Allocution sur le thème : "Le français professionnel : un atout pour les entreprises libanaises ?" 5 février 2013

Madame la Présidente, Chère Reine Codsi,
Mesdames et Messieurs les responsables d’entreprises,
Chers amis,

Je vous remercie pour votre invitation et merci à M. Armand Farès pour son mot d’introduction. Je voudrais vous parler aujourd’hui, comme prévu, du « Français professionnel, un atout pour les entreprises libanaises ».

I – État des lieux

La formule pourrait paraître provocatrice tant il est généralement admis que la seule langue véhiculaire des transactions est ou devrait être l’anglais. Nous vivons, il est vrai, un monde mondialisé, un ‘global village’ selon la formule de Marshall Mc Luhan, qui s’accompagne de l’affirmation de l’anglais comme langue prédominante.

Mondialisation ou en anglais globalisation.

Nos compatriotes ont souvent peur de ce mot qui signifie à leurs yeux domination américaine ou plus généralement anglo-saxonne, et défaite du français. Pourtant, la mondialisation est d’abord une ouverture à tous et à toutes les initiatives, même des plus petits. Doubaï n’a-t-il pas émergé sur la carte mondiale à la faveur de la mondialisation ?

La mondialisation et le développement des communications internet provoquent en fait un éclatement en multipliant les possibilités, c’est donc en fait une façon de sortir d’un monde bipolaire dans lequel les moins forts étaient sommés de choisir leur camp. Si la toile est majoritairement anglophone, elle permet avant tout à tous de s’exprimer et d’échanger : un professeur d’une de vos universités ici nous disait récemment combien, contrairement au sentiment répandu, c’était là une chance pour la francophonie, en permettant l’accès de tous à des données, documents et textes, voire des sites de formation en ligne. Ne boudons pas cette joie et restons donc mobilisés pour aider nos jeunes !

A bien y regarder, la réalité est donc beaucoup plus contrastée que l’on veut bien le croire. C’est d’autant plus vrai au Liban, où la maîtrise du français est un atout substantiel.

1 – Le français, un atout

Deux raisons à cela :

- la force de la francophonie économique libanaise repose sur une diaspora considérable, qui s’appuie notamment sur des implantations importantes dans l’espace francophone (sur tous les continents, Europe, Asie, Afrique, Amériques, Océanie même).

- les indicateurs des échanges du Liban avec les pays francophones sont très favorables.

a) La diaspora libanaise :

Il faut relever le rôle très important des Libanais de l’étranger dans le soutien apporté à la francophonie. On estime à 12 millions le nombre de personnes d’origine libanaise établies hors du Liban. Présente sur tous les continents, cette communauté est particulièrement importante en France (225 000), au Canada, notamment au Canada francophone (350 000) et dans les pays d’Afrique sub-saharienne (entre 250 et 300 000 personnes). Ainsi ces populations établissent un pont entre plusieurs francophonies : ils la renforcent et la revitalisent.

b) Les échanges commerciaux du Liban avec l’espace francophone

Le français doit être considéré comme un atout majeur pour les entreprises libanaises, car la France et les pays francophones sont des partenaires essentiels à l’économie libanaise.

Commerce avec les pays francophones :

Les échanges du Liban avec les pays francophones ont représenté près de 6 Mds USD au cours de l’année 2011, soit près du quart des échanges commerciaux du Liban et 15% du PIB libanais. Le poids des pays francophones dans les exportations et les importations libanaises est quasiment le même (près de 24%).

1 - Focus sur les principaux partenaires francophones

La France, la Suisse et la Belgique font partie des principaux partenaires commerciaux du Liban au cours de ces dernières années (respectivement 4ème, 5ème et 18ème partenaire commercial du pays en 2011). La France était le 4ème fournisseur du Liban en 2011, la Suisse le 6ème fournisseur et le 2ème marché pour les exportations libanaises, alors que la Belgique constituait le 8ème client des exportations libanaises.

2 - Les échanges franco-libanais

Les échanges franco-libanais ont représenté 1,31 Md€ au cours des onze premiers mois de l’année 2012. Les exportations françaises en 2011 ont atteint 1,13 Md€, montant déjà dépassé au cours des onze premiers mois de l’année 2012 (1,27 Md€). Le marché libanais a une importance particulière pour la France puisqu’il constituait son dixième excédent commercial au monde (le deuxième excédent français du Moyen-Orient après les Emirats Arabes Unis) en 2011 et que la part de marché de la France a atteint près de 9 % au cours des huit premiers mois de l’année 2012, ce qui la place, à ce stade, au 1er rang des fournisseurs du Liban. L’inverse est également vrai car les produits français représentaient 7,3% des importations libanaises en 2012.

3 - Les entreprises françaises au Liban (voir IDE libanais)

Les liens commerciaux sont très forts entre la France et le Liban, et la connaissance du français apparaît être un atout supplémentaire pour les entreprises libanaises. En effet, le nombre d’entreprises françaises qui exportent au Liban a atteint près de 4800 au cours de ces dernières années, ce qui fait du Liban le troisième pays du Moyen-Orient en termes d’attractivité des entreprises françaises. De même, plus de 80 filiales de groupes français sont présentes au Liban. Je voudrais ici vous rendre hommage pour votre action en relation avec ces sociétés françaises –si tant d’entre elles sont présentes ici-, notamment des PME, c’est qu’elles ont trouvé avec vous des partenariats confiants et solides.

Du côté des relations libanaises en France, même si structurellement, le montant des exportations libanaises demeure relativement faible, elles existent au travers des investissements libanais dans le pays. D’après la Banque de France, les flux d’investissement direct en provenance du Liban ont représenté 1,3 Md€ en 2011, soit 43% des flux d’investissement des pays du Moyen-Orient en France, et le stock d’investissement libanais en France a atteint 3,3 Mds € en 2011. 50 % IDE libanais.

4 – Tourisme

Enfin, la part des touristes en provenance de France dans le montant total des touristes ayant visité le Liban est passée de 7,8% en 2011 à 14,9% en 2012, alors que la tendance générale est à une baisse du nombre des touristes.

5 - Les pays francophones d’Afrique

Les échanges commerciaux entre le Liban et les pays francophones d’Afrique en 2011 représentent un total de 196 M USD pour les exportations, et de 349 M USD pour les importations, avec des échanges majeurs en direction de pays d’Afrique Sub-saharienne comme la Côte d’Ivoire, le Congo, la Guinée, et des échanges également importants en direction des pays du Maghreb comme l’Algérie et le Maroc. Je voudrais signaler la place des Libanais d’Afrique qui, de retour au Liban, sont demandeurs de francophonie, notamment audiovisuelle.

2 – La présence du français dans les entreprises au Liban

Les résultats du Forum régional du français professionnel organisé en mars 2012 à l’ESA, en partenariat avec l’Institut Français du Liban et le Bureau Moyen-Orient de l’AUF (Forum auquel le FFA avait contribué et en amont duquel une enquête avait menée auprès de 138 entreprises), ont montré que plus d’1/3 d’entre elles ont 50% d’effectifs francophones (ces résultats se confirment si l’on retire de la liste les entreprises qui ont lien avec la France). Pour les francophones dans les entreprises, 50% déclarent utiliser le français ‘souvent’, voire ‘tout le temps’. La proportion varie avec les responsabilités : les individus exerçant de plus importantes responsabilités sont amenés à utiliser le français de manière régulière :
Niveau manager : Tout le temps : 5% - Souvent : 36%
Niveau Directeur général : Tout le temps : 17% - Souvent : 42%
Niveau membre de CA : Tout le temps : 26% - Souvent : 29%

En termes d’outils de communication, selon le questionnaire, les résultats sont hétérogènes. L’anglais est clairement en position dominante, mais la situation est loin d’être tranchée. Les entreprises produisent des outils de communication internes bilingues, voire trilingues (47%). Si on se limite aux entreprises n’ayant pas de liens institutionnels avec la France, on constate des similarités : le poids de l’anglais est important mais le français est utilisé dans 30% des cas, et le trilinguisme représente 20% des situations.

Du point de vue de la politique de recrutement au sein des entreprises, une majorité des personnes interrogées déclare que les offres d’emploi de l’entreprise demandent souvent, voire toujours un niveau en langue française avec la mention « French is a must ».

Même au sein des entreprises sans lien avec la France, 77% des offres d’emploi requièrent la maîtrise du français.
Dans 52% des cas, le niveau de français est testé durant l’entretien d’embauche.

Les entreprises libanaises ont donc une pratique bien éloignée des représentations (souvent biaisées) : elles adoptent une politique linguistique clairement articulée avec leurs besoins en termes d’expansion, et font du français un vecteur de conquête de parts de marchés.

II - L’action des autorités françaises

Dans ce contexte, la part qui revient aux autorités françaises consiste à accompagner à renforcer ce mouvement, au Liban, comme partout dans le monde.

1 – La politique de la France

C’est le sens du Plan d’action qui a été défini par la ministre déléguée à la Francophonie Madame Yamina Benguigui, plan d’action qui s’inscrit dans le droit fil de l’engagement n°58 du Président François Hollande. Ce plan s’articule en plusieurs axes qui visent la présence et l’attractivité de la langue française dans toutes les sphères du monde éducatif, médiatique, numérique, culturel et économique. En cela, la ministre rejoint les orientations du Ministre des affaires étrangères M. Laurent Fabius, qui a fait de la diplomatie économique l’un des axes majeurs de sa stratégie.

Quelques actions programmées dans ce cadre :

- Promouvoir l’apprentissage du français économique dans notre réseau culturel et dans les systèmes éducatifs étrangers : axe stratégique qui s’appuie notamment sur le dispositif des certifications françaises des affaires développées par la Chambre du Commerce et d’Industrie de Paris (Diplôme de français professionnel DFP de la CCIP – A titre d’illustration : l’Institut Français du Liban pourra offrir bientôt le DFP Tourisme ; suivront les DFP Affaires, Médical, Juridique, etc.).

- Développer des filières francophones dans les établissements, qui hors des frontières de la France, forment les dirigeants d’entreprise. L’ESA de Beyrouth joue, à ce titre, un rôle clé, comme vous le savez.

- Encourager les bonnes pratiques, comme l’adoption de « Protocoles linguistiques ».

Ces actions s’accompagnent d’une série d’initiatives qui sont prises, en partenariat avec des organismes multilatéraux comme l’OIF, et des opérateurs comme l’AUF, TV Monde, RFI, etc. visant à renforcer et développer la présence du français dans l’espace numérique, dans les échanges scientifiques et artistiques, mais aussi dans la coopération, en particulier dans des secteurs clés comme la santé, l’alimentation, l’environnement, la résolution de conflits, toutes initiatives qui concourent au renforcement de la position du français dans ce qu’il convient d’appeler le marché des langues.

2 – L’action de l’ambassade de France / Institut français du Liban

Au nombre des nombreuses actions, menées notamment par l’Institut Français du Liban et l’ESA, je voudrais illustrer mon propos pour finir par l’une d’entre elles qui me paraît paradigmatique d’une coopération particulièrement favorable pour le développement de la francophonie économique.

Je veux parler du FSP Francophonie (Fonds de Solidarité Prioritaire) qui vient en appui au Pacte linguistique Liban-OIF signé par les autorités libanaises le 21 octobre 2010, à Montreux.
Ce FSP « Consolidation et développement de la francophonie au Liban », doté d’1 million d’Euros, soutient des actions visant à renforcer la place du français dans le monde professionnel.

Lors des comités interministériels consacrés à l’élaboration du Pacte linguistique, les représentants des ministères libanais ont tous exprimé le souhait de mettre en place des programmes de français de spécialité au sein de leur administration (diffuser aux participants les 2 premiers exemplaires de la « Lettre du FSP ») A titre d’exemple, les ministères de la justice, des finances et du tourisme ont exprimé des besoins très clairs dans ce sens :
Justice : la langue officielle au tribunal est l’arabe. Pourtant c’est à partir de la jurisprudence française que la plupart des décisions de justice sont rendues. De plus, les liens étroits entretenus par les barreaux de Beyrouth et de Paris ainsi que les nombreux colloques et conférences organisés en français témoignent de la vitalité de cette langue, pratiquée au quotidien par une large majorité des professionnels du Droit au Liban.

Finances : les échanges qu’entretiennent les fonctionnaires du ministère des Finances avec les institutions du monde francophone sont limités en raison d’une insuffisante connaissance de la langue française. Selon le ministère, ils ne sont pas suffisamment préparés à l’évolution de leurs pratiques professionnelles dans un contexte de mondialisation.

Tourisme : le Ministère du Tourisme a exprimé des besoins au sein même de ses services mais aussi chez les acteurs privés du secteur. Le ministère travaille actuellement à la création d’un Label trilingue pour les hôtels qui seront en mesure d’accueillir et de servir leurs clients dans les 3 langues. Ce Label trilingue est en cours d’élaboration. Par ailleurs, afin de permettre aux guides touristiques et aux concepteurs de brochures touristiques d’exercer en français, en particulier dans le secteur de l’écotourisme, des formations linguistiques ont été mises en place.

Sur ce projet comme sur de nombreux partenariats, nous travaillons en lien étroit avec l’École supérieure des Affaires de Beyrouth. L’ESA occupe en effet une place centrale dans la promotion du français des affaires au Liban. Comme vous le savez, l’ESA est partenaire de la CCIP (aujourd’hui appelée la CCI-Paris-IDF), qui promeut les diplômes et les certifications de français professionnel. Par ailleurs, l’ESA forme en français les managers de demain. L’école développe ces activités, non seulement autour des formations en masters, mais aussi pour la formation professionnelle (certifications bancaires, centre de formation des banquiers centraux) ou, bientôt peut-être, au niveau Bachelor, en accueillant des étudiants après le bac français. L’ESA poursuit donc son développement avec ambition.

Au Liban comme ailleurs, le monde économique est un monde globalisé, où la place de l’anglais est à l’évidence prédominante. Néanmoins, un grand nombre de secteurs (affaires, services, commerce, import-export) est étroitement lié avec les acteurs économique francophones. Afin de sensibiliser ces acteurs à l’importance de l’apprentissage du français comme vecteur de profit, le Pacte linguistique prévoit une campagne de promotion en faveur du français qui sera soutenue par le FSP.

En conclusion, la France est aux côtés des autorités libanaises, aux côtés des entreprises libanaises pour accompagner, par une politique à la fois volontariste et déterminée, les stratégies de marketing francophone. La langue française représente de très sérieux atouts pour le développement des entreprises libanaises.

Dans un monde résolument ouvert et multipolaire, où le plurilinguisme devient la norme, nous vous remercions pour votre action et nous sommes à vos côtés pour mieux « vendre » la langue française et le plurilinguisme, dans le respect de l’identité plurielle libanaise !

Dernière modification : 24/06/2013

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