Cérémonie de remise de la Médaille d’Honneur des Affaires Etrangères aux pesonnes impliquées dans la crise du Liban en juillet/août 2006 (7/03/2007)

Madame et Monsieur les Conseillers à l’Assemblée des Français de l’Etranger,
Monsieur le Premier Conseiller,
Madame la Consule Générale,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

C’est une immense joie de vous accueillir ce soir à la Résidence des Pins, entourés de vos familles et de vos amis pour vous exprimer toute la reconnaissance de la France, et en particulier du Ministre des Affaires étrangères, pour votre action lors de la guerre de l’été dernier au Liban au service de la France, au service de nos compatriotes.

Le gouvernement a souhaité, au lendemain de cette terrible guerre, rendre hommage et décorer de la médaille d’honneur des Affaires étrangères ceux qui méritent la gratitude de la Nation à la suite du rôle qu’ils ont tenu, personnellement et collectivement, lors des tragiques événements de l’été 2006, avec un dévouement hors du commun.

Vous êtes agent de l’Ambassade, militaire, policier, enseignant, titulaire, contractuel, recruté local. Vous êtes membre de nos associations et volontaire. Vous appartenez à la Croix-Rouge libanaise, à l’armée libanaise, aux Forces de Sécurité Intérieure. Vous êtes cuisinier, vigile, volontaire international, homme d’affaire mais vous êtes tous avant tout des femmes et des hommes qui vous êtes mobilisés d’une manière exceptionnelle au cours de cette crise.

Cette guerre de l’été 2006, soudaine, cruelle, destructrice, intervenant alors que la moitié des effectifs de l’Ambassade était en congé et alors que près de 9 000 compatriotes se trouvaient en vacances au Liban, a exigé une mobilisation sans précédent de cette Ambassade, de ses personnels, auxquels se sont joints spontanément et avec enthousiasme les volontaires des différentes associations dont beaucoup sont distingués aujourd’hui. Un dévouement et une abnégation tout à fait remarquables pour faire face à des situations d’urgence exceptionnelles où les ressources de chacun ont été sollicitées au plus haut point.

Chacun s’est inséré d’une manière remarquable, avec un souci de solidarité et d’efficacité, sans s’interroger sur les tâches qui allaient lui être confiées et acceptant de faire ce qui était nécessaire au moment où il fallait le faire au sein d’un dispositif que j’ai mis en place, avec tout l’état-major de l’Ambassade, dès les premiers jours de la crise. Le travail immense qui a été accompli n’aurait pas été possible si nous n’avions pas été accompagnés, entourés, soutenus par nos partenaires libanais de l’armée, des Forces de Sécurité Intérieure, de la Croix-Rouge, auxquels je souhaite rendre un hommage particulier.

Chacun, au sein de l’Ambassade, s’est mis à la disposition de notre objectif collectif : dans un Liban bombardé, dans un Liban martyrisé, dans un Liban agressé, nous porter d’abord au secours de nos compatriotes dans la détresse. Les identifier, les localiser, les rapatrier sur Beyrouth, les regrouper et les faire partir de manière digne. La mission a été pleinement accomplie grâce à vous.

Le Président de la République Jacques Chirac, le Premier Ministre Dominique de Villepin, le Ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, les ministres venus à Beyrouth, tous nos compatriotes en France et dans le monde, les médias, nos partenaires européens et étrangers, savent ce que nous avons accompli collectivement cet été au service de notre pays, au service de nos concitoyens, au service des valeurs de solidarité et d’humanisme que la France souhaite porter si haut. Je le rappelle, cette crise libanaise c’est d’abord 14 000 personnes évacuées : Français, franco-libanais, Libanais, européens, étrangers tiers, soit l’opération de rapatriement la plus importante jamais réalisée par la France depuis la fin de la guerre d’Algérie. La France a été la première à ouvrir une ligne d’évacuation vers Chypre le 17 juillet et la dernière à achever l’opération par une rotation maritime vers Chypre le 17 août. C’est dire combien, pendant un mois, cette chaîne de solidarité a été déployée et n’a cessé de fonctionner.

Qu’ils soient français ou étrangers, tous ceux qui sont partis volontairement ont bénéficié de votre infatigable mobilisation, de votre travail acharné, de votre dévouement sans limite, alors que les bombardements étaient quotidiens au sud-Liban mais aussi à Beyrouth.

Je me souviens des murs de l’Ambassade tremblant lors de nos réunions de crise. Je me souviens d’un comité de sécurité presque interrompu par les vibrations des bombes. Je me souviens des bombardements derrière le rond-point de Tayouneh, à quelques centaines de mètres d’ici. Je me souviens de votre efficacité alors que tout était à mettre en place. Je me souviens de votre compassion, de votre acharnement à trouver des solutions alors que certaines situations humanitaires étaient tragiques. Je me souviens de votre capacité de réaction, d’initiative, et d’imagination. Je me souviens de nos réunions quotidiennes en cellule de crise, des personnes présentes 24h/24h au sein de la cellule téléphonique d’accueil. Je me souviens de la ruche qu’était l’Ambassade. Je me souviens de l’intendant et du cuisinier de la Résidence assurant au début le ravitaillement de l’Ambassade et allant, dans des conditions très difficiles, chercher à gauche, à droite, vivres et eau. Je me souviens de la fatigue collective des agents et de ceux qui dormaient dans leur bureau pour être davantage présents au poste. Je me souviens de ceux qui sont restés en première ligne à mes côtés alors qu’ils auraient pu choisir de partir. Je me souviens de la cellule sud au contact de nos compatriotes les plus en danger de mort. Je me souviens du courage du détachement de sécurité allant exfiltrer au sud, dans la Bekaa, dans le Chouf, des Français dans la détresse. Je me souviens de la plate-forme du Lycée de Nabatieh. Je me souviens de ces structures constituées à l’Ambassade sur les plate-formes d’accueil et de regroupement au Grand Lycée Franco-Libanais, sur le port, au BIEL, partout où notre dispositif a été déployé.

Vous pouvez être fiers du travail accompli. Vous pouvez être fiers de la manière dont la solidarité s’est organisée car cette guerre a montré aussi que les femmes et les hommes savent se dépasser pour tendre vers un objectif de réussite commune. Cette guerre a fait apparaître des compétences inattendues chez les fonctionnaires comme chez les volontaires dans la gestion du dispositif très lourd qu’il a fallu organiser et faire fonctionner en permanence. Je remercie particulièrement Joseph Silva, Premier conseiller, d’avoir été dans cette tempête et dans cette tourmente un commandant en second de tous les instants, de toutes les fidélités, de toutes les initiatives, de tous les moments, de tous les doutes partagés sur les décisions parfois lourdes de risques qu’il nous fallait prendre.

Cette crise a forgé un esprit d’unité indéfectible entre des acteurs venus des horizons les plus divers : diplomates, militaires, policiers, agents du consulat, des services culturels, des services économiques, volontaires des associations. Des liens personnels indestructibles se sont créés à l’occasion de cette guerre. Des gens qui ne savaient rien de l’autre se sont découverts, dépassant les préjugés sur l’origine professionnelle de chacun et découvrant et la richesse comme la générosité de ces personnes.

J’ai vu les adhésions enthousiastes aux missions et aux tâches nouvelles qui ont été les nôtres dans la crise. J’ai vu la manière dont l’équipe de France au Liban : Ambassade, associations, volontaires, s’était mobilisée au service de nos compatriotes, au service du Liban martyrisé, au service de l’accomplissement du devoir et de la conscience de la noblesse du service accompli.

La paternité de cette médaille d’honneur des Affaires étrangères que je vais vous conférer au nom du gouvernement et au nom du Ministre des Affaires étrangères, remonte à Louis XIV. Spécifiquement, la médaille d’honneur des Affaires étrangères, créée par décret du Président de la République du 6 juillet 1887, est attribuée, je cite : « pour récompenser des actes de courage et de dévouement exceptionnels rendus par les fonctionnaires, militaires ou civils, français ou étrangers, au service de la France et des Français à l’étranger ».

Quelques uns d’entre vous ont été décorés à Paris à l’occasion de la cérémonie présidée par Philippe Douste-Blazy, Ministre des Affaires étrangères, qui a rendu hommage à cette occasion à l’action de l’Ambassade. Je suis heureux de leur présence aujourd’hui.

Cette prestigieuse décoration vous est décernée à chacune et à chacun d’entre vous, pour des actes de courage et de dévouement exceptionnels et pas simplement parce que vous avez fait votre travail normal au sein des services de l’Ambassade. Cette décoration est la reconnaissance d’un engagement particulier, d’un dévouement exceptionnel, d’une conduite courageuse.

C’est une immense fierté pour moi que d’avoir dirigé cette Ambassade et cette communauté française dans cette période de guerre et de tourmente. C’est une immense fierté d’avoir pu mesurer personnellement l’intensité de votre mobilisation, de votre dévouement, la manière dont vous n’avez eu de cesse d’accomplir toutes les missions qui vous étaient demandées. Cette action collective m’a rappelé cette belle devise du Maréchal Foch sur l’exercice du commandement, je le cite : « commander est l’art de faire de son but personnel un idéal pour les autres ». J’ai le sentiment qu’ensemble, nous avons réussi à faire de l’objectif de nos autorités notre idéal collectif.

Pour cette action que vous avez menées, pour les qualités dont chacun a fait preuve, je veux simplement, du fond du cœur, vous remercier au nom des autorités françaises, mais au nom aussi de toutes ces personnes qui ont été évacuées dans des conditions de dignité, de sérénité, d’humanité, qui font honneur à la France. Les témoignages de satisfaction, les lettres de remerciements souvent très émouvantes que nous avons reçues sont là pour nous convaincre que nous avons bien travaillé au service de notre pays. Sincèrement, chaleureusement, merci à chacune et à chacun d’entre vous. Merci pour votre mobilisation. Soyez fiers d’avoir participé à ces actions d’éclat de la France au Liban.

Je vais maintenant, au nom du gouvernement et du Ministre des Affaires étrangères, décorer chacun d’entre vous de la médaille d’honneur des Affaires étrangères, dont le diplôme précise qu’elle vous est décernée en reconnaissance des actes de courage et de dévouement rendus à la France.

« Au nom du Ministre des Affaires étrangères, je vous décerne la médaille d’honneur des Affaires étrangères, échelon... »./.

Dernière modification : 08/05/2007

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