Allocution prononcée lors de la messe du lundi de Pâques (1er avril 2013‎)

Béatitude,‎
Messeigneurs,‎
Excellences,‎
Révérends pères,‎
Chers amis,‎

Permettez-moi d’exprimer ma grande joie et le grand honneur que mes collaborateurs et moi-‎même éprouvons à nous trouver parmi vous, au siège du Patriarcat maronite d’Antioche et de ‎tout l’Orient, afin de célébrer la Pâque chrétienne et de perpétuer cette belle tradition qu’est la ‎messe à l’intention de la France.‎

Laissez-moi vous réitérer toutes mes félicitations pour votre élévation au collège des ‎cardinaux à l’automne 2012. Les qualités spirituelles et d’attachement aux valeurs humaines ‎qui vont ont permis d’y accéder sont connues et appréciées de tous, au Liban et au-delà. Vous ‎avez contribué à écrire une nouvelle page en élisant le pape François, donnant une grande ‎espérance aux chrétiens du monde entier, et notamment aux chrétiens d’Orient. ‎

Les Libanais de toutes les confessions ont un profond respect pour les messages portés par le ‎pape et leur accordent une grande attention. Nous l’avons constaté lors de la visite de Benoît ‎XVI en septembre 2012, accueilli et salué à la fois par les chrétiens et les musulmans, venus ‎entendre les appels à la fraternité, à l’harmonie entre frères, au dialogue interreligieux.‎

Laissez-moi également vous dire l’émotion et la fierté que je ressens au moment de ‎représenter pour la première fois mon pays en cette circonstance à la fois solennelle et ‎conviviale. Cette rencontre annuelle, qui a été maintenue même aux temps les plus sombres ‎de l’histoire du Liban, souligne les relations étroites et les liens d’amitié qui unissent depuis ‎des siècles la France et la communauté maronite.‎

Je sais votre attachement à notre pays, auquel vous rendez visite très prochainement.‎

Ces liens anciens et profonds ne se démentent pas. Alors que le mois de la Francophonie vient ‎de s’achever, je me permets de souligner le rôle très actif que joue votre communauté dans la ‎promotion de la culture et de la langue françaises au Liban. Notre coopération est riche et ‎multiple, mais s’il y a un domaine où elle nous est chère, c’est en matière d’enseignement. A ‎ce titre, l’engagement de votre communauté auprès de la jeunesse libanaise, de l’école ‎maternelle jusqu’à l’université, est remarquable. La communauté maronite partage avec la ‎France des valeurs universelles : la dignité humaine, la justice, la paix, la tolérance, valeurs ‎qui sont au cœur des enseignements que vos écoles et instituts dispensent. ‎

Ces valeurs nourrissent votre vision d’un Liban pluriel, multiconfessionnel, tolérant, libre, ‎dans lequel tous les Libanais puissent vivre ensemble et dans l’entente. Elle est partagée par ‎toutes les femmes et les hommes qui désirent que le Liban incarne, comme il a su si bien faire ‎à travers les siècles, un modèle de société fondé sur des valeurs démocratiques et des libertés ‎garanties par la constitution.‎

C’est également cette vision que notre diplomatie s’emploie à défendre pour le Liban.‎

Ce message de paix et de tolérance, que les chrétiens ont le devoir de porter, est cependant ‎aujourd’hui sous la menace de l’instabilité et des incertitudes qui pèsent sur le Liban et au-‎delà, sur le Proche et le Moyen-Orient.‎

La crise qui secoue la Syrie depuis deux années est dramatique et a conduit plus d’un million ‎de Syriens à quitter leur pays pour fuir les violences et trouver refuge dans les Etats voisins. ‎Aujourd’hui, des milliers de familles vivent dans un dénuement complet et sont en proie au ‎malheur, ici même, au Liban. La France a pleinement conscience des difficultés économiques, ‎humanitaires et sécuritaires que rencontre le Liban face à cette tragédie et s’emploie à ‎apporter un soutien à ses institutions et aux associations œuvrant sur place. L’accueil réservé ‎aux réfugiés est d’ailleurs salutaire.‎

Je salue la politique de distanciation engagée par le président de la République Michel ‎Sleiman, symbole de l’unité du pays, et soutenue par le Premier ministre Nagib Mikati, et ‎reconnaît l’importance de la déclaration de Baabda, qui représente une protection contre les ‎éventuelles répercussions de la crise, en permettant au Liban de rester neutre face aux conflits ‎régionaux. Il en va de sa stabilité.‎

Dans cette région hélas marquée par la violence, le Liban lui-même traverse une grave crise ‎de confiance. La situation a beaucoup changé depuis la célébration de Pâques l’an dernier. ‎

L’attentat, le 19 octobre 2012, dans lequel Wissam Al Hassan a trouvé la mort, a ranimé le ‎spectre des assassinats politiques dans ce pays, et renvoyé les Libanais aux heures les plus ‎noires de leur histoire. Ce crime ne doit pas rester impuni. ‎

Le président de la République, François Hollande, lors de son déplacement au Liban le 4 ‎novembre dernier, avait exprimé le soutien de la France, au président de la République Michel ‎Sleiman dans ses efforts pour sortir le pays de la crise et permettre à l’ensemble des ‎composantes libanaises de se sentir intégrées, respectées, et en sécurité.‎

Ces derniers jours ont ouvert un peu plus grande la porte de l’incertitude politique. Le ‎gouvernement vient de démissionner et les Libanais se trouvent confrontés à une absence de ‎visibilité sur le devenir de leur pays. ‎

Cette démission de Nagib Mikati intervient à l’approche des élections législatives. La France ‎a rappelé l’importance de voir ces élections se dérouler dans les meilleurs délais selon les ‎dispositions constitutionnelles, dans un climat de tolérance, dans le respect des standards ‎internationaux et des valeurs démocratiques, que le Liban se flatte, à juste titre, d’incarner et ‎de promouvoir dans une région où ils ont longtemps été bafoués.‎

Depuis de nombreux mois, les tensions s’exacerbent. La tentation du repli sur soi menace de ‎prendre le pas sur l’ouverture et le dialogue. Les débats sur l’élaboration d’une nouvelle loi ‎électorale soulignent la difficulté pour les différentes composantes politiques à s’entendre sur ‎un texte qui puisse répondre à l’intérêt général. Vous-même appelez les responsables et ‎hommes politiques libanais « à reprendre le chemin de la table de dialogue, dans un esprit de ‎responsabilité et de conscience nationale ».‎

Dans ce contexte, la France entend la voix des chrétiens d’Orient, inquiets pour le respect de ‎leur identité, pour leur avenir et leur présence au Liban. Nous savons combien cette situation ‎vous préoccupe. Le « printemps arabe » auquel la France a depuis ses débuts apporté son ‎soutien, doit conduire à instaurer des démocraties, des Etats de droit qui assurent que les ‎minorités ne sont pas opprimées par la majorité. C’est en canalisant le cours de la violence et ‎en participant à une vie politique, libérés des dictatures, que chaque citoyen d’un Etat, quelle ‎que soit sa confession, peut faire entendre sa voix.‎

La France est convaincue que la démocratie, la tolérance et le dialogue demeurent les ‎véritables garanties de la pérennité de la présence des chrétiens dans la région, dont ils sont ‎une partie constitutive, et dont ils contribuent à façonner l’histoire. ‎

La France est profondément attachée à la stabilité de votre pays et à son indépendance. Elle se ‎tient aux côtés de toutes les institutions et a à cœur de dialoguer avec l’ensemble des forces ‎politiques. Elle soutient le Tribunal spécial pour le Liban afin que les crimes ne restent pas ‎impunis. Elle demeure l’un des contributeurs majeurs de la FINUL afin de garantir l’intégrité ‎et la stabilité du territoire libanais.‎

La France est également attachée, tout comme vous, au message de liberté, de démocratie et ‎de coexistence pacifique entre communautés dont le Liban est porteur, au message de Benoit ‎XVI exhortant les Libanais à refuser tout ce qui pourrait les désunir et à opter pour la ‎fraternité. Je salue ici votre rôle fédérateur et vos initiatives pour renforcer et approfondir le ‎dialogue islamo-chrétien. Votre voix porte pour adresser un message à l’ensemble des ‎Libanais et pour promouvoir l’intérêt général, cette notion si importante dans une démocratie. ‎

La jeunesse de ce pays, soucieuse de son avenir, aspire à entendre ce message et à vivre dans ‎un pays indépendant, souverain, à l’écart des axes régionaux, dans un Etat qui soit au service ‎de la paix, de la justice et du droit, dans un Etat au service de tous ses citoyens qui leur donne ‎la possibilité d’exprimer toutes leurs potentialités au service du développement de ce pays.‎

Aussi, je salue la position défendue par l’Episcopat maronite, sous votre conduite, au sujet du ‎mariage civil. Conscient des aspirations d’une partie de la population libanaise, vous apportez ‎une distinction entre les aspects civils et religieux du mariage qui est un point de départ pour ‎répondre aux demandes des citoyens libanais qui souhaitent se marier dans une cérémonie ‎civile et non religieuse. Même si ce droit nouveau offert aux citoyens est loin d’être adopté, ‎en raison d’un nécessaire amendement de l’article 9 de la Constitution, et donc de l’accord de ‎l’ensemble des composantes politiques, vous démontrez, avec la communauté maronite, votre ‎sens de l’écoute et de l’ouverture vers tous les Libanais.‎

La fête de Pâques est celle de la résurrection, de l’espérance et du renouveau. Je suis ‎convaincu que tous les Libanais sauront entendre le message de fraternité, de dialogue et de ‎responsabilité que vous vous efforcez de promouvoir.‎

Permettez-moi, pour conclure, d’exprimer à Votre Béatitude ma reconnaissance et celle de ‎mes collaborateurs pour les prières qu’elle a élevées à l’intention de la France et de ses ‎représentants, et de l’assurer des vœux les plus respectueux que nous formons pour sa ‎personne et celle des évêques qui l’entourent, pour la prospérité de la communauté maronite ‎comme de tous les Libanais.‎

Je lève mon verre à cette belle amitié qui nous réunit ici et à nos espérances communes pour ‎un Liban en paix, prospère, fraternel et pour un Proche-Orient apaisé.‎

Vive le Liban !‎
Vive la France !‎
Vive l’amitié entre la France et le Liban !‎

Dernière modification : 20/06/2013

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