Cérémonie à l’occasion du retour en France de la dépouille de Michel Seurat - AIB (7/03/2006)

Madame Marie Seurat,
Mesdemoiselles Alexandra et Laetitia Seurat,
Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui parce qu’après vingt années d’attente, d’espoirs déçus, de souffrance et d’impossible deuil, le corps de Michel Seurat est enfin restitué à sa famille. Nous sommes rassemblés ici pour lui dire adieu. Pour l’accompagner au moment où il quitte le Liban, ce Liban message, ce Liban passion, ce Liban pour lequel il a tant travaillé et vécu. Ce Liban où il est mort.

Le 22 mai 1985, Michel Seurat était enlevé près d’ici, à la sortie de ce même aéroport de Beyrouth. Le 5 mars 1986, après dix mois de calvaire pour ses proches comme pour lui-même, sa mort était annoncée par ses ravisseurs. Commençait alors une nouvelle période d’insupportable attente pour sa famille. A la perte tragique s’ajoutait en effet l’angoisse de ne pouvoir retrouver le corps de l’être cher, l’angoisse de ne pouvoir peut-être jamais se recueillir sur sa tombe. A travers les années, la France, avec vous Madame, n’a cessé de travailler, d’espérer, pour retrouver la dépouille mortelle de Michel Seurat. Des fouilles avaient notamment été entreprises en 1998 dans le sud de Beyrouth à la demande du Président de la République et sous l’autorité de l’ancien Président du Conseil des Ministre, Rafic Hariri, mais elles n’avaient malheureusement pas abouti.

C’est dans le cadre de travaux de construction que les autorités libanaises nous ont fait savoir récemment qu’une dépouille mortelle avait été retrouvée dans la même région. Je tiens aujourd’hui à remercier les autorités libanaises et d’abord M. Fouad Siniora, Président du Conseil des Ministres, représenté ici par Monsieur le Ministre de la Culture, et aussi le Général Achraf Rifi, chef des Forces de Sécurité Intérieures, qui nous ont apporté leur pleine coopération pour nous permettre d’identifier puis d’obtenir la restitution du corps de Michel Seurat dans les meilleures conditions possibles. Aujourd’hui, dans ce moment de recueillement et d’émotion qui est la nôtre alors que Michel Seurat va s’en retourner vers la France, la République, Madame, Mesdemoiselles, a tenu à s’associer à vous, pour témoigner de sa solidarité, de son soutien, de sa compassion, à se tenir, comme elle n’a cessé de le faire, à vos côtés. C’est pourquoi M. Dominique de Villepin, Premier Ministre, accueillera ce soir à Paris le retour de la dépouille mortelle de Michel Seurat sur le sol de France.

Le Président de la République française et le gouvernement ont salué votre courage, votre persévérance face au calvaire vécu par votre famille. Nous tentons de mesurer la douleur qui fut la vôtre pendant toute cette longue période où Michel Seurat était détenu et où se sont cruellement succédées phases d’espoirs et d’atroces déceptions.

Car c’est la France entière et solidaire qui avait été alors meurtrie à l’annonce de sa mort. C’est la France entière qui a vécu, jour après jour au rythme du drame terrible qui se jouait à plusieurs milliers de kilomètres de chez nous. Cette tragédie de Michel Seurat et des autres otages français, que je tiens à saluer ici : Marcel Carton, Marcel Fontaine, enlevés le 22 mars 1985 ; Jean-Paul Kauffmann, enlevé avec Michel Seurat le 22 mai 1985, Philippe Rochot, Jean-Louis Normandin, Georges Hansen, enlevés le 9 mars 1986, Roger Auque, enlevé le 13 janvier 1987.

Tous les Français gardent en mémoire cette attente insupportable. Tous les Français ont ressenti la douleur des familles. Tous les Français ont conservé gravées dans leurs esprits les images du calvaire vécu par ces hommes, par amour pour leur métier, par amour pour le Liban. Comme chacun d’entre nous, j’ai dans les yeux et la mémoire ces images fortes de la libération tant attendue des trois derniers otages français, MM. Kauffmann, Carton, et Fontaine, et de Jacques Chirac, Premier Ministre à l’époque les accueillant, le 4 mai 1988, à l’aéroport de Villacoublay.

Je me souviens aussi de la douleur que nous ressentions tous, à ce moment précis, face à l’absence de l’un d’entre eux, Michel Seurat, qui, malheureusement, n’est jamais revenu.

Nous sommes ici réunis pour rendre hommage à cette personnalité passionnée par cette région, par ce monde arabe qui le fascinait et qu’il appréciait mieux que quiconque. Cet homme de science, de vérité, de recherche. Cet homme tué alors qu’il était dans sa quête de savoir, dans sa passion d’aimer, de connaître, de comprendre ce monde, sa mentalité et sa culture. Tué dans ce Liban qu’il aimait tant, où il vivait depuis dix années et où il avait décidé de demeurer avec sa famille, malgré la guerre civile, malgré les tensions quotidiennes.

Grand ami du monde arabe, où il était né et avait passé sa petite enfance, homme de tolérance, d’ouverture d’esprit, unanimement apprécié, Michel Seurat était l’un des plus brillants représentants de la recherche universitaire française.

Considéré comme un des meilleurs spécialistes français de cette région, Michel Seurat a laissé une œuvre scientifique majeure. Il fut un grand sociologue des sociétés proche-orientales. Loin de s’enfermer dans une spécialisation étroite et confortable, il savait allier toutes les qualités d’un chercheur de haut niveau : une curiosité intellectuelle insatiable, une parfaite connaissance du terrain et une pleine compréhension des enjeux sociaux, politiques et culturels de son temps.

Il avait transformé son empathie pour cette région en un engagement intellectuel exigeant et rigoureux qui l’avait conduit à devenir un arabisant émérite, capable de conduire des enquêtes difficiles et courageuses.

Les autorités françaises savent tout le prix qu’attachait Michel Seurat au devenir de cette région du monde et de ce pays en particulier, le Liban, si cher à son cœur.

Ce Liban avec lequel il vivait en phase complète. Ce Liban qu’il aimait et qu’il voulait en paix, libre et fort. Ce Liban qu’il comprenait si bien et pour lequel aujourd’hui ses analyses exigeantes critiques, raisonnées, lucides nous seraient tellement précieuses. Ce Liban où il comptait tant d’amis, de collègues, qui l’ont pleuré.

Adieu Michel Seurat, merci de ce que vous avez apporté à la connaissance de cette région du monde, au monde arabe, au Liban, à la France. Nous garderons de vous cette image très forte d’un chercheur français d’exception, d’un homme de passion, d’un homme de conviction qui a payé injustement de sa vie la force de son engagement. Aujourd’hui, tous rassemblés autour de vous, nous nous inclinons devant votre mémoire et nous rendons hommage à ce très grand Français que vous avez été.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 22/01/2007

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