80 ans de la création du Collège Protestant Français (12/05/06)

Monsieur le Ministre de l’Education, Cher Khaled Kabbani,
Monsieur le Président de l’Association Présence Protestante Française au Liban,
Madame le Proviseur,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Chers anciens élèves, Chers élèves, Cher parents d’élèves, Chers amis,

C’est un honneur et un plaisir pour moi de participer à l’inauguration de la semaine de manifestations consacrée à la célébration des 80 années de la création du Collège Protestant Français de Beyrouth et des 50 années de son installation dans ces locaux de la rue Mme Curie. C’est toujours avec autant de joie que je viens parmi vous et que je retrouve ce soir ce beau théâtre que nous avons inauguré récemment.

Par ma présence dans cet établissement fort du passé, héritage du Collège orphelinat des Diaconesses de Kaiserwerth remis en 1926 à une association membre de la Fédération Protestante de France, je songe d’abord aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité présentes au fronton des institutions de la République Française, mais que l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger véhicule dans tous les établissements dont elle a la responsabilité pédagogique dans le monde.

Le Collège Protestant Français est un établissement prestigieux, mythique presque, de Beyrouth. Fruit de la présence et de l’engagement tenace du protestantisme français au Liban et de l’engagement de protestants libanais, il fait valeur aujourd’hui de symbole. Nous savons que les œuvres protestantes françaises ont entretenu au Liban, à travers les années, des dispensaires, un hôpital, un orphelinat, des centres d’accueil pour jeunes gens. Mais leur navire amiral, leur plus belle réalisation, est sans conteste ce Collège Protestant Français de Beyrouth. Cette institution unique au monde s’est développée et est restée, en raison de la marche du temps comme des évolutions de l’histoire, la seule institution qui reste désormais gérée ici par une association protestante française.

L’histoire de sa création est riche en rebondissements depuis les traités de Sèvres, de Versailles, de Lausanne et la récupération des biens allemands par la France au lendemain de la première guerre mondiale. Le très beau livre publié par Présence Protestante Française au Liban à l’occasion de ce 80ème Anniversaire retrace de manière passionnante cette véritable épopée et ce combat pacifique de tant de femmes et hommes d’exception qui militèrent pour sa création, son succès et son rayonnement : depuis le Sénateur Frédéric Eccard, deuxième Président de l’association Présence Protestante Française au Liban qui s’appelait à l’époque « association française pour la défense et la gestion des intérêts protestants en Syrie et au Proche-Orient », jusqu’à M. Hussein-Bey Ahdab, Président de la Municipalité de Beyrouth ; depuis le Colonel Gothié, ancien Chef de Cabinet du Maréchal Foch, jusqu’au Pasteur Bianquis et je pourrais en citer beaucoup, autant d’engagements qui permirent au Collège Protestant Français d’organiser sa première rentrée scolaire en 1927.

Mais je ne peux parler de l’histoire du collège sans évoquer le nom de Mme Louise Wegmann, seconde directrice du collège, qui arriva à Beyrouth en 1928 à l’âge de 31 ans pour consacrer 37 années de sa vie à la tête de l’établissement et lui donner son âme et son identité mais aussi les locaux d’aujourd’hui. Quelle plus belle histoire que celle de cette grande dame strasbourgeoise, ayant donc vécu les drames et les promesses de la relation franco-allemande et qui vient au Liban porter haut et fort les valeurs de la République, du protestantisme et de l’enseignement pour tous.

Mais l’histoire prouve aussi combien la République laïque française avec ses hauts commissaires puis ses Ambassadeurs se sont fortement impliqués pour permettre la création du Collège puis son déménagement et son expansion.

Mais cet établissement a pu devenir une institution pérenne car elle a été voulue par des Libanais eux-mêmes, des protestants libanais en l’occurrence, dont l’objectif à l’origine était de scolariser des jeunes filles libanaises, protestantes, musulmanes et grecques orthodoxes. C’est donc par une parfaite synergie entre les intérêts nationaux français et la volonté de promouvoir l’éducation et l’action religieuse protestante au sortir de la première guerre mondiale que cet établissement emblématique va acquérir ses lettres de noblesse, une réputation d’excellence par ce mélange très subtil de modernisme pédagogique, de tolérance éclairée mais aussi d’attachement au primat de la morale et aux valeurs de la République.

Quel chemin parcouru ! Quelle pérennité extraordinaire grâce à la confiance que génération après génération, les familles libanaises lui accordent ! Quel bel exemple aussi de mixité confessionnelle et de rencontres de nationalités. Si 70 % des élèves sont libanais jusqu’en 1975, près de 90 % le sont aujourd’hui. Par ailleurs, alors que les protestants, libanais ou européens, vont rester longtemps une minorité significative de cette école, son recrutement va s’élargir bien sûr aux musulmans qui étaient une cible majeure des créateurs du collège. Déjà les bonnes familles sunnites vont confier leurs filles au CPF avec 22 % de l’effectif en 1938. Avec les druzes et les chiites, le pourcentage d’élèves musulmans va s’élever de 30 % du total en 1966 à 45 % en 1975. Cette tendance, de par la situation géographique du collège, va être amplifiée avec l’impact de la guerre.

N’est-ce pas significatif de constater cette évolution d’un Collège Protestant Français qui scolarise en priorité des Libanais et d’abord des musulmans mais aussi bien sûr des élèves de toutes confessions ?

N’est-ce pas là le plus beau message d’engagement, de tolérance, de respect de l’autre qui peut être donné ?

N’est-ce pas là le plus beau témoignage de confiance dans le sérieux, les valeurs, la rigueur de l’éducation protestante française que ces chiffres ! Quel exemple aussi quand nous voyons l’importance des demandes qui nous sont présentées et la pression qui existe aujourd’hui pour scolariser les enfants de toutes confessions et de toutes les régions dans ce collège.

Le CPF de Beyrouth, qui a quitté en 1956 son implantation d’origine, se trouvant à l’étroit, va alors construire les nouveaux locaux d’aujourd’hui situés dans ce quartier de Koraytem sur un terrain qui appartient à la France.

Cet établissement, dont nous pouvons collectivement et légitimement être fiers, contient une charge symbolique forte. Celle de la rencontre entre ce que la France et le Liban ont de meilleur, même si comme le souligne le Président Denis Vignal, le secret de cette réussite tient à plusieurs choses : la constance, la continuité dans l’action, la générosité, l’écoute des autres, l’adaptation aux circonstances et enfin l’esprit d’ouverture et de tolérance.

Nous pouvons ensemble affirmer que le Collège Protestant Français est parvenu de manière exemplaire à remplir sa mission à travers les années. Que de bonheurs mais aussi d’épreuves à travers ces 80 années qui ont vu le Liban traverser une guerre mondiale, une guerre civile, des tensions terribles dans la région ! Qui ont vu des milliers d’élèves, de dizaines de nationalités, de toutes religions, coexister, travailler ensemble, vivre l’un à côté de l’autre sans que jamais à l’intérieur de l’établissement la vie et les relations ne s’en ressentent et sans que jamais ne se ternisse sa réputation d’excellence !

Il y a dans cette coexistence et cette vie de l’établissement, matière à méditation pour le Liban comme pour nos sociétés ! S’il est vrai que vivre ensemble dans la paix, travailler la main dans la main ou être libre et respecter la liberté des autres peut aussi se faire en dehors d’un établissement scolaire et notamment lorsqu’on essaie de construire une Nation, n’est-ce pas la responsabilité de ceux qui transmettent le savoir que de privilégier ces valeurs ?

Ces valeurs transmises par cet établissement ne sont-elles pas à la base de la démocratie ? Nous savons que la construction et l’apprentissage de la démocratie sont toujours de longs chemins semés de multiples embûches. L’enseignement donné ici n’est-il pas le mieux adapté pour aider les enfants du Liban à créer, ancrer et nourrir leur sentiment national ; à accepter de soumettre l’intérêt de chacun à l’intérêt général ; à permettre à ce pays de toujours renforcer son identité en tant que Nation et de pleinement construire l’Etat. Un Etat moderne où règne la transparence et l’honnêteté. Un Etat énergique qui conduise le pays sur le chemin des réformes indispensables et de l’insertion dans le monde d’aujourd’hui. Un Etat pour lequel chacun accepterait de faire des sacrifices et de renoncer à ses petits privilèges.

Oui, les anciens élèves, élèves et futurs élèves du Collège Protestant Français me paraissent particulièrement préparés à ces immenses responsabilités. Oui, cette jeunesse libanaise qui va sortir de cet établissement doit continuer à bien se préparer à son rôle de demain. Oui, cette élite devra avoir à cœur, avec discipline, désintéressement et volonté de travailler pour construire une grande Nation, d’utiliser tout son savoir afin de pleinement construire son avenir. Un avenir de liberté, d’indépendance et de prospérité.

Aujourd’hui, le CPF de Beyrouth est un vecteur majeur de la diffusion de la culture française et à la française au Liban. Son succès vient aussi de la qualité des relations qu’il n’a cessé d’entretenir à travers les années avec les autorités libanaises et d’abord le Ministère libanais de l’Education nationale. Par son rôle depuis presque un siècle dans la formation de l’élite libanaise, il est aussi un lieu exceptionnel et remarquable de diffusion et de promotion de la culture libanaise.

C’est pourquoi le CPF a toujours bénéficié du plein soutien des autorités françaises et d’abord de l’Ambassade de France à Beyrouth. Représentatif à sa manière de cette longue tradition scolaire et culturelle française au Liban, il est emblématique de la qualité du réseau scolaire et universitaire français dans votre pays.

Permettez-moi de rappeler l’importance fondamentale que la France attache à l’enseignement du français et en français au Liban. Ce pays dont la force créatrice et le génie
viennent en large partie de son système éducatif unique dans le monde arabe. La France y prend pleinement sa place avec les six établissements conventionnés et les désormais 25 établissements homologués qui scolarisent du nord au sud du Liban près de 45 000 élèves. C’est un effort majeur de la France qui s’investit plus que jamais aux côtés du Liban pour former sa jeunesse de demain.

Le CPF, qui n’a pas besoin de faire de la publicité pour recruter, doit à mon sens encore mieux organiser et mobiliser ses anciens élèves, faire appel à leur expérience, à leur talent, à leur capacité de lever les soutiens mais aussi les fonds pour les nécessaires travaux de rénovation ou d’extension. Je sais qu’une active association des anciens existe et qu’un annuaire est en cours de constitution mais il faut aller plus loin pour organiser un véritable groupe de pression des anciens du collège.

J’ai eu le plaisir, au mois de décembre dernier, d’inaugurer le nouveau théâtre du CPF et j’avais souligné combien, après le nouveau bâtiment des sciences en l’an 2000, la rénovation de l’école maternelle en 2003, le théâtre serait un outil exceptionnel de travail. Si sa réalisation clôturait de manière exceptionnelle un important programme de travaux, elle ne doit pas freiner les ambitions de l’établissement pour aller au-delà de la rénovation des installations. Les familles, la communauté éducative, la Fédération Protestante de France, mais toujours davantage les anciens élèves, doivent continuer à s’engager pour faire en sorte que le collège soit à l’avant-garde des réalisations d’excellence dans le domaine éducatif.

Je ne peux me déplacer au Liban ou en France sans rencontrer des anciens élèves de votre établissement ou croiser des familles qui souhaiteraient inscrire leurs enfants ici. Le collège joue un rôle essentiel parmi les grands établissements français de ce pays. Mais il joue aussi un rôle spécifique car il est le pivot du dispositif de formation continue des enseignants du réseau scolaire français du Moyen-Orient et je le remercie d’assumer cette responsabilité.

Pour conclure, sachez que l’appui de la France se poursuivra dans les années à venir. Que notre engagement restera aussi fort car c’est bien là un consensus national dans mon pays que d’être aux côtés du Liban dans la durée pour l’aider bien sûr à restaurer sa pleine indépendance, mais aussi à exceller dans le domaine de l’éducation et de la culture. A s’affirmer comme le modèle d’ouverture et de démocratie dans cette région. A rester exemple de la coexistence et du vivre ensemble.

Pour l’ensemble de ces raisons, je suis heureux de participer au lancement de l’ensemble des manifestations prévues pour célébrer ces 80 années d’existence et d’excellence. Je souhaite un très grand succès à ces célébrations et rend hommage à tous ceux qui se sont mobilisés pour leur organisation et d’abord bien sûr à l’encadrement du collège.

Je remercie et félicite le Président de l’Association Présence Protestante Française au Liban et son Conseil d’administration, ainsi que le Proviseur et les instances du Collège, dont les parents d’élèves et les anciens élèves, d’avoir souhaité, imaginé puis réalisé cet imposant ensemble de commémorations.

Longue vie à Présence Protestante Française au Liban et au Collège Protestant Français ! Longue vie à l’enseignement du français, en français et à la française au Liban ! Longue vie au partenariat et à la fraternité entre nos deux pays ! Et que vive et prospère toujours l’amitié entre la France et le Liban.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 17/01/2007

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