DECLARATIONS DU PORTE-PAROLE - POINT DE PRESSE DU 23 JANVIER 2007

(Comment appréciez-vous l’évolution au Liban aujourd’hui, la Conférence de Paris III ne risque-t-elle pas d’être annulée ?)

A la veille de la Conférence de Paris III qui doit manifester le soutien de la communauté internationale au Liban, nous appelons tous les Libanais à faire preuve d’esprit de responsabilité. Pour le reste, cette conférence se tiendra comme prévu.

(Pouvez-vous développer ce que vous entendez par "esprit de responsabilité" ?)

Je crois que c’est assez clair. Cette Conférence de Paris III est un événement important puisque, comme nous l’avons indiqué, il y aura une forte participation : 35 pays seront présents, ainsi que les organisations internationales, les institutions financières internationales. Ils seront là pour se mobiliser en soutien du Liban, à la lumière du programme de réformes qui a été préparé et adopté par le gouvernement libanais. C’est évidemment une échéance très importante pour le Liban et ce que nous souhaitons, c’est qu’à la veille de cette conférence, tous les Libanais, comme je l’ai dit, fassent preuve de responsabilité et donnent de leur pays une image qui soit à même de convaincre les participants à la conférence de se mobiliser.

(L’une des revendications de l’opposition qui a appelé à manifester et à bloquer les routes porte sur le projet de réformes qui a été présenté le 10 janvier. Quel est votre commentaire alors qu’une bonne partie de la population libanaise conteste de projet de réformes économiques ? Auriez-vous quelque chose à dire au gouvernement libanais à ce sujet pour qu’il prenne en considération les revendications des autres, pour qu’il écoute les autres avis concernant le projet de réformes ?)

Ce programme de réformes était un élément essentiel pour préparer la Conférence de Paris III. Nous avions eu l’occasion à plusieurs reprises de demander que ce programme de réformes soit présenté. Avant la conférence elle-même, il a été examiné par les représentants des Etats participants qui se sont retrouvés à Paris le 10 janvier dernier. Ce programme a été jugé de façon positive par les participants, par les institutions financières internationales et c’est évidemment un élément important pour la tenue de la Conférence de Paris III.

En même temps, ce n’est pas à nous de dire comment les choses doivent s’organiser sur le plan interne au Liban, comment le gouvernement libanais peut ou doit entamer un dialogue ou poursuivre un dialogue sur ce programme de réformes. C’est quelque chose qui relève de son appréciation. J’imagine qu’il y a sans doute un travail d’explication et de concertation à conduire, avec les syndicats et avec les Libanais. Mais ce qui est important pour la communauté internationale, c’est que ce programme existe et qu’il ait été jugé positivement.

Bien évidemment, ensuite, ce n’est pas à moi de me prononcer sur les aspects internes et sur les contestations qui peuvent exister, vis-à-vis de tel ou tel aspect du programme. Ce qui est important, c’est que tout cela se fasse dans le dialogue, d’une façon pacifique. Ce qui est préoccupant, ce sont les incidents sanglants qui se sont produits ces dernières heures. Ce n’est bien entendu pas la bonne méthode pour débattre de ce type de questions.

(Ce programme de réformes semble diviser la population libanaise. Appelez-vous le gouvernement libanais à prendre en compte les analyses et les points de vue de l’autre partie ?)

Comme je l’ai dit, mais c’est au gouvernement libanais d’apprécier, il est tout à fait souhaitable sur ce genre de questions qu’il y ait un dialogue, une concertation. J’avais le sentiment que c’était aussi le souhait du gouvernement libanais lui-même de faire cela en concertation. La violence que l’on constate ces dernières heures n’est certainement pas la bonne réponse à apporter à ce type de préoccupations.

(La contestation rejaillit en quelque sorte sur la France. J’ai entendu ce matin, plusieurs déclarations accusant la France d’aligner ses positions sur celles du gouvernement Siniora et de ne pas prendre en considération les points de vue de l’opposition. Comment répondez-vous à cela ?)

Ce n’est pas la France qui a rédigé ce programme de réformes. Il a été élaboré par le gouvernement libanais qui est notre interlocuteur pour la préparation de cette conférence. Il a été soumis aux participants à la Conférence, mais c’est un programme qui relève de la responsabilité du gouvernement libanais.

(Comment comptez-vous convaincre les autres pays donateurs et les diverses organisations vu que, depuis Paris I, la dette libanaise a grimpé, malgré les dons précédents ? Cela ne donne-t-il pas raison justement aux opposants qui disent qu’ils craignent une dette encore plus importante vis-à-vis de l’extérieur. N’ont-ils pas raison ?)

Il est évident que la question de la dette sera l’un des aspects qui sera traité durant cette conférence, puisque le taux d’endettement du Liban dépasse les 180 % du PIB, c’est donc un taux d’endettement très élevé. La crise qu’a traversée le Liban durant l’année 2006 n’a bien sûr pas arrangé les choses, mais le gouvernement libanais s’est donné pour objectif précisément de diminuer ce taux d’endettement. Il a adopté ce programme pluriannuel qui doit permettre, si je ne me trompe, au bout de quelques années, de passer à 140 % du PIB en terme d’endettement. Cela suppose certaines réformes qui sont proposées et qui, comme toujours, peuvent présenter un caractère difficile. Bien sûr, ce sont des réformes qui ne sont pas toujours faciles, dès lors qu’il s’agit d’assainir les finances publiques, de diminuer le poids de la dette.

Mais cela ne remet pas du tout en cause la pertinence de la démarche qui est la nôtre, car c’est bien un moment où l’on voit justement que le Liban a besoin de la communauté internationale pour l’aider à repartir, pour l’aider à assainir sa situation économique et cela ne remet nullement en cause, je crois, la pertinence de la Conférence de Paris III. Les premiers éléments que nous avons, et vous aurez plus de détails dans les heures qui viennent, les premiers éléments que nous avons de la part de la communauté internationale sont encourageants, que ce soit pour ce qui est de la participation ou pour ce qui est des annonces de contribution.

(J’ai déjà parlé avec certains analystes, on parle d’un montant de 4 milliards et jusqu’à 7 milliards d’aide. Les analystes disent que ce serait un échec si l’aide représente moins de 4 milliards de dollars, selon ce que j’ai pu entendre. Avez-vous une estimation ?)

Non, comme vous l’avez vu depuis le départ, nous n’avons pas affiché de montant et je crois que nous conserverons la même attitude. Nous ferons le bilan à la fin de la conférence et nous verrons à ce moment-là quel est le soutien qui sera annoncé par les participants.

(Comment pensez-vous que le gouvernement pourra appliquer ce programme de réformes, sachant qu’il est refusé par la moitié de la population ?)

C’est au gouvernement de le mettre en oeuvre. Nous en avons déjà parlé, la Conférence elle-même n’est pas contestée en tant que telle par les partis politiques libanais, par les syndicats libanais. Il peut effectivement y avoir un débat concernant certains aspects du programme de réformes. Je pense que cela se réglera dans un cadre libanais, grâce à un effort d’explication qui devra être déployé par le gouvernement, à travers la concertation et le dialogue. Le résultat de la Conférence de Paris III peut aussi aider, sans doute, à ce que les choses s’engagent de façon positive pour ce qui est de la mise en oeuvre de ce programme de réformes. Cette conférence n’est pas conçue pour aider spécifiquement le gouvernement de M. Siniora. Elle est organisée pour aider le Liban dans son ensemble. C’est cela qu’il faut bien comprendre.

(Pour reprendre ce que vous venez de dire, M. Douste-Blazy a dit que la Conférence de Paris III est organisée pour aider le gouvernement de M. Siniora, il l’a dit sur BFM il y a deux jours. Avez-vous le sentiment que les événements au Liban durant ces dernières heures sont déclenchés pour faire échouer la Conférence de Paris III ?)

Sur le premier point, le ministre a rappelé que cette conférence avait été organisée pour aider le Liban. Le gouvernement de M. Siniora est notre interlocuteur, puisque c’est le gouvernement légitime du Liban et, très naturellement, nous travaillons avec ce gouvernement pour préparer la Conférence. Il aura évidemment un rôle à jouer pour mettre en oeuvre les conclusions de cette Conférence mais je ne pense pas que le ministre ait voulu dire autre chose que cela.

Quant au deuxième point, il est difficile pour moi d’émettre une appréciation sur les motivations de ceux qui déclenchent cette grève générale. Il faut que tous les Libanais se réunissent autour d’un objectif qui est la reconstruction et le redémarrage du Liban. Ensuite, qu’il puisse y avoir un débat sur tel ou tel aspect du programme de réformes, comme je l’ai dit, ce n’est pas à nous de nous prononcer à ce sujet. Il faut qu’il y ait une unité sur un même objectif qui est de sortir le Liban des difficultés économiques et financières actuelles.

(Vous avez dit tout à l’heure que votre souhait n’était pas de soutenir le gouvernement Siniora, mais de soutenir le Liban lui-même, pouvez-vous imaginer que soit le président libanais, soit le Parlement pourrait être responsable de la coordination de cet argent qui sera donné ?)

Je n’ai pas entendu cette hypothèse. Notre interlocuteur est le gouvernement de M. Siniora qui est légitime et, naturellement, c’est lui qui conduit la politique économique, comme dans tout pays, et c’est lui qui a élaboré ce programme de réformes. Une concertation est sans doute nécessaire avec l’ensemble des forces politiques libanaises, mais c’est au gouvernement libanais de conduire cette concertation et évidemment pas à la communauté internationale de se substituer à lui.

(Vu la situation, craignez-vous que le président Siniora et sa délégation ne puissent pas venir à Paris ?)

Je n’ai pas entendu cela. Nous les attendons.

Dernière modification : 25/01/2007

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