Décoration au grade de Chevalier de l’Ordre National du Mérite Madame Mona EL HALLAK GHAIBEH, architecte - Résidence des Pins - Jeudi 15 janvier 2015

Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Madame Mona EL HALLAK GHAIBEH,

Je me réjouis de vous accueillir à la Résidence des Pins, vous, vos proches, vos collègues et vos amis, pour honorer vos qualités artistiques, professionnelles et humaines qui ont fait de vous une architecte et une personnalité de la société civile reconnue au Liban et dans toute la région.

Vous êtes en charge de nombreux projets architecturaux qui mêlent des projets culturels et patrimoniaux à des créations contemporaines et modernes. Je tiens à saluer personnellement votre engagement pour la sauvegarde du patrimoine libanais, tant au sein des projets que vous concevez et supervisez qu’au sein des différentes associations dont vous faites partie. Cet engagement est à la source du projet de « Beit Beirut », un projet sur lequel je reviendrai, car j’aimerais dans un premier temps, chère Mona EL HALLAK GHAIBEH, revenir sur votre parcours.

Vous êtes diplômée avec distinction, en 1990, de l’Université Américaine de Beyrouth, dans laquelle vous continuez vos recherches sur la structure résidentielle à Beyrouth avant de décrocher un mastère en architecture à l’Université de Syracuse, aux Etats-Unis, en 1994.

Dès l’obtention de votre premier diplôme, vous vous forgez une solide expérience dans le cabinet « Rais & Jamal » où vous participez, en tant que Grand Architecte puis en tant qu’Associée à la réalisation de plusieurs projets à Beyrouth et dans sa région.

Depuis 2000, vous travaillez à votre compte pour de nombreux projets très variés : vous supervisez la rénovation et la réhabilitation de plusieurs résidences libanaises anciennes mais vous réalisez aussi des projets architecturaux plus modernes en veillant à les intégrer dans le patrimoine beyrouthin car Beyrouth est une ville dont le visage dévasté par la guerre reprend forme, parfois, sans considération de ses richesses. Votre approche de l’architecture, vos convictions et votre sensibilité vous ont conduite à prendre position pour une reconstruction plus respectueuse du tissu urbain de Beyrouth.

En 2006, forte de votre formation et de votre expérience, vous intégrez le comité exécutif d’APSAD, l’Association pour la Sauvegarde des Sites et Anciennes Demeures au Liban. Vous fondez également deux associations en 2005 : l’IRAB, qui travaille à recueillir et à conserver l’héritage musical dans le monde arabe, et Zakira, dont l’objectif est de mettre en valeur la photographie et son rôle dans la documentation et la préservation de la mémoire. Dans le cadre de ces associations, vous menez des opérations de sensibilisation et des projets culturels en faveur des écoliers, des enfants palestiniens ou encore de femmes incarcérées.

Cependant, cet engagement pour la sauvegarde du patrimoine commence dès l’obtention de votre diplôme en 1994, lorsque vous vous mobilisez pour épargner l’un des bâtiments les plus emblématiques de la ville et de la guerre : la « Maison Barakat », la « Maison jaune » ou « Beit Beirut », le nom retenu pour ce projet admirable, né de votre initiative. A la tête d’une campagne visant à préserver ce chef-d’œuvre de la destruction, vous parvenez à le faire racheter par la municipalité.

Au fil des années, le projet a mûri. Il est désormais l’un des plus ambitieux de la ville, à la hauteur de cette maison magnifique qui porte les cicatrices de la guerre. Beit Beirut sera le premier musée et centre culturel urbain dédié à la mémoire et à l’histoire de la ville de Beyrouth, et vous avez joué et jouez toujours un rôle déterminant dans la réalisation de ce projet, au travers du Comité scientifique dont vous faites partie, créé en 2009.

La « Maison jaune » chère Mona EL HALLAK GHAIBEH n’est pas votre seul succès : vous êtes également parvenue à sauver d’autres bâtiments et vous êtes engagée sur de nombreux champs d’action qui requièrent votre expertise. Néanmoins, ce projet incarne toute la persévérance de votre travail pour la préservation du patrimoine libanais, qu’il s’agisse de la musique, de la photographie ou de l’architecture. Il ne s’agit pas simplement d’en empêcher la destruction, mais bien de surmonter l’oubli qui guette pareille richesse.

« Beit Beirut », c’est aussi et surtout l’occasion que vous avez saisi d’initier un authentique travail de mémoire : l’édifice est un monument témoin de la guerre et sa mise en valeur permettra de pallier l’absence dans la ville d’un lieu mémoriel et d’appeler l’attention du public, et en particulier des plus jeunes, autant sur le patrimoine de remarquable qualité que recèle Beyrouth que sur les réalités les plus difficiles de la guerre. Comme la photographie ou la musique, l’architecture relève autant de la richesse culturelle que de la mémoire.

Vous l’aurez compris, chère Mona EL HALLAK GHAIBEH, « Beit Beirut » est un projet qui nous tient également à cœur. Il nous importe parce qu’il a été, très rapidement, un projet partagé entre le Liban et la France, entre la municipalité de Beyrouth et la ville de Paris, entre tous les acteurs qui se sont réunis pour aider à sa réalisation par les autorités municipales et notamment le ministère français des Affaires étrangères, l’Institut français du Liban et les spécialistes réunis au sein du comité scientifique. Tous ces acteurs souhaitent qu’il soit mené à bien tant dans sa partie architecturale que dans sa programmation. La Ville de Paris, en particulier, qui a apporté son expertise, est toujours mobilisable pour faciliter le démarrage de la programmation. Je sais que la constance de votre engagement et votre ténacité ne faibliront pas. Nous sommes, en effet, réunis ce soir pour honorer vos qualités et vos compétences : architecte, expert de notoriété internationale et militante de renom, vous êtes une femme de passion et j’admire votre détermination.

Votre engagement, reconnu pour sa fermeté, est porteur de valeurs qui sont chères à la France : la conservation du patrimoine historique, la sensibilisation de chacun à sa valeur et surtout le droit à la mémoire mais la mémoire n’est pas qu’un droit, elle est un devoir. En veillant à intégrer votre pratique architecturale contemporaine au patrimoine beyrouthin, vous témoignez que l’architecte peut et doit faire le pont entre les nécessités de la reconstruction et le respect de la richesse culturelle libanaise.

C’est à tous ces titres que le Président de la République française a décidé de vous distinguer en vous élevant au grade de Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

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Madame Mona EL HALLAK GHAIBEH, au nom de M. François Hollande, Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

Dernière modification : 25/03/2015

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