Déclaration du porte-parole, point de presse du 22 Mai 2007

La France condamne avec la plus grande fermeté l’attentat qui a frappé Beyrouth hier soir, faisant une dizaine de blessés.

Elle espère que toute la lumière sera faite dans les meilleurs délais sur les circonstances de ce lâche attentat comme sur celles de l’attentat qui a également frappé la capitale du Liban, dans le quartier d’Achrafieh, le 20 mai.
Elle appelle tous les Libanais à rester unis derrière les autorités de l’Etat face à ceux qui veulent porter atteinte à la stabilité du pays.

La France réaffirme sa solidarité avec le peuple libanais et fera tout pour accompagner le Liban dans son combat pour que cesse l’impunité face à ces actes d’un autre âge. Les démarches en cours à New York pour mettre en place le tribunal spécial pour le Liban se poursuivent et la communauté internationale est résolue, tout comme le Liban, à ne pas se laisser intimider.

(Faites-vous un lien entre la création du tribunal et les événements qui ont eu lieu depuis quelques jours ?)

Il est difficile, tant que l’on ne connaît pas l’origine de ces événements, notamment pour ce qui est des attentats, d’établir ce type de lien. On peut simplement se faire un certain nombre de réflexions sur le fait que ces événements se produisent précisément en ce moment.

Ce qui est certain, comme nous l’avons dit dans notre déclaration, c’est que ces événements ne doivent pas conduire à relâcher les efforts en vue de la mise en place du tribunal. Très clairement, pour nous, le choix n’est pas entre la stabilité du Liban et l’exigence de justice. Il faut les deux. Il faut bien sûr tout faire pour consolider la stabilité du Liban, mais il faut aussi poursuivre cette exigence de justice et mettre en place le tribunal. Et nous pensons que la lutte contre l’impunité est en elle-même un facteur de stabilité pour le Liban.

(D’après les informations qui émanent du Liban, ces attentats auraient été revendiqués par le groupe Fatah al-Islam. Avez-vous des informations à ce sujet ?)

Non, nous avons noté également ces revendications qui ont été faites ce matin. Je n’ai pas de commentaire à ce sujet. Il faudra qu’une enquête soit conduite pour identifier les auteurs et les responsables de ces attentats.

(La France compte-t-elle prendre une initiative pour trouver une trêve entre le groupe Fatah al-Islam et l’armée libanaise ?)

D’abord, il faut voir si ce type d’initiative nous est demandé par les autorités libanaises. Or, à ma connaissance, ce n’est pas le cas pour l’instant.
Nous sommes très attentifs à la situation. Le ministre, M. Bernard Kouchner, est évidemment très préoccupé de ce qui se passe au Liban. Vous avez vu qu’il a appelé dimanche M. Fouad Siniora. Il a par ailleurs des entretiens avec toute une série de responsables politiques, y compris M. Solana qui se trouve actuellement dans la région. Nous sommes donc évidemment disponibles pour aider les Libanais, si le gouvernement le souhaite et s’il en ressent le besoin.

(De quelle manière ?)

Cela reste à déterminer. Encore une fois, tout dépendra des demandes qui nous seront adressées. Il y a également des discussions qui sont possibles au Conseil de sécurité, là aussi si les Libanais le souhaitent. S’ils estiment qu’une prise de position du Conseil de sécurité peut aider le Liban dans cette période, nous sommes disponibles pour en parler.

(Donc, la France se sent capable de contribuer à trouver une trêve ?)

Ce n’est absolument pas ce que j’ai dit. Encore une fois, tout dépend des autorités libanaises. Ce sont elles qui gèrent cette situation. C’est donc à elles d’apprécier la conduite qu’elles souhaitent tenir. Si elles estiment à un moment donné avoir besoin de la communauté internationale, avoir besoin de la France, nous sommes disposés à aider. Mais nous n’avons pas la prétention, depuis Paris, d’expliquer aux autorités libanaises comment mettre en place une trêve sur le terrain, ce n’est pas du tout notre intention.

(La France est-elle capable, par exemple dans le cas où le gouvernement libanais le lui demanderait, de favoriser un rapprochement entre les milices et le gouvernement libanais ?)

Nous n’en sommes pas là du tout. C’est aux autorités libanaises de gérer cette situation. Si vous me demandez si la France, dans l’hypothèse où l’on ferait appel à elle, serait prête à aider, je dirais naturellement oui s’agissant du Liban. Mais, encore une fois, je n’ai pas vu une telle demande émaner des autorités libanaises pour l’instant.

(Plusieurs responsables gouvernementaux libanais ont accusé la Syrie d’être derrière le groupe du Fatah al-Islam. Souscrivez-vous à cette approche ?)

Nous ne souhaitons pas porter ce type d’accusation. Je crois qu’il y a manifestement une tentative de déstabilisation à l’encontre du Liban, une tentative d’intimidation. Et nous disons que le Liban doit résister à cette tentative d’intimidation.
Par ailleurs, j’ai lu comme vous des communiqués syriens, des déclarations syriennes, niant tout lien avec le groupe Fatah al-Islam. Nous avons donc pris note de ces déclarations. Il y a d’autres déclarations plus étranges de la part de l’ambassadeur syrien aux Nations unies mais, cela, c’est autre chose.

(Lesquelles ?)

Celles qui semblent établir un lien un peu étrange entre la mise en place du tribunal et ces troubles. Mais je ne tiens pas à les commenter davantage. Simplement, ces déclarations nous ont paru étranges.

(Dans quel sens ?)

Si j’ai bien compris ses déclarations, l’ambassadeur syrien aux Nations unies suggère que ceux qui souhaitaient mettre en place le tribunal pourraient être à l’origine de ces troubles. C’est assez étrange.

(Le ministre des Affaires étrangères parle beaucoup des Droits de l’Homme. Avez-vous exprimé votre sentiment face à la situation des Palestiniens dans le camp ?)

C’est bien sûr un élément à prendre en considération. Sur le principe, nous ne pouvons qu’approuver la détermination des autorités libanaises légitimes à asseoir leur autorité et à asseoir la souveraineté de l’Etat libanais sur l’ensemble du territoire.
S’agissant des conséquences sur les populations civiles, c’est bien sûr un élément à prendre en considération.

(Il n’y a pas d’idée de corridor humanitaire ?)

Ce n’est pas le problème qui se pose pour l’instant au Liban. C’est un problème de rétablissement de l’ordre et de rétablissement du calme. Pour cela, comme nous l’avons dit hier, nous faisons confiance aux autorités libanaises.

(Il y a une partie des Libanais qui accusent les Syriens de se trouver derrière les incidents qui ont eu lieu et il y a une autre partie qui accuse les Israéliens d’avoir fomenté tout cela. Que pensez-vous de la deuxième accusation ?)

Je n’ai aucun élément me permettant d’accréditer cette thèse.

(S’agissant de l’entretien du ministre avec M. Siniora, pouvez-vous nous donner plus de détails ?)

Le ministre a voulu très rapidement appeler le Premier ministre libanais pour prendre contact avec lui et aussi pour lui dire sa préoccupation à propos de ce qui se passe dans la région, région qu’il connaît bien, puisque vous savez que notre nouveau ministre a été très actif dans cette région depuis de longues années. Ils ont décidé de rester en contact. Et, comme nous l’avons indiqué, ils envisagent une rencontre dès que possible. Vous allez me demander s’il y a un déplacement du ministre envisagé dans la région. Pour l’instant, il n’y a pas de date pour un tel déplacement, mais il est évident que le ministre est disponible à tout moment pour se rendre dans la région si besoin.

(Beaucoup de gens établissent une relation de cause à effet entre ce qui se passe au Liban en ce moment et la date rapprochée du vote de la résolution sur le tribunal. Est-ce que nous sommes plus près aujourd’hui de cette date de mise au vote de la résolution ? Avez-vous réussi, vous et vos alliés au sein du Conseil de sécurité, à aplanir les difficultés que l’on connaît ?)

Sur le premier point, j’en ai parlé tout à l’heure, nous constatons qu’il y a ces tentatives d’intimidation, de pression qui apparaissent aujourd’hui. Ensuite, chacun est libre de se forger une opinion pour savoir quel est l’objectif poursuivi par ceux qui sont à l’origine de ces évènements, mais je ne souhaite pas aller au-delà de cela.

Deuxième aspect, sur la résolution, les discussions se poursuivent à New York. Nous consultons l’ensemble des délégations. Je crois que les choses avancent, mais je ne peux pas vous dire aujourd’hui quand le texte pourrait être mis au vote.
Je rappelle la philosophie de ce texte, qui est un texte, à nos yeux, assez simple, qui vise à aider les Libanais à surmonter l’obstacle interne pour donner vie à l’accord sur le tribunal et qui reprend purement et simplement le projet de statut tel qu’il avait été préparé. On reprend le statut tel qu’il avait été préparé par les Nations unies, tel qu’il avait été négocié avec le gouvernement libanais et on lui permet d’entrer en vigueur à travers cette résolution. C’est un simple coup de pouce, en quelque sorte, pour aider les Libanais à surmonter cet obstacle interne.

(Ce groupuscule, qui était un peu méconnu en dehors du Liban jusqu’à présent, on dit qu’il a été créé par la Syrie et que, maintenant, il s’est rallié à al-Qaïda. Quelles sont vos informations sur ce point ? Deuxièmement, on dit que le leader de ce groupe n’est même plus allié à la Syrie et qu’il est même recherché par les autorités syriennes. Est-ce que vous avez des informations à ce sujet ?)

Je n’ai pas d’information particulière. Et, si l’on en a, ce sont pas forcément des informations que l’on tient à rendre publiques. Encore une fois, j’ai noté le fait que la Syrie niait tout lien avec ce groupe. C’est un élément que l’on peut noter.

Quelle que soit l’affiliation de ce groupe, quelle que soit son origine, quels que soient ses dirigeants, ce qui est important maintenant c’est le retour au calme, le rétablissement de l’ordre dans cette région du Liban. Nous souhaitons que les autorités libanaises puissent asseoir leur autorité et puissent mettre un terme à ses affrontements.

(Certaines forces politiques libanaises ont demandé une commission d’enquête sur les événements de cette semaine et souhaitent faire appel à une commission internationale. Est-ce que vous y êtes favorables ? Est-ce que vous vous inquiétez pour la FINUL ?)

Sur le premier aspect, c’est une affaire qui relève des Libanais. Si certains souhaitent une commission d’enquête, c’est aux Libanais de voir s’il y a lieu de mettre en place ou non cette commission.
S’agissant d’une commission internationale, je n’ai pas vu spécifiquement cette requête. Je ne crois pas, pour l’instant, qu’il y ait eu de demande des autorités libanaises. S’il y en a une, nous verrons s’il y a lieu ou non d’y donner suite.

Sur la FINUL, de toute manière, nous prenons en permanence toutes les mesures de sécurité nécessaires. Mais les événements dont on parle ne se déroulent pas dans la zone d’activité de la FINUL.

(Vous parlez de réaffirmer votre solidarité avec le peuple libanais et d’accompagner le Liban. C’est un accompagnement politique ou militaire ?)

C’est un accompagnement politique, avec une composante militaire à travers la FINUL. Pour l’instant, nous ne parlons pas d’autre chose.

(Cela veut dire que la FINUL peut intervenir ?)

Je n’ai pas dit cela. J’ai dit que l’on accompagnait le Liban depuis déjà plusieurs mois avec des moyens politiques et, dans la zone qui est celle de la FINUL, avec le déploiement de la FINUL. Il n’est pas envisagé que la FINUL sorte en quoi que ce soit de son mandat.

(Mais alors comment soutenir les autorités libanaises ?)

Cela dépendra des demandes des autorités libanaises. S’il y a des demandes, nous sommes disponibles pour les examiner.

(Si le Liban vous demande une aide militaire ?)

Je n’ai pas vu ce type de demande pour l’instant.

(Que peut-on faire pour les populations civiles des camps palestiniens ?)

Sur le principe, nous soutenons la détermination des autorités libanaises à rétablir l’ordre, premier point. Deuxième point, bien évidemment, il faut être attentif au sort des populations civiles. Il faut que les autorités libanaises facilitent l’évacuation des victimes civiles et mettent tout en oeuvre pour que la population du camp soit épargnée d’un point de vue humanitaire. C’est tout à fait évident. Nous sommes attentifs aux retombées que ces combats peuvent avoir sur la population civile.

(Comment la France verrait une décision de l’armée libanaise d’entrer dans le camp par rapport aux accords qui sont en place depuis 1969 ?)

Sur ces accords, je ne souhaite pas me prononcer directement. Je rappelle que la résolution 1701 du Conseil de sécurité prévoit le désarmement des milices, de toutes les milices présentent au Liban, et que nous considérons que ce désarmement doit se faire dans un cadre politique.

(Quels sont vos moyens d’observation satellitaire et humain dans la région ?)

Je ne peux pas vous donner de détail à ce sujet.

(Il y a un programme d’aide à l’armée libanaise. Pourriez-vous faire un point sur ce programme ?)

Nous avions chargé un officier général d’une mission à ce sujet. Nous avons depuis un certain temps une coopération avec l’armée libanaise, surtout en matière de formation. Pour le reste, il faut que je vérifie, notamment pour la fourniture éventuelle d’équipements. Je crois que nous avons fourni quelques équipements légers à l’armée libanaise. Mais il faut que je vérifie pour vous dire les choses plus précisément.

Dernière modification : 23/05/2007

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