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AL MOUSTAQBAL du samedi 11/12/2010

Quel rôle joue la France pour l’apaisement et la stabilité au Liban aujourd’hui ? Les efforts français se poursuivront-ils après la parution de l’acte d’accusation du TSL ?

L’Ambassadeur de France au Liban Denis Pietton répond à ces questions devant ses visiteurs dans le cadre de rencontres privées. Il affirme que la France n’a jamais cessé de s’intéresser au Liban historiquement et politiquement, comme en témoigne la diversité des relations entre les deux pays. En ce qui concerne la situation au Liban, il confie que la France est inquiète du blocage institutionnel, notamment du fait que le gouvernement ne puisse pas se réunir pour prendre les décisions nécessaires pour le pays, et que le Parlement continue de travailler uniquement en commissions sans pouvoir approuver des projets de loi. Cela est d’autant plus regrettable que le Liban avait franchi des étapes délicates avec les élections législatives et les élections municipales réussies. L’étape actuelle est placée sous le signe de l’attente, difficile, de la parution de l’acte d’accusation. La position de la France est claire, elle soutient le TSL et estime que la justice doit toujours prévaloir. Dans le même temps, elle réalise la sensibilité de la situation qui prévaut dans le pays et les craintes à l’égard des résultats des accusations.

Pietton explique que pour la France, l’équation n’est pas entre la justice et la stabilité. Ce que Paris et les amis du Liban veulent, c’est que la justice puisse prendre son cours en toute indépendance et intégrité, et que cela soit possible en même temps que la préservation de l’unité nationale.

L’Ambassadeur de France nie l’existence d’un accord « consigné » qui précèderait l’acte d’accusation, comme l’ont prétendu certains médias. Ce que la France souhaite, c’est que toutes les parties au Liban fassent preuve de retenue et de responsabilité et que les institutions ne soient pas bloquées. Paris est en contact continu avec le président de la République Michel Sleiman et le chef du gouvernement Saad Hariri, de même qu’avec toutes les forces représentées au Parlement et tous les pays qui peuvent avoir une influence positive. Lors de la dernière visite à Paris du premier ministre Saad Hariri, ce dernier a montré une grande détermination à l’égard de l’indépendance du TSL et dans son souci de rassembler tous les Libanais.

Pour l’Ambassadeur de France, la rencontre entre les Présidents français et syrien est importante d’autant que les deux hommes ont des choses à se dire, notamment sur le Liban. Pietton a le sentiment que le dialogue a été franc et direct. Il souligne qu’après le déjeuner entre les deux présidents, il y a eu une « séance de thé » à laquelle ont participé les deux premières dames, ce qui donne une idée de la nature des relations entre les deux présidents. Cependant, les bonnes relations sur le plan personnel n’empêchent pas que l’on parle de manière franche et amicale. Il croit donc que le Président Sarkozy a eu l’occasion d’exprimer clairement et sans ambigüité la position de la France sur le TSL mais aussi son inquiétude à l’égard de la tension qui règne au Liban, et de discuter des moyens qui permettent aux relations franco-syriennes et franco-saoudiennes de contribuer à l’apaisement de la situation.

Pietton estime qu’il faut garder toutes les possibilités ouvertes pour les efforts avant et après la parution de l’acte d’accusation dans la mesure où elles permettent de concilier justice et entente interne. La justice est selon lui un concept exogène et rien ne peut être fait pour l’influencer. Sur le plan interne libanais, des initiatives peuvent êtres prises pour rassembler les rangs des Libanais et montrer que l’accusation pourrait concerner des individus ou certains Libanais mais pas une communauté déterminée. La France trouve que l’action du TSL n’est pas politisée, et il est important de ne pas politiser les accusations ou l’acte d’accusation, c’est-à-dire qu’il y a deux éléments : Ne pas accuser une communauté déterminée, et ne pas politiser l’acte d’accusation, et il revient aux politiques libanais de donner un sens à cela.

La France ne veut pas que les Libanais sentent qu’ils sont maintenus à l’écart dans les sujets qui ont une influence directe sur eux, ou que les pays traitent ces sujets comme si les Libanais n’étaient pas concernés. C’est le sens des discussions que le Président Sarkozy a tenu avec les présidents Sleiman, Berry et Hariri, mais aussi avec les chefs des partis politiques libanais. Paris a dans ce contexte reçu le chef du CPL Michel Aoun et recevra aussi d’autres leaders politiques.

L’Ambassadeur de France croit que l’on ne peut pas se résigner de gaieté de cœur à l’idée que le blocage des institutions est le prix à payer pour empêcher la discorde. Le pays a besoin de décisions au niveau des infrastructures, des nominations…Les Libanais attendent les réformes et il serait regrettable que le peuple perde espoir de voir ces réformes abouties, même si les Libanais ne semblent pas avoir une propension naturelle à perdre espoir. « Même si nous déplorons cette situation, nous reconnaissons les efforts menés par le président de la République et le premier ministre. La France est prête à aider le Liban à dépasser l’étape difficile ». Elle a déjà approuvé la prorogation des délais des accords signés avec le Liban dans le cadre de Paris 3, qui venaient à échéance en novembre. La ministre française de l’Economie a communiqué cette décision à Hariri lorsqu’il était à Paris. La France est inquiète du gel actuel du travail des institutions qui est regrettable et dommageable, mais dans le même temps, elle se montre compréhensive à l’égard de la situation libanaise.

L’Ambassadeur ne cache pas que la France est en contact avec le Hezbollah, parce que sa politique est de dialoguer avec tous les Libanais. La France a un dialogue régulier avec le Hezbollah qui lui permet de discuter franchement des différents sujets, y compris ceux sur lesquels il y a une divergence de points de vue. Ce dialogue sera maintenu.

En ce qui concerne le dialogue international avec l’Iran et son impact sur la situation libanaise, l’Ambassadeur considère que de nombreux sujets pèsent sur les relations entre l’Iran et la communauté internationale, notamment le dossier nucléaire. « Il ya des sanctions internationales qui ont été renforcées en raison de la poursuite du programme nucléaire, mais il a toujours été clair que les sanctions ne sont pas une fin en soi. Elles visent plutôt à retrouver les voies du dialogue ».

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