Allocution prononcée lors des rencontres autour de l’œuvre de Salah Stétié - 18 avril 2013

Monsieur Adnan El-Sayed Hussein, Recteur de l’Université Libanaise
Monsieur le Représentant de son Excellence le Président du Conseil des Ministres, Son Excellence Monsieur le Ministre Walid Daouk,
Madame Wafa Berry, Doyenne de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université Libanaise
Chers amis, Monsieur le ministre Adnan Kassar et Monsieur le député Marwan Farès,
Monsieur l’Ambassadeur Salah Stétié,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Je suis très heureux d’être parmi vous à l’occasion de cette ouverture officielle du colloque consacré à l’œuvre de Salah Stétié, organisée par l’Université Libanaise.

Je remercie la Doyenne de la Faculté des Lettres et des Sciences humaines, Madame Wafa Berry, pour son investissement et ses encouragements, qui ont permis à ce colloque de voir le jour. Les équipes de l’Institut français du Liban ont soutenu cette belle initiative et peuvent témoigner de l’implication des professeurs et des étudiants de l’Université Libanaise dans sa réalisation. Je les félicite pour leur mobilisation.

La détermination et la persévérance des organisateurs de cette manifestation méritent enfin d’être saluées, tout particulièrement Reina Abed qui en a été la cheville ouvrière. Après deux reports de ce colloque, nous sommes enfin réunis pour rendre hommage à Salah Stétié.

Je ne vais pas vous apprendre qui est cet homme aux multiples talents, au parcours si riche. Salah Stétié est une voix majeure de la littérature francophone. Poète et essayiste libanais de langue française, grand amateur d’art et diplomate, il est un homme pluriel. Entre Orient et Occident, son œuvre est celle d’un passeur de mondes et d’un fervent défenseur de la réconciliation, de cette quête d’unité. Salah Stétié est l’homme de deux rivages. Ses écrits regardent vers l’Occident, sans jamais cesser d’être illuminés par l’Orient. Un symbole extrêmement fort de ce lien qui unit nos deux pays, la France et le Liban. Son œuvre se tient à égale distance de la modernité qu’elle assume et de la tradition qu’elle réinvente, elle est habitée par les voix de la littérature française et par celle de l’Islam.

La tâche qui m’incombe, à l’ouverture de colloque, est ardue, l’exercice risqué : comment peut-on saluer et rendre un digne hommage à la mesure de la figure tutélaire qu’est Salah Stétié ? Nombreuses sont les tentatives de critique littéraire de ses ouvrages, de ses poèmes et de ses essais, mais ont-elles réussi à appréhender cette œuvre dense et complexe ?

Cher Salah Stétié, dans le monde pluriel auquel vous appartenez, les deux rives de la Méditerranée s’attachent et s’embrassent, entre absence et présence.

Vous êtes le témoin sensible de cet équilibre fébrile, vous transmettez à votre manière le plus beau visage d’un mystère oriental s’offrant en amant généreux vers cette autre terre accueillante. Chez vous, le choix de la langue française relève du registre éminemment amoureux.

Pendant ces deux jours de colloques, les spécialistes vont aborder les multiples aspects de votre œuvre. A travers vos livres, vous parcourez un chemin atypique dont la singularité a inspiré, avec d’autres, les principes fondamentaux de la francophonie : l’ouverture, le sens du partage, la mixité, l’égalité des points de vue, la qualité du débat. Tout au long de votre parcours, vous vous êtes souvent posé la question de l’identité littéraire, refusant d’être confiné dans le catalogue des « écrivains étrangers d’expression française ». Cependant, en restant fidèle à vous-même, on vous retrouve fièrement dans la peau de l’écrivain francophone. Vous avez à ce titre essuyé nombre de critiques. Mais, confiant dans votre destin, vous avez passé votre chemin, vous avez bâti des ponts, entre ce que vous étiez et ce que vous vouliez devenir : un écrivain francophone.

Il semble essentiel pour vous d’apporter, à travers votre écriture, quelque chose de nouveau et d’inédit. Et vous nous avez apporté davantage en refusant d’être l’exilé dans la langue française. Ce que vous avez dit en 2009 dans une interview donnée à l’occasion du Salon du Livre francophone à Beyrouth, je le dis en arabe :

أنا لست منفيا داخل اللغة الفرنسية

Dans votre œuvre, l’écriture devient un vecteur de réconciliation. Je vous cite : « C’est toujours une étrange émotion que celle qui naît de la traversée d’un pont mental. Les mots ne sont parfois, d’une rive à l’autre du monde, que de tremblantes passerelles. Un mot partagé et partageable est l’une des façons que les hommes ont inventées pour vaincre la séparation ». Extrait de l’article « Le français, l’autre langue » paru en 2001.

Écrivain de la médiation, du pont, de la passerelle, de l’effacement des frontières, du syncrétisme des cultures, vous êtes de ceux qui écrivent pour enrichir. Vous apportez cette touche mystérieusement orientale à une langue occidentale. Vous accédez ainsi à l’universel.

Mariage des langues, rencontres de cultures, sémantique parfaite, vous avez inventé votre propre horizon auquel vous nous invitez en maître de cérémonie, généreux et patient. Nous, en hommes contemporains, n’avons-nous pas mis du temps à vous comprendre ? Du temps pour saisir les métaphores parfaites de l’esprit libre, de l’ambassadeur de l’être, du poète refusant que l’on lui dicte sa conduite. Vous êtes la manifestation troublante de la possibilité d’un voyage impossible. Votre poésie, telle une colère sensationnelle, nous invite à constater que ce voyage singulier dans une langue merveilleuse donne matière à l’existence d’une pure magie.

Je veux ainsi rendre hommage à votre savoir-faire singulier, cette capacité à mettre en harmonie une langue à la fois singulière et universelle.

Cette écriture puissante et féconde nous invite à tisser et créer des liens entre les cultures. Un appel à partager et consolider cet espace de dialogue commun.

Et je voudrais terminer en citant l’avant-propos écrit en mai 1991 pour présenter une nouvelle édition du très beau texte « Le voyage d’Alep », un de vos plus anciens textes :

« Et bien, soit : que ces quelques pages subissent l’épreuve d’une petite édition amicale. Je les dédie au souvenir d’un temps où cette région du monde n’était pas encore ce terrible nœud insécable qu’elle est devenue, où la rosée matinale savait tomber avec bonté sur les hommes et les choses de l’Orient, où le Paradis perdu ne l’était pas complètement pour un garçon de dix-huit ans qui rêvait les yeux ouverts. »
(La Haye, le 10 mai 1991)

N’est-ce pas d’une brûlante actualité ?

Merci. Je vous souhaite à tous une très belle manifestation.

Dernière modification : 20/06/2013

Haut de page