Allocution de l’Ambassadeur - Cérémonie de remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du Mérite à Madame Vicky Hakimé, Présidente de la Société française de Bienfaisance Résidence des Pins - jeudi 19 février 2015

Mesdames et messieurs les conseillers consulaires,
Mesdames et messieurs les présidentes et présidents d’associations,
Chers amis,
Chère Vicky Hakimé,

Nous sommes heureux, Annie et moi, de vous accueillir ce soir, à la Résidence des Pins, pour célébrer autour de votre personne, Vicky, à l’occasion de la décoration qui va vous être décernée dans quelques minutes, des valeurs auxquelles nous sommes tous très attachés.

Ces valeurs, elles se cristallisent dans un mot, qui est pour moi un des plus précieux de notre vocabulaire, la solidarité. Cette solidarité, vous l’exprimez dans l’action que vous conduisez, avec celles et ceux qui travaillent avec vous, au service des plus démunis que vous avez choisi d’aider, en animant, depuis plusieurs années maintenant, la société française de bienfaisance de Beyrouth.
Mais pour commencer, laissez-moi rappeler en quelques mots votre parcours :
Vous êtes née à Marseille. Votre père commerçait entre le Sénégal et la cité phocéenne. Vous avez passé vos premières années en Afrique. Vous êtes bien une Franco-Libanaise : votre lieu de naissance, le métier de votre père et le pays où vous avez passé vos premières années nous ramènent aux origines du Liban, à la Phénicie, ou plus précisément à la Carthage punique (phénicien en latin), qui disputa âprement aux Phocéens la maîtrise du comptoir stratégique qu’était Marseille. Fin de l’intermède encyclopédique : j’invite ceux qui ont du mal à suivre à rouvrir leurs manuels d’histoire de la classe de sixième.

Vous partez pour Beyrouth pour entamer votre scolarité chez les sœurs franciscaines de Marie jusqu’en 1968. Votre enfance est bouleversée par un épisode douloureux : vous perdez votre mère. Vous n’avez que 8 ans. La peine de la petite fille que vous étiez a été très vive et je suis sûr qu’il ne se passe de jour que vous ne pensiez à elle. Elle serait très fière de vous voir ici ce soir.
Vous poursuivez vos études secondaires au collège Surval à Montreux en Suisse, où vous êtes interne jusqu’en 1972. J’ai cru comprendre que vous aviez déjà une forte personnalité qui a sans doute retenu vos maîtres, malgré votre vivacité, de reconnaître vos mérites. La médaille qui va vous être décernée tout à l’heure corrigera cette injustice !

En 1972, vous retournez chez les sœurs franciscaines de Marie, pour entamer des études de puériculture. En parallèle, vous coopérez pendant deux ans en tant que rédactrice au journal l’Orient-Le Jour.
Vous rencontrez alors André Hakimé. Vous l’épousez en 1974. Vos études de puériculture trouvent immédiatement à s’employer : petite fille naît le 14 juillet 1975 - je vous félicite du choix de la date - et un second enfant, un garçon cette fois, l’année suivante (on ne m’a pas communiqué la date précise : le 22 novembre ?). Les années qui suivent sont consacrées à l’éducation de vos enfants et au soutien à votre mari, qui poursuit une carrière d’entrepreneur.

En 1983, vous naviguez entre Beyrouth et « le plus beau village du monde », vous aurez compris Jezzine. Vous y organisez le séjour du révérend père Celestino Buhiguass, envoyé spécial du pape Jean-Paul II, et participez activement à sa mission humanitaire dans la région du Liban-Sud, en pleine guerre civile, pendant six années. Vous vous engagez ainsi déjà au service des démunis, on entrevoit les prémices de votre activité dans le monde caritatif. Je note au passage que votre amour pour Jezzine (oui, je vous ai promis que nous y ferions, Annie et moi, une visite avec vous et je saisis l’occasion pour saluer le maire du plus beau village du Liban, je ne dis pas du monde pour ne blesser personne !) est toujours agissant : selon des sources bien informées (mais confidentielles, merci de ne pas le répéter), vous avez en tête un beau projet pour contribuer, avec l’aide d’amis, au développement de votre village.

En 1989, vous êtes élue au comité de la Société Française de Bienfaisance de Beyrouth, d’abord comme membre du comité, puis en qualité de secrétaire générale, de 2001 à 2004, de trésorière, de 2005 à 2007 et, enfin, comme présidente en 2007. Quelle irrésistible ascension !

Créée en 1952, la Société Française de Bienfaisance a pour but de venir en aide aux Français en difficulté sociale résidant au Liban, soit par des secours en argent ou en nature, soit en leur fournissant des soins médicaux et des remèdes, ou encore en contribuant à leur rapatriement. L’association peut également apporter une assistance aux Français de passage au Liban.

Nos compatriotes savent qu’ils peuvent compter sur vous et votre comité : depuis que vous dirigez la SFB, plusieurs types d’aides nouvelles ont vu le jour :
- en 2009, pour répondre à la demande de 6 jeunes étudiants désireux de poursuivre des études dans des filières techniques, vous trouvez les moyens de les aider avec un budget de 2 713 €. Aujourd’hui votre association aide 21 étudiants, avec un budget de 33 853 € ;
- la société française de bienfaisance participe aux frais de colonies de vacances pour occuper et encadrer les enfants durant les mois d’été, allégeant la tâche des mamans, notamment de celles qui travaillent ;
- vous prenez en charge une partie des fournitures scolaires dont les coûts augmentent d’année en année pour les familles les plus démunies ;
- la Société de Bienfaisance accompagne des personnes vers le marché du travail, même si c’est pour un petit salaire, afin de leur remettre le pied à l’étrier et favoriser leur réinsertion sociale. Tout votre comité s’investit dans cette recherche d’emplois, et vous n’hésitez pas, chère Vicky, à faire appel à toutes vos connaissances, du Liban et d’ailleurs, pour placer vos protégés.

Pour permettre la distribution des secours en finance ou en nature, qui se sont intensifiés, on l’a compris, au cours des dernières années, vous avez su redynamiser l’association. Sitôt élue à la présidence de la SFB, vous aviez réformé les statuts de l’association avec l’expertise gracieuse de Maître Osman Arakji, qui est parmi nous ce soir et à qui la SFB doit beaucoup. Il s’agissait de permettre à la SFB de continuer à fonctionner en mettant à jour des statuts obsolètes. Vous avez aussi organisé de nombreuses manifestations, attirant un important public et procurant les subsides indispensables à votre action.
En effet, si le Ministère français des Affaires étrangères vous apporte une subvention annuelle non négligeable, si certains élus français vous font parfois profiter d’une partie de leur « réserve parlementaire », comme ce fut le cas pour les années 2014 et 2015, tout cela demeure ! Les dîners concerts que vous avez organisés ici-même – je me souviens d’une belle soirée Chopin en 2012 - ou au Sky Bar en 2013 et 2014, ainsi que les soirées « cinéma », dont la prochaine aura lieu le 4 mars, permettent de compléter votre fond de caisse.

Je n’oublie pas les donateurs fidèles ou occasionnels que vous sollicitez sans relâche. Une de vos expressions favorites n’est-elle pas (avec le sourire et pour la bonne cause) : « on veut des sous ! » ? On m’a même dit que, lors de la permanence de la SFB dans la salle des associations, vous vous asseyez stratégiquement face à la fenêtre : aucun donateur potentiel qui s’aventure sous les arcades de l’espace des lettres ne peut ainsi vous échapper. Et vous n’hésitez pas à l’inviter (je dirais plutôt à le kidnapper) pour l’informer des travaux de la SFB. Et s’il vous fait un chèque, il est gratifié d’un « je vous aime de tout mon cœur ! ». Il repartira plus riche qu’il n’était venu, soyez-en sûre.

Il arrive malgré tout que les que les caisses soient vides et vous ne puissiez plus aider autant que vous le voudriez : il faut bien reconnaître que votre « Allah bi dabbir » fait des miracles car une aide inopinée ou un remboursement que vous n’attendiez plus tombe à pic, adressé sans aucun doute par la Providence.
Votre engagement personnel, votre force de conviction, votre rayonnement personnel, votre connaissance de la société libanaise, mais aussi le soutien indéfectible de toute votre équipe, permettent à la SFB de remplir au mieux les missions qu’elle s’est assignées. Parmi vos nombreuses, je ne voudrais pas oublier les fêtes de Noël et de Pâques à l’intention des enfants, que tous attendent avec beaucoup d’impatience. C’est que vous avez (aussi) le sens de la fête ! Et je sais que les enfants passent une journée magique avec vous et repartent les yeux pleins de rêves, la bouche pleine de chocolat et, dans les mains, les cadeaux amoureusement préparés. Et cela « vous fait chaud au cœur », pour reprendre une autre de vos expressions favorites. Il y a eu aussi le « souhour » du ramadan organisé avec nos compatriotes musulmans.

De belles réalisations, de beaux souvenirs.

Vous avez tenu aussi, et je tiens à vous en féliciter, à préserver l’apolitisme de la SFB. Vous entretenez de bonnes relations avec toutes les structures représentant les Français du Liban : vous les invitez à vos manifestations, vous répondez présente aux leurs, votre souci que la SFB reste un guichet neutre d’entraide pour tous les Français est compris et respecté par tous.
Votre proches vous entourent ce soir : votre mari, André, vos enfants Marie-Christine et Farid, et tous les membres de votre famille. Dans l’hommage que nous vous rendons ce soir, je voudrais faire une place particulière à André, que d’aucuns (ou plutôt d’aucunes !) ont déjà baptisé le « saint homme ».

André a été votre premier soutien dans tout ce que vous avez entrepris, toujours à vos côtés pour vous aider. Je ne voudrais pas me tromper, mais je crois savoir qu’André, même s’il passe pour le modérateur et la voix du bon sens, n’a jamais contesté vos initiatives et qu’il ne vous a jamais marchandé son soutien. Nous l’admirons pour cela. Votre premier et plus précieux soutien.
Le comité de la société française de bienfaisance est à vos côtés ce soir, Vicky, au grand complet : les anciens membres, tous vos amis rassemblés pour vous remercier d’être ce que vous êtes et de vous consacrer avec cet incroyable dynamisme à la cause des déshérités. Nous vous rendons hommage ce soir mais, à travers vous, c’est toute l’association que vous présidez qui est à l’honneur et qui se voit remerciée de son action.

Chère Vicky Hakimé, la décoration que je vais avoir la joie de vous remettre est amplement méritée. Je vous en félicite vivement.
Vicky Hakimé, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

Dernière modification : 25/03/2015

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