AN NAHAR du 23/9/2010

La France a failli faire paraître avant-hier un communiqué marquant sa vive inquiétude en raison des développements survenus dernièrement à l’aéroport international Rafic Hariri. Elle ne voudrait pas, en effet, que l’absence de réaction extérieure soit interprétée par certains comme une manière de fermer les yeux sur de tels développements, ou comme un désintérêt vis-à-vis de la situation au Liban. Ce qui n’est nullement vrai, comme l’assure l’Ambassadeur de France, Denis Pietton, à An Nahar.

L’Ambassadeur Pietton considère toutefois que ce qui s’est passé est très inquiétant, et qu’on en craignait fortement les répercussions, au vu des prises de position sur un ton d’escalade qui ont suivi, et compte tenu de l’offensive contre le chef du gouvernement Saad Hariri et de la réaction des députés du Courant du Futur. Il aurait donc souhaité appeler les Libanais à la retenue, de peur que la situation ne dérape et ne débouche sur une réalité dont ils ne veulent certainement pas. Il n’est d’ailleurs pas exclu qu’il y fasse référence à l’issue de sa possible rencontre aujourd’hui avec Saad Hariri, bien qu’il pense qu’il soit difficile que le Hezbollah reproduise l’expérience du 7 mai 2008, pour plusieurs raisons, dont la suivante : il y a des choses sur lesquelles il est difficile de revenir. C’est également le cas pour ce qui s’est passé avec la force internationale au Liban Sud : l’Ambassadeur de France ne pense pas que cela puisse se reproduire.

Où se situe Paris par rapport à ce qui se passe dans le dossier du TSL et vis-à-vis de l’escalade qui en découle ?

L’Ambassadeur Pietton réaffirme que la position affichée par son pays au sujet du TSL n’a pas changé, et qu’il est difficile, voire quasiment impossible, pour ce tribunal d’arrêter son travail, pour deux principales raisons. La première est une raison de principe, liée au motif de sa mise en place, à savoir la vérité sur les assassinats qui ont été perpétrés. La seconde a trait à la difficulté de céder aux pressions pour mettre fin au travail de cette Cour. L’Ambassadeur ne nie pas que des contacts aient eu lieu sur la ligne Riyad-Paris, et qu’ils aient probablement contribué à retarder la publication de l’acte d’accusation de septembre à peu avant la fin de l’année peut-être, et il n’est pas exclu que Hariri en ait été informé lui aussi.

Toutefois, Paris souhaite adresser un message au Hezbollah pour l’aider à sortir d’une spirale qui le met, ainsi que le Liban, dans une position difficile. Il s’agit d’un message qui se veut rassurant pour ce parti : l’acte d’accusation du TSL ne sera pas la fin du monde s’il accuse des membres du Hezbollah d’implication dans l’assassinat du président Rafic Hariri. La France du moins prendra les choses telles quelles : le Hezbollah a sa place sur la scène intérieure libanaise à travers sa présence parlementaire et ministérielle, et cette place ne sera pas affectée. De même, il n’y aura pas d’accusation portée contre le Hezbollah en tant que parti au cas où un tel acte d’accusation serait émis. La France souhaite donc continuer à traiter avec lui, et n’envisage nullement de le faire figurer sur la liste des organisations terroristes ou quelque chose du genre. Paris accorde de l’importance à ce message pour décrisper la situation certes, mais aussi parce qu’il n’y a aucun autre moyen de traiter ce dossier : le TSL restera en place et poursuivra son action, qui ne pourra donc pas être arrêtée.

L’Ambassadeur Pietton craint par ailleurs que ce qui s’est passé à l’aéroport, et avant cette date, n’ait eu pour principale conséquence de paralyser l’action du gouvernement –un gouvernement qui a l’air d’avoir de plus en plus de mal à montrer sa capacité à être productif et efficace, vis-à-vis notamment de certaines échéances pressantes pour le Liban, dont certaines concernent Paris-3 par exemple : la révision des accords liés à cette conférence devrait en effet avoir lieu en novembre prochain. En effet, les dernières déclarations du président Hariri au quotidien Asharq Al Awsat, qui n’ont, paraît-il, pas eu d’échos positifs dans les milieux diplomatiques, ont donné lieu à des appels à faire encore plus de concessions, pour tenter d’accroître la pression sur le chef du gouvernement.

Par ailleurs, l’Ambassadeur de France révèle que la visite du président iranien Mahmoud Ahmadinejad au Liban inquiète son pays. Cette visite a certes une dimension intérieure, prenant la forme d’un très fort appui au Hezbollah. Mais l’inquiétude est liée aux réactions que pourraient déclencher ses prises de positions, surtout lorsqu’il visitera le Liban Sud. Car il est possible qu’il prononce à cette occasion un discours, probablement à la porte de Fatima, où il haussera le ton contre Israël, ou peut-être où il évoquera l’Holocauste ou quelque autre question, le tout sur fond de manifestations populaires. Dans un cas pareil, il sera difficile de savoir quelle sera la réaction d’Israël ou si sa visite créera une certaine confusion dans la zone d’opérations de la FINUL, ou encore comment se comporteront les forces présentes là-bas. A tout cela s’ajoutent les réactions que ses propos pourraient entraîner sur la scène intérieure, et qui pourraient creuser davantage le fossé entre les parties libanaises.

Sur un autre plan, l’Ambassadeur Pietton annonce que Jean-Claude Cousseran, l’émissaire français chargé d’explorer les possibilités de reprise des négociations indirectes entre la Syrie et Israël, aura des concertations avec les responsables américains à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, pour renforcer la coordination et s’enquérir de la position américaine. Selon lui, Cousseran n’avait pas l’intention de visiter le Liban lorsqu’il s’est rendu en Syrie il y a une dizaine de jours, bien qu’une telle visite ne soit pas exclue ultérieurement. D’ailleurs, d’autres émissaires français pourraient eux aussi venir au Liban. Cousseran s’est donc rendu uniquement en Israël et en Syrie, et il devait également aller en Turquie. C’est ce qu’il fera bientôt, dans le cadre de ses démarches « exploratoires », qui cherchent à savoir s’il sera possible de bâtir sur ce que la Turquie a pu réaliser dans le dossier israélo-syrien, du point de vue des deux parties concernées, tout en sachant que l’action de la Turquie fut importante sur ce plan. Le but est aussi d’œuvrer à maintenir ouverts les canaux de contact entre les parties pour éviter toute escalade dans la région.

Dernière modification : 11/07/2011

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