COP21 : Tribune de l’ambassadeur dans L’Orient-Le-Jour (9 octobre 2015)

Changement climatique : il y a urgence à agir

Le 30 novembre, Paris accueillera la 21e Conférence sur le climat (COP21). Elle réunira 196 participants et plus de 2 000 organisations de la société civile. Quel est l’objectif ? Conclure un accord universel qui soit à même de limiter, d’ici à la fin du siècle, la hausse des températures à 2°C. La tâche est immense, mais l’espoir est là. Le dérèglement climatique est l’affaire de tous. C’est pourquoi la mobilisation des citoyens et des acteurs non étatiques (qu’il s’agisse des collectivités locales, du secteur privé, des ONG ou des scientifiques) est un des axes majeurs de la présidence française de la COP21.

Quelle est la situation ? Le message du cinquième rapport du Giec (Groupe international d’experts du climat) est clair : le dérèglement climatique, causé par l’activité humaine, est aussi incontestable et universel qu’il est dangereux. Il est ressenti partout dans le monde, comme nous le rappellent des catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes. Il représente une menace pour la biodiversité, la sécurité alimentaire et la santé de tous. N’en déplaise aux « climato-sceptiques », la réalité du changement climatique fait aujourd’hui consensus au sein de la communauté scientifique. Le doute n’est plus permis : les émissions de gaz à effet de serre sont à l’origine des perturbations actuelles et à venir du système climatique.

C’est pourquoi il y a urgence à agir. La France s’est engagée dans ce qui constitue une des priorités absolues de son action internationale. Une chose est sûre : nous ne pourrons sortir de l’impasse que si nous engageons une transformation en profondeur de nos économies et de nos sociétés. De nouveaux modèles de développement sont à inventer pour répondre durablement aux aspirations économiques et sociales d’une population mondiale en croissance. Cette urgence requiert une action solidaire et forte en faveur du climat.

Le Liban est au cœur de cette actualité

La crise des déchets de cet été et la menace qu’elle fait peser sur les nappes phréatiques ont montré l’ampleur des défis environnementaux au Liban. Au-delà de cette crise majeure, la prise de conscience, par la société civile libanaise, des enjeux liés au développement durable, notamment au réchauffement climatique, est salutaire. Qu’adviendra-t-il des cèdres qui symbolisent l’identité du pays si la température continue de monter ? Dans quelles réserves d’eau ira puiser le Liban en plein cœur de l’été lorsque les pluies n’irrigueront plus suffisamment ses sols ? Le Liban, les Libanais sont, comme l’ensemble de l’humanité, susceptibles d’être gravement affectés par les conséquences du changement climatique, comme l’a illustré récemment l’épisode de l’hiver très sec de 2013-2014 et les difficultés d’approvisionnement en eau qui en ont résulté.

Dans la perspective de la COP21 à Paris, le Liban adopte une position constructive dans le cadre des négociations internationales sur le climat et a indiqué être favorable à l’adoption d’un cadre juridiquement contraignant à l’échelle mondiale visant à atténuer les émissions de gaz à effet de serre. Le Liban a rendu sa contribution nationale (INDC) la semaine dernière, ce qui est une très bonne nouvelle. Le Liban prévoit de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30 % si le pays obtient un soutien international et d’au moins 15 % sans conditions, d’ici à 2030. La contribution libanaise sera donc prise en compte, aux côtés de celle des 145 pays qui ont également remis leurs engagements. C’est une étape importante pour le succès de la Conférence de Paris.

De nombreuses pistes existent pour le Liban pour atteindre cet objectif, par exemple la mise en exploitation du potentiel d’énergies renouvelable, le recours au gaz pour la production d’électricité, le développement et l’amélioration de la qualité des transports publics, l’optimisation de l’utilisation de l’eau dans le secteur agricole ou encore les incitations financières pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

La France se tient aux côtés du Liban pour relever ce défini commun.

Au Liban, l’Agence française de développement (AFD) accompagne plusieurs initiatives qui contribuent à faire progresser la lutte contre le dérèglement climatique.

À titre d’exemple, l’AFD a apporté son soutien pour renforcer le réseau des réserves naturelles libanaises, en particulier dans le Chouf, à Horch Ehden, Tannourine, Bentael ou encore Tyr. Cet appui a notamment permis de protéger la biodiversité, de faciliter l’accueil et la sensibilisation des visiteurs, et de promouvoir le développement local à travers l’écotourisme.

De même, l’AFD a octroyé un prêt de 30 millions d’euros pour accompagner la Banque du Liban dans le développement d’une offre de financements en faveur des investissements énergétiques et environnementaux des entreprises libanaises. Le développement de la production d’énergies renouvelables permettra non seulement de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi d’améliorer la compétitivité des entreprises.

En réponse à la demande des autorités libanaises, l’AFD finance également une étude de faisabilité destinée à préparer une contribution au programme national de reforestation « 40 millions d’arbres » et un appui au développement des infrastructures rurales.

Je veux également saluer les ONG libanaises, qui sont nombreuses et très dynamiques. C’est pourquoi l’AFD soutient depuis 2014 un projet de l’association Arcenciel visant à appuyer 12 municipalités pilotes dans la mise en place de systèmes de gestion des déchets. Les résultats sont là : un système de tri, de collecte et de recyclage des déchets dits valorisables (comme le carton, le papier ou encore les plastiques) a été mis en place. Le projet permet également de sensibiliser les populations au tri et au recyclage grâce à la diffusion d’un manuel dans les municipalités. Ce n’est pas tout : des camions pour la collecte et la construction ont été acquis, et les centres de tri/recyclage à Jisr el-Wati, Baabda, Taanayel et Halba ont vu leur équipement renouvelé.

Pour lutter contre le changement climatique, il faut savoir « allier le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté » (Gramsci). Nous savons que les autorités libanaises souhaitent soutenir la France dans ses efforts pour que les négociations en cours débouchent sur un texte fort, à la hauteur de l’enjeu. C’est en joignant nos forces que nous pourrons relever ce défi dont dépend l’avenir de nos enfants.

*Emmanuel Bonne est l’ambassadeur de France à Beyrouth.

Dernière modification : 26/01/2016

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