Discours à l’occasion de la messe de Pâques - 25 avril 2011

Messe du lundi de Pâques, célébrée à l’intention de la France par Sa Béatitude Monseigneur Béchara Boutros Raï, Patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, à Bkerké, le 25 avril 2011

Béatitude,
Messeigneurs,
Excellences,
Révérends Pères,
Chers amis,

Permettez-moi tout d’abord de Vous remercier chaleureusement, Béatitude, pour Votre accueil, et laissez-moi vous exprimer ma grande joie, et je dois dire ma grande émotion, ainsi que celle de tous mes collaborateurs, d’être aujourd’hui en Votre compagnie au siège du Patriarcat maronite d’Antioche et de tout l’Orient, pour perpétuer cette belle tradition de la messe de Pâques célébrée à l’intention de la France.

Laissez-moi également Vous réitérer toutes mes félicitations, Béatitude, au nom du Président de la République Nicolas SARKOZY, pour votre accession à cette charge vénérable et lourde de responsabilités qu’est le patriarcat. Les grandes qualités spirituelles, pastorales et d’attachement aux valeurs humaines qui Vous ont permis d’y accéder sont connues et appréciées de tous, au Liban et au-delà, et je me réjouis de Votre élection, qui porte au patriarcat un homme de dialogue unanimement estimé.

Laissez-moi aussi saluer Votre prédécesseur, le Cardinal Nasrallah SFEIR, qui a assumé pendant vingt-cinq ans avec autorité la haute charge qui est aujourd’hui la Vôtre, œuvrant inlassablement pour la paix dans un Liban souverain et indépendant. Les innombrables témoignages d’estime qu’il a reçus ces derniers mois, en provenance de toutes les communautés libanaises et de l’étranger, sont une preuve éloquente du respect qui lui est porté, et je tiens à l’assurer une nouvelle fois de la reconnaissance et de l’amitié sincère de la France.

Dans ce lieu qui symbolise la pérennité de la foi, Vous ouvrez donc une nouvelle page de l’Histoire de l’Église maronite et du Liban, Béatitude, en bâtissant sur des liens historiques et durables, auxquels nous sommes tous profondément attachés.

L’amitié indéfectible du Liban et de la France a montré sa force au gré de l’Histoire et de ses drames, et cette messe que vous avez célébrée aujourd’hui en constitue un symbole fort. Même aux heures les plus sombres de la guerre qui a si cruellement frappé la nation libanaise, et malgré les dangers, nous n’avons en effet jamais dérogé à cette rencontre annuelle traditionnelle et chargée de sens.

La communauté maronite a toujours joué un rôle très important pour renforcer la relation privilégiée qui unit nos deux pays. Alors que vient de s’achever cette année si particulière marquée par la célébration du jubilé de saint Maron, je tiens à affirmer l’attachement de la France à l’intangibilité de ses liens d’amitié avec la communauté que vous représentez, Béatitude, et au-delà, avec toutes les composantes de la société libanaise.

Au nom du Président de la République Nicolas SARKOZY, je tiens à affirmer à cette occasion l’engagement sans faille de la France pour soutenir les chrétiens d’Orient si durement éprouvés ces derniers mois, comme en témoigne l’accueil sur notre sol des victimes de l’odieux attentat perpétré contre l’église Saydat al Najat de Bagdad. Je vous assure solennellement que nous nous engagerons toujours fermement pour défendre le maintien de la présence millénaire des chrétiens en Orient. L’avenir des chrétiens d’Orient ne passe pas par l’exil, qui est une souffrance pour les familles et un appauvrissement pour la société.

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Béatitude, la relation privilégiée entre la France et le Liban n’est pas seulement un héritage. C’est aussi un lien vivant, qui se manifeste notamment dans une coopération fructueuse, qui s’étend à bien des domaines, et fondée sur des rapports de confiance.

Il serait long et fastidieux d’énumérer tous les projets que nos deux pays conduisent en commun, pour le plus grand bénéfice de nos deux peuples. Je tiens à souligner que la France est particulièrement fière de la coopération mise en place dans le domaine de l’enseignement. Nous savons ce que nous devons aux écoles et instituts placés sous votre autorité pour la diffusion du français, cette langue qui nous unit, profondément ancrée dans la culture du Liban, et qui ouvre aux jeunes de toutes origines et de toutes conditions des horizons intellectuels et professionnels nouveaux. Je tiens à Vous assurer de notre attachement à cette coopération éducative et de notre volonté de la poursuivre et de la renforcer.

La coopération durable entre nos deux pays est la traduction d’une adhésion à des valeurs que nous œuvrons inlassablement à défendre ensemble, et que ce beau mot de « fraternité », que la foi chrétienne et la République ont en partage, incarne bien.

Je tiens à ce titre à saluer, Béatitude, les initiatives lancées dès Votre accession au patriarcat pour renforcer le dialogue entre les communautés chrétiennes. La tolérance et le vivre-ensemble sont des valeurs au cœur du Pacte national libanais et elles sont aussi un gage de paix. En tant que symbole d’unité nationale, unanimement respecté, Vous êtes appelé à jouer un rôle fédérateur pour poursuivre ces échanges entre représentants des différentes confessions, et en particulier pour approfondir le dialogue islamo-chrétien. Le sommet interreligieux qui doit se tenir le 12 mai constitue déjà un temps fort de Votre patriarcat, Béatitude, et je forme les meilleurs vœux pour qu’il donne lieu à des discussions apaisées et constructives.

En ces temps où la voix des peuples se fait entendre partout dans la région, nous devons être sensibles aux appels émanant de toutes les couches de la société pour dépasser les affrontements communautaires et politiques qui ont, malheureusement trop souvent, paralysé le bon fonctionnement de la démocratie libanaise. Cette demande est particulièrement forte pour la jeunesse qui aspire à mieux maîtriser son avenir et à concilier épanouissement personnel et collectif et les forces vives de ce pays seraient bien inspirées de prendre en compte cette aspiration forte et légitime.

Les blocages et les heurts politiques ont en effet jusqu’à aujourd’hui trop longtemps empêché de répondre aux attentes légitimes de la population. Béatitude, en tant que conscience nationale éminente, Votre voix porte pour adresser un message à l’ensemble des Libanais et pour promouvoir cette notion si importante dans une démocratie : l’intérêt général. Les défis sont nombreux, et ils ne pourront être relevés sans une volonté de toutes les parties libanaises de travailler ensemble pour leur apporter des solutions justes et équitables, pour défendre la dignité humaine et les droits de l’homme, engager les réformes sociales et environnementales nécessaires ainsi qu’assurer le développement économique du pays.

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Béatitude, nous vivons en ce moment une époque de grands changements dans le monde arabe, reflétant une profonde aspiration des peuples au renouveau et à la liberté. La France et le Liban ont assumé leurs responsabilités au sein de la communauté internationale pour accompagner ces mouvements, présentant conjointement avec le Royaume-Uni la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies autorisant des frappes aériennes en Libye pour protéger les populations civiles. L’implication de nos moyens militaires traduit en actes notre engagement auprès de ceux qui se battent pour la libération de leur pays.

Béatitude, en ces temps où tous les peuples de la région sont amenés à s’interroger sur leur avenir, je tiens à Vous assurer que la France restera aux côtés du Liban pour défendre la vision d’un Etat démocratique, souverain, stable et affranchi des tutelles étrangères. Cette vision, je le sais, est aussi la Vôtre et celle de nombreux Libanais, au-delà des frontières confessionnelles et politiques.

La France est convaincue que la construction d’un Liban fort, indépendant et réconcilié avec lui-même passera par la défense du droit et de la justice. L’impunité est en effet le pire ennemi de la démocratie, et l’obéissance aux lois communes est au cœur de tout pacte national. Dans ce combat pour bâtir un État de droit, le Liban a toujours pu compter sur l’aide de la France.

La France, conformément aux résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, apporte ainsi tout son soutien à l’État libanais pour défendre et garantir la souveraineté du pays. Nous ne transigerons jamais avec la sécurité du Liban, qui ne doit plus être la variable d’ajustement d’intérêts régionaux rivaux, et notre engagement au sein de la FINUL depuis 1978 montre que cette implication va au-delà des mots et des vagues promesses.

La première garantie de la souveraineté du Liban réside dans l’État, dont l’autorité est incarnée par le président de la République Michel SLEIMAN. Pour garantir la mise en place d’un Etat de droit au service de tous les Libanais, il est indispensable que les forces armées libanaises, qui sont les seules habilitées à défendre le territoire national, aient le monopole de l’usage de la force. La France relaiera quoi qu’il arrive ce message avec fermeté, la recherche d’une solution à la question des armes dans le cadre du dialogue national étant nécessaire pour la sécurité du Liban et de la région.

La France, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, apporte également tout son soutien au Tribunal spécial pour le Liban. Seule la vérité sur les assassinats politiques qui ont endeuillé le Liban pourra, nous en sommes convaincus, permettre la réconciliation de tous les Libanais.

Le Premier ministre Saad HARIRI, élu à une large majorité en 2009, a engagé une politique courageuse pour consolider l’Etat de droit, tendant la main à l’ensemble des partis dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale. Le gouvernement a mis en place un plan d’action ambitieux de réformes institutionnelles et économiques, et s’est notamment engagé avec détermination dans le domaine des finances publiques pour clôturer les comptes de la nation.

Aujourd’hui, nous formons le vœu qu’un gouvernement puisse être rapidement formé par le Premier ministre désigné Najib MIKATI, avec qui nous entretenons depuis longtemps des relations d’estime et de confiance, pour pouvoir relever les défis économiques et sociaux urgents auxquels le pays fait face.

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Béatitude, la fête de Pâques est celle de la Résurrection, de l’espérance et du refus de la fatalité. En ce jour si particulier pour nous tous, puissent tous les Libanais entendre le message de paix et de fraternité que Vous relayez inlassablement.

Permettez-moi, pour terminer, d’exprimer à nouveau à Votre Béatitude ma reconnaissance, ainsi que celle de mes collaborateurs, pour les prières qu’Elle a élevées à l’intention de la France et de ses représentants, et l’assurer des vœux les plus chaleureux que nous formons pour Sa personne, pour tous les évêques qui l’entourent aujourd’hui, pour le bonheur de la communauté maronite et de tous les Libanais.

Nous espérons également que, conformément à la tradition, vous serez prochainement en mesure de vous rendre en France à l’invitation du Président Sarkozy.

Je lève mon verre à cette belle amitié qui nous réunit aujourd’hui, et à nos vœux communs pour un Liban apaisé et prospère !

Vive l’amitié entre la France et le Liban !
Vive le Liban !
Vive la France !

Dernière modification : 28/06/2013

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