Allocution prononcée à l’ouverture du séminaire CHEDE MED (5 juin 2013)

Monsieur le Ministre,
Chère Lamia Moubayed,
Chers collègues,
Chers amis,

Je suis heureux d’être parmi vous aujourd’hui pour l’ouverture de ce séminaire, organisé par l’Institut des Finances Basil Fuleihan avec l’appui de ses homologues marocain, espagnol, italien et français.

Je suis d’autant plus heureux que je me sens un peu chez moi à l’Institut des Finances, vecteur essentiel de notre coopération et instrument précieux de la politique de modernisation des finances publiques libanaises. L’institut intervient en partenariat avec ADETEF, l’opérateur technique français de la coopération internationale dans les domaines économique et financier. Il a été mis en place au travers d’un protocole avec notre ministère des finances.
Pendant ces quelques jours, vous allez aborder les perspectives pour le Liban et la Syrie de l’après-guerre. Je suis convaincu qu’ensemble, intervenants et auditeurs, vous serez en mesure de tracer des pistes de travail concrètes permettant de renforcer la croissance économique de la région, source de progrès social, et de mieux répondre à la crise économique et financière qui secoue le monde entier, et la région en particulier.

Les thèmes qui seront abordés sont particulièrement stimulants. Le temps étant compté, je souhaite vous faire part de quelques réflexions sur les conséquences pour le Liban de la crise syrienne afin de contribuer à lancer le débat des prochains jours.

Les conséquences de la crise syrienne au Liban sont profondes.

1. Elles sont d’abord d’ordre politique. La démission du Premier ministre intervenue il y a plus de deux mois maintenant a été interprétée par beaucoup comme une conséquence au moins en partie de la guerre qui déchire la Syrie. La situation en Syrie pose aussi, dans l’esprit de tous les Libanais, la question des équilibres internes au Liban, qui pourraient être modifiés durablement si la guerre s’installe dans la durée.

2. Les conséquences sont aussi sécuritaires, on le voit tout particulièrement depuis quelques semaines, et l’appareil sécuritaire et militaire est tout entier mobilisé. On considère toujours la question des réfugiés sous l’angle humanitaire, ce qui est normal, mais elle doit être considérée aussi sous l’angle de la stabilité et de la paix, dans la mesure où elle est susceptible d’avoir des conséquences qui dépassent de loin le seul domaine social ou économique.

3. Les conséquences les plus visibles sont toutefois avant tout d’ordre économique et financier… Certaines sont favorables, au moins dans le court terme, même si cette réalité est occultée par des considérations politiques d’ensemble.

- Des richesses ont été amenées au Liban par les réfugiés et - elles ont contribué dans un premier temps, dans une certaine mesure, à soutenir la consommation intérieure. On constate aussi une croissance marquée du trafic de l’aéroport de Beyrouth. L’effondrement de la production agricole syrienne et les difficultés extrêmes à évacuer la production de ce pays vers l’étranger ont permis aux exportateurs libanais de remplacer en partie les exportations agricoles syriennes. Enfin, les investissements syriens au Liban ont progressé, pas seulement dans le secteur immobilier, mais également dans l’industrie avec le transfert de certaines productions. Aucune statistique précise n’est disponible pour estimer l’ampleur de ces phénomènes.

- Mais il est évident que les conséquences négatives l’emportent de loin. Elles tiennent à l’attentisme des investisseurs et à la baisse de la confiance. Le secteur immobilier est déprimé depuis trois ans, la désaffection des touristes étrangers à l’égard du Liban est importante, les consommateurs locaux hésitent à dépenser en raison de l’inquiétude qu’ils ressentent face à l’avenir, les IDE se sont effondrés en 2012, les échanges commerciaux du Liban pâtissent de la difficulté à exporter via la Syrie, l’activité bancaire a ralenti et le niveau des transactions à la bourse de Beyrouth s’est effondré. Enfin, les réfugiés pèsent sur des infrastructures libanaises déjà fragiles, tant en matière d’éducation que d’approvisionnement et de traitement d’eau ou de fourniture d’électricité.

4. Au niveau social, l’afflux de réfugiés, aujourd’hui plus de 500 000, crée des tensions avec l’arrivée d’une main d’œuvre prête à travailler pour des salaires très bas.

Voici quelques pistes que je livre à votre réflexion. Ce constat plutôt sombre ne doit pas faire perdre de vue les perspectives d’avenir, sujet de vos travaux pendant ces quelques jours. Il convient en effet d’étudier la place que le Liban sera amené à jouer « le jour d’après », c’est-à-dire quand la reconstruction de la Syrie sera à l’ordre du jour. Le plus tôt sera évidemment le mieux.

Nous nous efforçons pour notre part de nous y préparer, de plusieurs manières.

1. En mobilisant notre dispositif. Il est hors de question de suivre la situation en Syrie à partir de Beyrouth. L’ambassade est pour les questions politiques dédiée au seul Liban. Mais notre dispositif économique est régional. Il est important que nos outils comme l’Agence française de développement, le service Ubifrance chargé de la promotion des entreprises intègrent bien cette vision et se préparent à ce lendemain qui rouvrira des portes entre le Liban et la Syrie liés par tant de liens.

2. Et pour nous, malgré notre amour pour le Liban, ou peut-être à cause e notre amour pour lui, le Liban ne peut sur le plan économique de réduire à ses seules frontières. La vision que nous avons de notre présence au Liban, de l’interaction entre acteurs économiques français et libanais, a une double dimension : bilatérale, naturellement, mais aussi régionale. Ensemble, les sociétés françaises et leurs partenaires libanais doivent porter leur regard au-delà du seul Liban pour travailler sur les marchés régionaux. N’est-ce pas la vocation historique du Liban ? Aujourd’hui, même si le marché libanais lui-même est frappé conjoncturellement, il faut y rester et regarder vers l’avenir, mais aussi regarder vers d’autres marchés en pleine expansion, dans le Golfe, en Irak, ou encore demain en Syrie. C’est le sens de la présence de trente entreprises françaises au salon Project Lebanon qui a ouvert ses portes hier. Cette présence de nos entreprises, avec leurs partenaires libanais, est un acte de foi dans le Liban et dans l’interaction féconde entre acteurs français et libanais, au Liban et au-delà, à l’échelle régionale.

3. Les économies libanaise et syrienne ont toujours été étroitement liées, la Syrie est actuellement le seul débouché possible pour le Liban qui n’a de frontières terrestres qu’avec deux voisins. Al jâr qabla ed-dâr ! Il y a donc là en particulier une réflexion à avoir en amont pour se préparer à la reconstruction du pays meurtri, pour rebâtir des liens qui renforceront la paix et la stabilité dans la région. Il est bon de se tourner ainsi vers l’avenir.

4. Je voudrais conclure sur le chapitre de la formation. Notre credo est là aussi très net : si nos projets de formation au Liban visent naturellement d’abord un public libanais, nous avons à cœur de leur donner chaque fois que cela est possible, une dimension régionale, dans tous les domaines, de la sécurité aéroportuaire avec le CERSA (qui a d’ores et déjà accueilli des stagiaires de l’ensemble du monde arabe), au déminage avec un centre en cours d’élaboration, à l’Ecole supérieure des affaires, et, naturellement l’Institut des finances. Car c’est sans doute là la plus grande richesse du Liban, cette richesse humaine qui fait que partout les Libanais sont présents, que partout ils réussissent. La formation des générations de demain et leur ouverture au monde doit donc être encore et toujours encouragée. Bravo à l’Institut des finances pour son initiative particulièrement opportune et bienvenue.
Je vous souhaite à nouveau un excellent séminaire.

Dernière modification : 20/06/2013

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