Allocution de l’Ambassadeur à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du séminaire sur « l’employabilité des jeunes au Liban : le rôle de la formation professionnelle et de l’entrepreneuriat » Organisé par l’AFD en partenariat avec la Fondation européenne pour la formation (ETF) et la délégation de l’Union Européenne. Conseil Economique et Social lundi 22 septembre 2014, 14h

Monsieur le Ministre du Travail,
Monsieur le Représentant du Ministre de l’Education,
Monsieur le Président du Conseil Economique et Social,

Monsieur le Responsable de la coopération à la délégation de l’Union Européenne,

Madame la Représentante de la Fondation européenne pour la formation (ETF),

Messieurs les Représentants du secteur privé et de la société civile,

Monsieur le Directeur de l’Institut Français,

Monsieur le Directeur de l’AFD,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec un réel plaisir que je prends part aujourd’hui, au Conseil Economique et Social, à la cérémonie d’ouverture du séminaire sur l’emploi des jeunes au Liban. Le lieu est emblématique et je tiens à remercier le Président du Conseil Economique et Social, M. Roger Nasnas, de nous accueillir si chaleureusement dans ses locaux, remarquablement équipés et fonctionnels, et qui, j’en suis certain, permettront des échanges fructueux entre les participants.

Le thème du séminaire est au cœur des réflexions, sur le plan international, sur les modèles de développement durable, il est aussi au cœur des enjeux du Liban.

Au cœur de l’agenda international tout d’abord, car le développement du capital humain constitue un axe majeur pour réduire les déséquilibres de la mondialisation.

L’articulation progressive des questions d’éducation et de formation avec celles de l’emploi et de la protection sociale répond à un besoin vital des populations les plus vulnérables, à une forte attente des classes moyennes pour davantage de solidarité et d’équité, mais aussi à une revendication globale pour des droits sociaux renforcés.
La France défend activement cet agenda social en inscrivant son action dans une approche complémentaire qui intègre à la fois l’éducation, la formation - initiale et continue - et l’emploi.

Au cœur des enjeux du Liban : la question de l’emploi, à commencer par l’emploi des jeunes, s’y pose avec une acuité toute particulière.

Aux effets du ralentissement de l’économie mondiale s’ajoute au Liban l’ampleur des effets de la crise syrienne. Deux des principaux moteurs de l’économie libanaise, l’activité touristique et l’activité immobilière, qui emploient traditionnellement près de 20% de la main-d’œuvre nationale, sont fortement touchés.

Par ailleurs, le tissu productif reste encore faiblement diversifié et insuffisamment créateur d’emplois.

Cette situation accentue les tensions sur le marché du travail dans un pays qui présente un fort contraste social entre la région globalement prospère de Beyrouth et du Mont Liban et les provinces plus défavorisées, particulièrement fragilisées par l’afflux de réfugiés, au nord, dans le sud et l’est du pays.

A titre d’illustration, il me paraît important de rappeler quelques tendances significatives à ce sujet :

• Selon le ministère du travail, quelque 19 000 jeunes Libanais entrent tous les ans sur le marché du travail, mais seulement 3 400 trouvent un emploi.

• Alors que les jeunes Libanais disposent d’un niveau élevé d’éducation (52% d’une classe d’âge accède à l’enseignement supérieur, soit le taux le plus élevé dans la région), le taux de chômage des diplômés du supérieur serait proche de 30% (selon l’OIT).

• La qualité du système éducatif libanais, reconnue internationalement, favorise une forte mobilité internationale des diplômés de l’enseignement supérieur, mais 40% des jeunes diplômés libanais quitteraient le Liban moins de cinq ans après avoir obtenu leur diplôme, faute d’avoir pu trouver un emploi (selon la Banque Mondiale).

• En sens inverse de cette « fuite croissante des jeunes cerveaux », l’afflux de plus d’un million de réfugiés syriens (1,2 selon le HCR) exerce une pression qui n’a jamais été aussi forte sur le marché du travail, notamment sur les emplois peu qualifiés.

Dans ce contexte, il apparaît crucial d’investir dans le développement des capacités de la jeunesse, de lui donner le bagage dont elle a besoin pour s’intégrer socialement, professionnellement et économiquement.

Ne pas le faire serait prendre le risque de dilapider cette richesse « naturelle », ce potentiel gigantesque, et d’avoir à assumer un coût bien plus important.

Tous les leviers disponibles pour faciliter l’insertion des jeunes dans le monde du travail, adapter l’offre de formation professionnelle aux enjeux économiques et environnementaux et promouvoir l’entrepreneuriat et l’auto-emploi, doivent donc être activés.

Ce sont des enjeux déterminants pour la cohésion, la stabilité, et je dirais même, la sécurité du pays. Car nous savons que la pauvreté, l’absence de perspectives d’avenir et l’exclusion sociale constituent un terreau fertile pour la violence et l’extrémisme.

Je me réjouis donc de l’initiative de ce séminaire visant à proposer une démarche pragmatique et des pistes d’actions concrètes pour mieux accompagner l’employabilité des jeunes :

• D’une part, en développant une offre de formation adaptée à la demande dans des filières à fort potentiel et créatrices d’emplois. Cela passe certainement par une modernisation des dispositifs nationaux de formation professionnelle, une meilleure adéquation de l’offre de formation aux besoins des entreprises, un renforcement des partenariats publics/privés et une plus grande prise en considération du secteur informel.

• D’autre part, en facilitant l’insertion des jeunes Libanais sur le marché du travail et leur accès à des emplois décents. Les entrepreneurs libanais ont toujours constitué un pilier de la dynamique économique du pays. Des progrès restent certainement encore à accomplir pour mieux intégrer l’entrepreneuriat dans les cursus de formation, promouvoir l’auto-emploi et offrir un cadre incitatif à la création d’entreprises par les jeunes.

Pour atteindre ces objectifs, il est indispensable de construire une dynamique qui mobilise acteurs économiques et institutionnels, issus du secteur public, de l’entreprise, de la recherche, de l’enseignement et de la société civile. Ce séminaire s’inscrit, me semble-t-il, tout à fait dans cette démarche.

L’Agence Française de Développement soutient déjà des projets de formation professionnelle au Liban, en collaboration avec la Direction Générale de l’enseignement technique et professionnel. Depuis 2009, l’AFD cofinance par exemple le projet Graines d’Espérance, né d’une initiative de l’ONG IECD et de l’entreprise Schneider Electric, dans plusieurs écoles spécialisées notamment dans les métiers de l’électricité à Beyrouth, Saïda, Adma, Tyr, Tripoli, dans le Mont-Liban et le Akkar. Cette expérience réussie, qui combine révision des contenus des programmes et des examens, formations de formateurs, renforcement des collaborations entre écoles, apprenants et entreprises, fournitures d’équipements et appui à l’insertion des jeunes, constitue un bel exemple d’actions concrètes qui pourraient certainement être étendues à d’autres filières.

Pour conclure, je voudrais vous réitérer la disponibilité de nos équipes, celles de l’AFD mais aussi celles de l’Institut Français et de l’Agence Universitaire de la Francophonie, à examiner, avec vous, l’opportunité de nouvelles pistes de collaboration qui pourraient émerger lors de cette rencontre.

Je vous remercie et vous souhaite, une nouvelle fois, de fructueux échanges.

Dernière modification : 15/09/2015

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