualités qu’il complétait et nuançait en consacrant ses loisirs à ses activités de poète. Votre mère se consacrait à l’éducation de ses quatre filles. Je sais quelle reconnaissance vous leur vouez.

A quoi pouvait se destiner une jeune fille de ce milieu et de ce temps, éprise de justice et d’amour de son prochain ? A l’action sociale, évidemment. Vous entrez donc tout naturellement à l’École libanaise de formation sociale de l’Université Saint-Joseph, où vous obtenez un diplôme de technicien supérieur (à l’époque on ne féminisait pas les titres), puis une licence en service social.

Lorsque vous sortez de l’université, diplômée, le Liban est en pleine guerre civile et vous choisissez de vous engager dans le bénévolat. Car votre vocation est là : vous mettre généreusement au service des plus démunis, aller là où l’on a le plus besoin de vous, fût-ce au prix de sacrifices personnels. Vous travaillez alors pendant quelques années au centre de dialyse de l’Hôtel-Dieu de France, dans des conditions extrêmes, sans eau parfois, sans électricité souvent, nuit et jour, aux moments les plus critiques. Les blessés affluent, et vous vous donnez entièrement au service de votre pays meurtri.

Vous y seriez restée jusqu’à la fin de la guerre, si une série de hasards ne vous avait orientée vers ce qui allait devenir l’engagement de toute une vie.

Vous habitiez loin de l’Hôtel-Dieu et il devenait impossible de faire le parcours chaque jour. C’était devenu beaucoup trop dangereux. Vous avez donc cherché un autre lieu où exercer votre bénévolat, plus près de chez vous. C’est ainsi que vous avez rencontré Mme Yvonne Chamy, qui tout de suite vous a parlé de son projet de fonder une association d’aide aux enfants handicapés.

Il faut faire un retour sur ce qu’était la situation des handicapés, physiques et mentaux, au Liban et dans la région, il y a trente-cinq ans. Les préjugés et les craintes de la société libanaise étaient tels que les personnes handicapées étaient à peine reconnues comme des êtres humains. Ils n’avaient aucun droit, on leur déniait toute valeur. On les cachait, on les excluait, on les maltraitait souvent. Vous avez dit un jour cette phrase terrible, que leur sort était parfois moins enviable que celui des animaux. Dans une situation de guerre, où les besoins étaient immenses, ces préjugés se renforçaient encore sous le coup de l’urgence qui commandait de servir en priorité les blessés.

Tout était donc à faire, il n’y avait aucun soutien à attendre de la société civile ni des autorités, ni même des familles, il n’y avait aucun modèle, aucun précédent, pas de personnel formé, pas de structure d’accueil. Peut-on imaginer l’ampleur du défi qui consistait à donner à ces enfants une existence décente, à leur rendre joie de vivre et espérance ?

Avec Yvonne Chamy, vous faites alors deux rencontres capitales, celles de deux associations françaises qui vous avaient précédée sur cette voie difficile, et qui vous ont soutenu sans discontinuer jusqu’à maintenant : l’association Partage et l’association Terre de vie.

C’est avec elles que vous avez construit, étape par étape, le SESOBEL que nous connaissons aujourd’hui. Votre philosophie d’action consiste à apporter à l’enfant handicapé une prise en charge globale, qui prenne en compte tous les aspects de sa personne et l’accompagne sur le plan médical bien sûr, mais aussi social, dans ses loisirs, dans son éducation, dans son insertion professionnelle.

Chaque enfant reçoit ainsi une réponse adaptée et spécifique, en lien avec la famille qui désormais l’épaule.

Ce sont actuellement 450 enfants qui sont suivis soit dans votre centre, soit à leur domicile, quand leur handicap est trop lourd pour permettre un déplacement. Toutes les formes de handicap sont traitées, les handicaps physiques, comme les handicaps mentaux. Je voudrais souligner qu’à ce jour, SESOBEL est la seule structure à prendre en charge au Liban le traitement de l’autisme.

Vous avez créé une structure qui, même si elle est encore, selon vous, en période de consolidation, compte désormais des ressources humaines autonomes et de grande qualité. Vous avez créé, avec l’appui de l’ambassade de France, un centre de formation interne aux métiers du handicap, centre unique au Proche-Orient, dans lequel vous formez non seulement votre personnel (vous avez actuellement plus de 200 collaborateurs), mais également des personnels venant d’autres structures spécialisées. La formation est pour vous l’élément clé du succès, la garantie du professionnalisme. Vous vous appliquez à vous-même cette doctrine : devenue directrice générale de SESOBEL, vous vous êtes formée au management en 2002 en suivant à l’ESA une formation de MBA.

SESOBEL est devenue l’institution de référence au Liban dans le domaine de la prise en charge du handicap. Magnifique succès, résultat de trente-cinq années de travail, de passion et de générosité. Sur beaucoup de points, vous êtes à votre tour devenue une référence pour vos amis français. L’élève a dépassé le maître, c’est chez vous désormais qu’on vient prendre des idées, confronter des hypothèses, vérifier des pistes de travail. L’assistance des commencements est devenue coopération, et la coopération, partenariat.

Je parlais, au début de mon intervention, de votre fidélité. Vous en offrez ce soir une très belle illustration. Car, autour de vous, pour cette fête des 35 ans, vous avez réuni tous vos amis, les amis français des premiers jours, puis d’autres, irlandais, belges, américains, australiens, qui composent autour de vous la grande famille de SESOBEL et qui partagent ce grand moment d’émotion. Je ne saurais, parlant de famille, passer sous silence le rôle qu’ont joué à vos côtés votre mari, témoin actif des moments de doute comme des moments de joie, et vos deux filles, Cynthia et Élise, brillantes jeunes femmes qui ont choisi d’explorer d’autres routes que vous.

C’est devant cette assistance chaleureuse, dans ce cadre familier, dans cette atmosphère de grande simplicité, que je vais avoir l’honneur de procéder à la remise de vos insignes. Si une distinction dans l’Ordre national du Mérite a un sens, elle le prend pleinement ce soir pour reconnaître vos très grands mérites.

Madame Fadia Safi, au nom du président de la République française, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous fais chevalier dans l’Ordre national du Mérite.

Dernière modification : 27/06/2013

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