10ème Anniversaire du Programme CEDRE et le Congrès de la SIFEM - Résidence des Pins (01/06/2006)

Monsieur le Sénateur, Président du Comité CEDRE,
Madame et Messieurs les Présidents et Recteurs,
Monsieur le Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Mesdames et Messieurs les Doyens,
Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur et un plaisir de vous accueillir à la Résidence des Pins à l’occasion du 10ème Anniversaire de notre Comité CEDRE. Nous avons eu le privilège d’accueillir à cette occasion la première visite officielle d’un membre du gouvernement français au Liban depuis 2003, la première depuis ce printemps de Beyrouth et cette libération du Liban. Notre Ministre, M. Gilles de Robien, a bénéficié ici d’un accueil chaleureux, attentif, d’un engagement majeur de la partie libanaise. Nos plus hautes autorités, qui ont demandé à M. de Robien, notre Ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de se rendre à Beyrouth pour ce 10ème Anniversaire, ont souhaité confier des messages de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin pour réaffirmer avec force la poursuite de notre engagement aux côtés du Liban dans tous les domaines. Au plan politique d’abord, dans le domaine de la coopération ensuite.

Nous pouvons célébrer ensemble dans cette maison de la France cet événement majeur de notre relation bilatérale que sont les noces d’étain de notre coopération scientifique. Mais je suis heureux d’accueillir aussi les participants à la réunion de la Société Internationale Francophone d’Études Médicales, qui incarne à elle seule les deux priorités majeures de notre coopération que sont la coopération médicale et le développement de notre espace francophone. De même, je salue la délégation de la Direction de la Défense et de la Sécurité Civile française qui participe au premier congrès franco-libanais de médecine de catastrophe qui se déroule à Zahlé.

Nous savons que CEDRE est né de la volonté du Président Chirac et de l’ancien Premier Ministre Hariri. Signé lors de cette visite historique qui relança la coopération bilatérale dans tous les domaines entre la France et le Liban en avril 1996, CEDRE a depuis prospéré et largement rempli ses objectifs.

Au terme des neuf appels d’offres, et d’un engagement global de plus de 4 millions d’euros, près de 130 projets de recherches ont vu le jour. C’est considérable. Venant en complément de l’effort public libanais, le programme CEDRE s’est progressivement imposé comme l’instrument exemplaire de la coopération scientifique, comme un véritable socle des échanges bilatéraux, comme un véritable ballon d’oxygène pour les jeunes équipes de recherche du Liban tournées vers l’horizon des laboratoires extérieurs.

Et dix ans pourtant, les choses ont bien changé. A l’objectif de solidarité, qui présida aux premières années du Programme, a succédé un objectif d’excellence, a succédé une coopération scientifique plus classique, qui associe souvent aujourd’hui des équipes à compétences sensiblement équivalentes. C’est, collectivement pour nous, un motif de grande satisfaction. Je sais ce que nous devons au dévouement de tous les membres du Comité CEDRE, qui sous la présidence attentive de Monsieur le Sénateur Jacques Valade, n’ont jamais ménagé leurs efforts. Je voudrais saluer en particulier ce soir Mme Bernadette Abi-Saleh et Monsieur Bernard Dceomps, les deux coordinateurs scientifiques, pour leur engagement personnel, ainsi que Monsieur André Dauphiné, pour la constance et la qualité de son concours durant ces dix années.

Mais il faut maintenant construire pour l’avenir et je souhaite que vos échanges et les débats que vous poursuivrez demain puissent contribuer à réfléchir à CEDRE 2 pour raffermir encore davantage ces liens qui unissent nos communautés scientifiques. Le Premier Ministre Fouad Siniora nous a redit hier son attachement à ce programme, à sa pérennité, mais aussi à sa parité. Il nous a clairement exprimé le caractère prioritaire de cette coopération à ses yeux.

Sous l’angle de son intégration dans la société de la connaissance et de l’innovation, le Liban possède de nombreux atouts, à commencer par un système d’enseignement supérieur de qualité remarquable et une diaspora scientifique d’excellence. La production scientifique y est en croissance très soutenue.

Il faut accélérer le mouvement et fédérer les énergies. Seule une politique volontariste de l’État, consentant un effort conséquent et durable, pourra permettre la pérennisation effective d’un système de recherche de taille critique au Liban. C’est la voie sur laquelle s’est récemment engagé le Gouvernement libanais à travers le Conseil National de la Recherche Scientifique qui a défini, au travers d’un programme national appelé STIP, une politique de recherche visant à répondre aux besoins actuels et futurs du pays.

Si cette volonté persiste, la France restera aux côtés du Liban. CEDRE 2 peut alors permettre d’accompagner cette ambition. Je vous propose plusieurs pistes de réflexion :

1/ La réévaluation des thématiques prioritaires doit être envisagée dans CEDRE 2 pour les resserrer au mieux sur les priorités du Liban ;

2/ CEDRE 2 doit contribuer à la consolidation et au développement des écoles doctorales au Liban. C’est la stratégie la plus simple et la plus efficace pour à la fois structurer les équipes et permettre aux jeunes scientifiques de poursuivre leurs projets, ici même ;

3/ Il est indispensable de renforcer la valorisation économique des projets, d’encourager avec CEDRE 2 les partenariats entre universités et secteur privé, de favoriser l’émergence d’incubateurs technologiques. Il vous faut convaincre les entreprises de s’intéresser à la richesse de vos échanges scientifiques ;

4/ Enfin, il est essentiel que le Liban puisse s’arrimer plus avant à l’Espace Européen de la Recherche mis en place par la Stratégie de Lisbonne. CEDRE 2 doit contribuer à cet effort.

Mesdames et Messieurs, je salue chaleureusement également la présence parmi nous des membres de la Société Internationale Francophone d’Études Médicales (SIFEM) qui tient actuellement congrès à Beyrouth, sous la direction de son Président, mon ami le Doyen honoraire Pierre Farah. L’assemblée éminente que vous formez démontre combien la médecine francophone est vivante. Cette francophonie se nourrit de liens étroits et anciens, souvent tissés par les médecins ayant accompli leurs études partiellement ou intégralement en France. Au Liban, sa vivacité tient notamment à la permanence d’un enseignement médical à la française, dont la qualité exemplaire constitue une référence dans la région.

Vos échanges nourrissent la francophonie et lui donnent corps. Au-delà des déclarations d’intention, la francophonie doit en effet se saisir concrètement des grands enjeux contemporains, afin de faire entendre sa voix et sa différence sur la scène internationale.

En particulier, la médecine francophone doit se faire porte-parole d’une réflexion éthique originale, elle doit se saisir des enjeux sociaux et humanitaires auxquels elle se voit confrontée. Les inégalités en matière de santé sont intolérables, car elles symbolisent l’égoïsme des nations et des hommes. C’est bien là le grand combat de l’avenir pour la médecine francophone, à l’image de nos efforts pour la Faculté Internationale pour les médicaments.

Avec CEDRE, c’est une véritable communauté scientifique qui s’est affirmée au Liban. J’ai bien noté l’intérêt du Premier Ministre Siniora pour le projet de création d’une académie des sciences au Liban, ce qui permettrait de fédérer dans la durée votre communauté scientifique autour des valeurs qu’elle a en partage si cette structure est bien pensée et ses objectifs sont clairs.

Je voudrais saisir l’occasion de la présence parmi nous ce soir du Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences Monsieur Jean Dercourt et du Vice-Président de l’Académie des technologies Monsieur Yves Farge, pour vous faire part des raisons pour lesquelles nous vouons un intérêt de principe à ce projet.

Une Académie des sciences est une structure originale et indépendante, impartiale et pérenne, qui incarne l’expertise et l’excellence, la rigueur et la transparence. Elle est une société de savants citoyens, qui inclut et dépasse individualités, universités et organismes de recherche. L’une de ses missions, essentielle, peut être de conseiller certains choix stratégiques de la Nation.

Une Académie des sciences est une instance qui doit être créée par l’État, mais dont la liberté totale, la qualité incontestable des membres et les principes déontologiques qui les animent, garantissent la légitimité et l’excellence dans la réflexion et la proposition. Une telle institution, ayant la vocation d’accueillir des savants d’une stature scientifique incontestable, du Liban et de la diaspora, serait sans doute, comme partout ailleurs, susceptible de contribuer avec force au dynamisme de la vie scientifique du pays.

Dès lors, si un réel consensus se forge autour de ces objectifs avec le soutien de tous, le Liban doit savoir qu’il pourra compter sur notre coopération pour la mise en place d’un tel projet.

La richesse et l’originalité du Liban résident dans la qualité sans égale dans la région, de son système de formation et d’abord universitaire. La formation par la recherche, longtemps parent pauvre, doit désormais en devenir le moteur. Le Professeur Michel Serres, dans sa brillante conférence de ce matin, indiquait que les sociétés qui réussissent le plus sont celles qui ont investi au maximum dans l’éducation, la pédagogie et la recherche. C’est bien en s’engageant résolument dans cette direction avec notre plein soutien que votre pays pourra répondre aux aspirations de sa jeunesse vers toujours plus de connaissance. C’est ainsi qu’elle pourra mieux prendre en mains son destin pour créer ce Liban nouveau, ce Liban du futur, ce Liban de la liberté auquel elle aspire.

Vive le 10ème Anniversaire du Comité Cèdre, vive la coopération franco-libanaise, vive le Liban et vive la France.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 17/01/2007

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