Cérémonie marquant le 71e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945 à la Résidence des Pins

L’ambassadeur de France au Liban, Emmanuel Bonne, a présidé ce dimanche 8 mai une cérémonie devant le monument aux morts de la Résidence des Pins commémorant la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe.

La cérémonie s’est déroulée en présence d’ambassadeurs et d’attachés de défense des anciennes nations belligérantes et de la chef de délégation de l’Union européenne, du général Michel Grintchenko, chef d’état-major de la FINUL, et d’un détachement de la Force Commander Reserve (FCR) de la FINUL commandée par le colonel Jérôme Rémanjon, ainsi que de représentants de l’Armée et des Forces de sécurité intérieure libanaises, d’anciens combattants et des Français du Liban.

A l’occasion de cette commémoration, une remise de décorations à des officiers et des sous-officiers de l’Armée et des Forces de sécurité intérieure libanaises a eu lieu, au cours de laquelle l’ambassadeur a prononcé l’allocution suivante :

"Madame l’Ambassadrice,
Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames, Messieurs,

Bienvenus à la Résidence des Pins. Nous sommes réunis aujourd’hui, comme c’est la tradition, pour commémorer la fin du deuxième conflit mondial en Europe. En Europe puisque ce conflit, comme on le sait, dura jusqu’au 2 septembre 1945 en Asie, après les explosions atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. Ce conflit destructeur, arrivé vingt ans après le premier conflit mondial en dépit des avertissements que nous avions les uns et les autres reçus. Celui d’abord de Paul Valéry qui nous disait : « nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie ». Malgré cet avertissement, nous avons subi de nouveau la barbarie.

On parle souvent de devoir de mémoire. Mais lorsque l’on parle de devoir de mémoire, que veut-on dire ? On parle sans doute de celui du devoir d’apprendre la leçon, de retenir l’enseignement que nous livre l’histoire et que nous devons sans cesse garder à l’esprit pour préparer l’avenir.

Le premier enseignement de ce conflit, c’est que les nations sont capables de faire face à la barbarie et que c’est même le seul moyen de la vaincre. Le 8 mai 1945, la capitulation des nazis voyait la victoire des nations alliées, de dix-neuf pays unis pour combattre une guerre, un régime qui ravageaient le monde. Dans l’ordre international, cette victoire a été fondatrice. Fondatrice puisque nous célébrerons cette année, le 26 juin, le 71ème anniversaire de la Charte de San Francisco, qui a créé l’Organisation des Nations Unies pour, je cite : « préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances ». Cette Charte aussi, par laquelle les peuples des Nations Unies proclamaient, je la cite encore, leur « foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites ». Soixante et onze ans plus tard, le défi reste le même, celui de nous réunir pour défendre les valeurs de cette Charte, la dignité de tous les êtres humains et, avant toute chose, assurer le règlement pacifique des différends entre les nations.

Les armées françaises prennent toute leur part dans la défense de ces valeurs et pour la préservation de la stabilité d’un monde de plus en plus partagé, de plus en plus fragmenté. Je veux rendre ici hommage aux soldats morts depuis le 8 mai 2015, depuis la dernière cérémonie que nous avons célébrée ici sur l’ensemble des théâtres où sont déployées nos armées : le soldat de 1ère classe Baptiste Truffaux, du 21ème régiment d’infanterie de marine ; le sergent-chef Alexis Guarato, du commando parachutiste de l’air n°10 ; le brigadier Mickaël Poo-Sing, le brigadier-chef Mickael Chauwin, le maréchal des logis-chef Damien Noblet, tous les trois du 511ème régiment du train. Je veux également saluer, et ils sont parmi nous, les soldats français engagés au sein de la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban, engagés pour défendre la souveraineté et contribuer à la sécurité de ce pays, le Liban. Je les remercie. Les Français sont fiers de leurs soldats engagés aujourd’hui sur tous les fronts pour combattre le terrorisme, mais surtout pour combattre pour la paix et pour la sécurité, au bénéfice d’abord de notre pays, mais aussi de la stabilité du monde.

Le deuxième enseignement de la Seconde Guerre mondiale sur lequel il nous faut revenir, c’est que nos institutions démocratiques sont toujours plus fragiles qu’on ne le croit, et qu’elles exigent un engagement de tous pour les défendre, pour les faire vivre, pour conforter le message que nous portons ensemble.

Pour la France, le 8 mai est une résurrection. C’est la résurrection de la France libre, après l’humiliation, après le renoncement, après le désastre de juin 1940. L’appel du général de Gaulle, puis la volonté, le sens du devoir de femmes et d’hommes courageux ont permis que notre pays figure parmi les vainqueurs d’une guerre au cours de laquelle les Français se sont battus entre eux, ici-même au Liban et ailleurs, au cours d’un conflit qui a poussé notre nation au fond du gouffre. Entre Rethondes, où fut signé l’armistice du 22 juin 1940, et Reims, où le Maréchal Jodl signa le cessez-le-feu préalable à l’armistice du 8 mai à Berlin, il y a 89 kilomètres. Et entre ces deux dates, il s’est passé cinq ans pendant lesquels des patriotes ont non seulement sauvé l’honneur, mais aussi œuvré au péril de leur vie, souvent dans l’anonymat et dans la clandestinité, pour relever la France et ses institutions républicaines.

Cette résurrection de la France n’aurait pas été possible avec nos seules forces. C’est pourquoi le 8 mai est chaque année pour nous l’occasion d’exprimer notre gratitude aux nations alliées qui se sont engagées et qui ont perdu des enfants pour que nous vivions libres. C’est aussi l’occasion de dire notre fidélité et notre reconnaissance aux amis qui se sont battus à nos côtés. Je veux notamment rendre hommage au Liban, qui abrita dès 1941, sur l’aérodrome de Rayak, dans la vallée de la Bekaa, les escadrilles de chasse Alsace et Normandie-Niemen de la France libre. Je veux aussi rappeler le souvenir des cinq milles jeunes Libanais qui répondirent immédiatement à l’appel du général de Gaulle en juin 1940 pour libérer la France, et qui continuent d’entretenir cette mémoire au travers des associations des anciens combattants de l’armée française au Liban. Je veux enfin rendre hommage à nos amis africains, le Sénégal, la Tunisie, le Maroc – représentés aujourd’hui – car ils ont apporté une contribution essentielle, humaine, politique aux forces de la France libre.

Pays de mémoire, pays tourmenté par l’histoire, la France sait que cette histoire est pleine de détours et elle se souvient de tous ceux qui sont tombés pour elle. Elle veut honorer ses valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et tenir son engagement d’œuvrer partout aujourd’hui pour la paix et la sécurité. C’est ce que nous faisons ici, dans le cadre du partenariat ancien que nous avons avec l’Armée libanaise et les Forces de sécurité intérieure qui sont des institutions essentielles dans cette période difficile et auxquelles nous voulons apporter notre meilleur soutien.

Nous rendons hommage aux soldats [de l’armée] et aux [membres des] forces de sécurité libanaises pour leur courage et pour leur dévouement. C’est ce qui me permet aujourd’hui, pour conclure cette cérémonie, de décorer trois grandes personnalités libanaises dans l’Ordre national du Mérite : le général de division Georges Chraim, ancien stagiaire de l’Ecole d’infanterie de Montpellier, qui vient d’intégrer le Conseil militaire après une carrière d’excellence dans les forces spéciales, qui a été un interlocuteur précieux pour les soldats français déployés au sein de la FINUL ; le colonel Georges Nader, directeur-adjoint du Centre d’entraînement pour le renforcement de la sûreté aéroportuaire, projet emblématique de notre intense coopération avec les FSI et qui constitue un modèle régional de performance et d’excellence ; le lieutenant-colonel Abdallah Aytour, chef du détachement de liaison de l’armée libanaise avec le contingent français au Sud-Liban, qui, par sa disponibilité, sa compétence et sa réactivité, a gagné à la fois l’estime et l’amitié des officiers français du centre opérations de la FCR. Merci".

Dernière modification : 23/05/2016

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