Allocution de clôture prononcée par M. Patrice Paoli, Ambassadeur de France au Liban Palais du Luxembourg 24 janvier 2014 - De Gaulle et le Liban - Les Libanais et de Gaulle - Regards croisés sur une relation-

Chers amis,

Je tiens en premier lieu à vous dire ma très grande joie de me trouver avec vous ce soir, au Sénat, et de prendre part à la clôture de cette journée très riche. Je tiens à remercier chaleureusement l’association Francophonia Liban et sa présidente Clotilde de Fouchécour, et la Fondation Charles de Gaulle, représentée ce matin par M. le ministre Jacques Toubon. Je suis heureux de retrouver aujourd’hui non seulement des érudits, mais des amis. Je me sens bien ignorant devant eux, devant tant de science. J’espère qu’ils feront preuve à mon égard d’indulgence !

Je tiens en second lieu à souligner l’actualité de vos débats : cette journée a été très stimulante et l’idée de croiser les regards en invitant à s’exprimer des historiens, des politologues, des diplomates, des écrivains, des hommes politiques, tant français que libanais, est très heureuse. Tout ce qui s’est dit démontre combien les réflexions et les décisions du Général de Gaulle, au fil de ses divers voyages et des diverses fonctions qu’il a occupées, comme commandant affecté à l’Etat-major des Troupes du Levant, comme chef de la France libre, comme Président de la République française enfin, restent pertinentes. Elles stimulent notre propre réflexion aujourd’hui encore.

Je ne vais pas essayer de faire la somme de ce qui s’est dit, ni tenter de rivaliser avec les savants. Mais je voudrais partager avec vous quelques réflexions et rattacher notre action aux réflexions de de Gaulle sur le Liban. Traiter de la relation entre de Gaulle et le Liban touche pour nous tous au sensible, je dirais même à l’affectif. Car nous avons conscience d’entrer dans ce que les liens entre le Liban et la France ont de plus essentiel et d’extraire de cette extraordinaire histoire d’amitié des principes fondamentaux, des valeurs partagées et, finalement, une énergie pour œuvrer à leur enrichissement mutuel.

Cette rencontre visait à analyser le passé pour mieux éclairer le présent. Parmi les constantes de la pensée du Général de Gaulle, trois éléments principaux continuent d’être d’une actualité particulière :

1. L’appel aux jeunes Libanais à "construire un État", "à lui donner cette vie propre, cette force intérieure sans lesquelles il n’y a que des institutions vides", "à créer et nourrir un esprit public", à se dévouer "au bien commun". Vous avez naturellement reconnu le discours aux étudiants de l’Université Saint-Joseph de 1931 évoqué plusieurs fois aujourd’hui, notamment par le recteur Daccache ce matin. Tous, nous nous abreuvons aux mêmes sources. S’il est une condition pour que le Liban puisse affirmer durablement son identité nationale, c’est bien celle de la participation des jeunes Libanais, les forces vives de demain, à la vie publique, celle de leur engagement individuel et collectif comme citoyens.

2. L’éloge de la volonté, c’est-à-dire le primat du politique que l’on retrouve affirmé avec constance dans les discours et écrits du Général. C’est bien à travers le dialogue, la construction et l’expression d’une volonté commune que le Liban pourra se retrouver aujourd’hui, alors qu’il traverse une période particulièrement difficile.

3. "La solidité et la sincérité" des liens noués entre la France et le Liban, entre les Français et les Libanais, évoquée par le Général de Gaulle. Toute notre action, l’ensemble de notre politique dans toutes ses dimensions, politique, culturelle, économique, d’aide au développement, repose sur ce socle d’une amitié "solide et sincère". Cette relation s’est certes considérablement diversifiée, transformée même, mais elle trouve sa source et sa permanence dans l’affirmation de valeurs partagées, d’une histoire partagée, d’une langue partagée.

On voit bien combien, aujourd’hui, nous restons guidés par ces principes, auxquels j’en ajouterai un autre, essentiel : le général de Gaulle a toujours insisté à la fois sur la constance de l’amitié qui nous lie, Libanais et Français, mais il a toujours insisté aussi, dans ses déclarations an tant que Président de la République, sur la non ingérence, particulièrement lorsqu’il reçut le Président Hélou en 1965. Je vous renvoie aux déclarations qu’il fit à cette occasion. Cette double dimension est aujourd’hui essentielle : il ne nous appartient pas de décider en lieu et place des Libanais, mais notre amitié n’a jamais fait défaut et nous sommes toujours restés, quelles que soient les vicissitudes, aux côtés de nos frères Libanais. La visite du Président Hollande au Liban, le 4 novembre 2012, l’illustre bien.

Je ne vais pas vous exposer ce soir, alors que vous êtes fatigués sans doute par de longs et passionnants débats, toute notre politique. Je vois dirai seulement que nous sommes animés par le sentiment d’un devoir d’amitié, d’un devoir de solidarité vis-à-vis du Liban et des Libanais et que toute notre action vise, sans interférer, à la réalisation des objectifs si éloquemment évoqués et définis par de Gaulle, au service des institutions libanaises, de la construction de l’Etat, de la formation des jeunes Libanais. Le Liban est un acte de foi. Nous savons pourquoi nous sommes là. Etre partout. Parler à tous.

Nous ne nous sommes jamais dérobés – le maintien du Salon du livre francophone en dépit de vents contraires en 2012 puis, en 2013 en apporte le témoignage.

C’est le sens aussi de notre action notamment au Conseil de sécurité, où nous n’avons de cesse de rassembler nos partenaires, à commencer par les membres permanents, autour des principes essentiels d’indépendance, de souveraineté et de stabilité du Liban, pour le préserver autant que faire se peut des retombées des crises régionales qui l’affectent très directement, pour le préserver des divisions qui se font jour entre les membres permanents sur d’autres dossiers, notamment la crise syrienne.

Alors qu’un espoir se fait jour, celui d’un gouvernement de rassemblement national, nous formons le vœu que les Libanais retrouvent les chemins du dialogue pour relancer des institutions paralysées et protéger le pays des périls qui le menacent, pour qu’une volonté commune, si difficile qu’en soit le chemin, puisse enfin s’exprimer.

Je conclurai sur la phrase du général de Gaulle qui suit la célèbre formule : "Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples". Cette phrase, c’est : "Je savais, qu’au milieu de facteurs enchevêtrés, une partie essentielle s’y jouait. Il fallait donc en être". Nous restons et resterons toujours engagés aux côtés du Liban, symbole d’un difficile mais nécessaire, essentiel même, non seulement pour le Liban, mais pour la région tout entière – Le Liban message vivre-ensemble. Nous voulons en être.

Je vous remercie.

Dernière modification : 12/02/2014

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